SOMMAIRE
MARX
ENGELS
Manifeste
du Parti communiste
KARL
MARX
- Biographie
-
Manifeste
inaugural de l’Association Internationale des Travailleurs
-
Les droits de l'homme et du citoyen
- Valeur et travail - Le Capital (quelques pages)
ENGELS
:
- Biographie
-
Socialisme
utopique, socialisme scientifique
LENINE
-
Biographie
- l'impérialisme
- le gauchisme
- Marxisme et révisionisme
-
La question nationale
TROTSKY
-
Biographie
- La révolution trahie (extraits)
-
le programme de transition
-
textes divers
ANNEXES
:
-
Rosa Luxemburg
- Cuba, Amérique latine
- textes divers
 INTRODUCTON À L'ÉCONOMIE POLITIQUE capital et plus value, le salaire, la monnaie, les crises économiques...
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Pour vous, être marxiste
aujourd’hui,

c’est quoi, au fond ?
par
Daniel Ben Said :
Je
ne dirais pas que je ne le proclame plus, mais je le dis rarement,
parce que l’histoire du mot a pris le dessus sur le sens, la
connotation sur la signification. Le mot a servi a tant de choses
différentes et contradictoires qu’il ne peut plus être utilisé
innocemment. Il y a eu des marxismes d’État, des marxismes de parti...
Aujourd’hui, il faudrait parler de mille (et un) marxismes. Ce
pluralisme découle des contradictions mêmes et des limites historiques
de la pensée de Marx. C’est un héritage ouvert :
comme disait Derrida, l’héritage, ce n’est pas quelque chose
qu’on dépose au coffre, c’est ce qu’en font – et en feront - les
héritiers.
Pour
trouver un sens, il faut revenir au noyau dur, au titre qui a
accompagné Marx pendant près de quarante ans, des manuscrits de 1844 à
sa mort : « la critique de l’économie politique ». Prenons l’exemple de
la mondialisation. Beaucoup d’esprits critiques racontent comment elle
fonctionne - les paradis fiscaux, la spéculation financière, la
marchandisation généralisée, y compris du vivant - mais tout ça, c’est
descriptif, ce n’est pas explicatif.
La force de Marx, c’est
d’avoir anticipé, au moment où l’on était au tout début du capitalisme
industriel – quand il parle du prolétariat dans les années 1840, c’est
qui ? ce sont les ébénistes du faubourg Saint-Antoine, les joailliers
et les tailleurs allemands qui font de la couture à domicile. Il a
démonté à l’origine le mécanisme naissant de l’accumulation du capital.
Aujourd’hui, on a un sentiment permanent d’accélération du
temps, d’hystérisation de la vie quotidienne, d’invasion de l’espace
par la logique marchande jusqu’à l’occuper tout entier. Ce n’est pas le
pur effet de la technologie, même si elle y contribue, mais c’est la
logique de l’accumulation du capital qui, pour échapper à sa propre
ombre, est obligé de tourner de plus en plus vite sur lui-même, comme
un derviche, pour compenser son rendement décroissant. Pour comprendre
notre monde au lieu de se contenter de critiquer et de dénoncer, la
pensée de Marx reste un point de départ – pas un point d’arrivée bien
sûr !
Braudel
disait d’ailleurs que si l’on voulait en finir avec le marxisme, il
faudrait une incroyable police du vocabulaire. Il y a des éléments de
cette pensée qui sont devenus la prose quotidienne de notre temps, même
chez ceux qui ne sont pas marxistes du tout. Donc, pour moi,
être
marxiste c’est garder ces outils de compréhension du monde, pas pour
les conserver mais pour les faire vivre. C’est penser que ce monde-là
n’est pas réformable par retouches, qu’il faut le changer, et que
l’urgence en est plus grande que jamais.
Il y a un danger, que Derrida avait perçu dès 1996 dans Spectres de
Marx, celui
d’une réhabilitation académique de Marx, sur le mode : c’est une pensée
puissante, et s’il ne s’était pas mis en tête de faire de la politique,
il aurait pu être quelqu’un de tout à fait fréquentable : il
est
dans la Pléiade, c’est déjà une installation monumentale (Lénine a peu
de chances d’entrer dans la Pléiade !), il fait partie du Panthéon des
penseurs de notre époque, mais il aurait mieux valu qu’il ne se mêle
pas d’écrire sur la Commune de Paris. Mais justement, chez Marx, c’est
indissociable. Ce qui en fait une figure nouvelle d’intellectuel qui,
de manière acrobatique, a mené de front dans les années 1860 la
rédaction du Capital et l’organisation matérielle, le collage des
timbres, si l’on veut, sur les convocations de la Ie Internationale.
*
Pour toutes ces raisons, je pense, comme Derrida encore, qu’il
n’y a « pas d’avenir sans Marx » : pour, contre, avec, oui, mais pas «
sans ».
Et quand les néolibéraux traitent Marx de ringard du XIXe siècle, ça me
fait rire, alors qu’eux-mêmes en sont à Hobbes, à Locke et à
Tocqueville.
Marx est un penseur contemporain, et sa
contemporanéité, c’est le capital lui-même, c’est lui qui est son alter
ego. Il est entré dans le cerveau impersonnel du capital, comme un
profileur de roman policier entre dans le cerveau et la logique d’un
serial killer. Et aujourd’hui, le cerveau s’est développé, mais pour
comprendre comment il fonctionne, il faut en passer par Marx. Si je
suis marxiste, c’est dans ce sens et pour ces raisons-là.
Entretien : Eric Hazan,
Daniel Bensaid [ 1]
[1]
Philosophe,
cofondateur de la Ligue communiste révolutionnaire,
Daniel Bensaïd est mort le 12 janvier 2010 à Paris

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