Discours
prononcé par Hugo Chávez Frias, président de la République bolivarienne
du Venezuela, au Sommet des Nations unies sur le changement climatique,
à Copenhague, le 16 décembre 2009
INTRODUCTION
(...) Les peuples du monde, de notre Amérique et particulièrement dans
notre cas, le peuple équatorien (...) sont les mandants, les maîtres de
nos pays, les maîtres de nos démocraties tandis que nous, chers
collègues élus, nous n’en sommes que les premiers serviteurs. (...)
LA VICTOIRE ELECTORALE
Un salut affectueux à tous les présidents et chefs d’Etat dont
l’autorité, comme la mienne, n’est pas un attribut personnel mais la
conséquence d’un mandat qui nous rend responsables devant ceux qui nous
ont octroyé leur vote.
Le 26 avril passé , sur cette terre fraternelle, (...) ce n’est pas
un catalogue d’offres ou une liste de travaux et de projets, (…), qui
ont triomphé. Ce qui a triomphé, c’est un rêve, le rêve d’une Patrie
Nouvelle. (...)
Jamais, nous ne trahirons le mandat reçu et nous y consacrerons tout
nos efforts et nos capacités, sans hésitations, sans lâchetés souvent
déguisées de prudence ; clairement et frontalement, sans les
stéréotypes des "hommes d’Etat" que veulent nous imposer nos
oligarchies.
Nous sommes en fête parce que la Patrie renaît du chaos mercantiliste ;
le bradage de la privatisation a été stoppé. (...)
Il est néanmoins nécessaire de comprendre que la victoire populaire n’a
été que le premier pas d’un processus révolutionnaire dont l’objectif
est la construction d’une société incluante, solidaire et équitable.
(...) Pour atteindre pleinement ces objectifs, il sera nécessaire
d’atteindre le pouvoir politique et le transformer en pouvoir
populaire, seul capable de changer les structures honteuses qui
prévalent encore dans notre région. (...)
Soeurs et frères équatoriens, ce que nous avons fait ensemble, relève
de l’impossible. Avant notre gouvernement, aucun des trois derniers
gouvernements élus n’est arrivé à son terme, ils ont été renversés par
les citoyens pour avoir trahi le mandat populaire ; en dix ans, nous
avons eu pas moins de sept présidents ; on nous a alors accusés d’être
ingouvernables alors que nous étions seulement l’objet de trahisons. Le
26 avril passé, bien que nous traversions la plus grande crise du
capitalisme planétaire des 70 dernières années, malgré les attaques
féroces du pouvoir informatif, économique, social et même religieux,
malgré le fait d’avoir eu tous les candidats contre nous, malgré que
les vainqueurs du premier tour électoral n’aient gagné qu’avec une
moyenne d’à peine 25% des votes, le peuple rebelle est venu et nous a
donné une victoire en un seul tour, ce qui est quelque chose
d’absolument inédit dans l’histoire contemporaine de notre pays. Ce que
nous avons fait relève de l’impossible et démontre que la révolution
citoyenne est irréversible : rien ni personne ne peut l’arrêter. (...)
LES AXES DE LA REVOLUTION
(...) Dans la première étape de la révolution citoyenne, nous avons
proposé cinq axes d’action. Le premier d’entre eux est la Révolution
Constitutionnelle. (...)
Maintenant, nous sommes en train de nous libérer des tares, des
mauvaises pratiques du scénario politique ; ils croient que nous
n’avons pas de mémoire, que nous ne nous rappelons pas de la manière
dont fonctionnait le Congrès quand c’était la junte des commerçants de
la particratie, junte où se répartissait le butin de l’Etat (le
pétrole, les télécommunications, les impôts), où se répartissaient les
organes de contrôle et de régulation et où on se mettait au service des
minuscules mais puissants groupes oligarchiques. (...)
Le deuxième axe d’action est la Lutte contre la Corruption : cette
lutte a été et est toujours une pratique permanente et jusqu’à
obsessionnelle de notre gouvernement. Mais la corruption n’est pas
seulement l’utilisation peu scrupuleuse des fonds publics, elle est
aussi enracinée dans le modèle pervers et égoïste engendré par le
néolibéralisme au travers des privatisations, des endettements
malhonnêtes et des saccages institutionnalisés comme le permis de voler
donnés aux banques corrompues par la Constitution de 1998, approuvée
précisément par ceux qui essaient aujourd’hui de saboter la Révolution.
(...)
Notre plus grande fidélité sera celle de nos consciences. Nous sommes
des gens aux mains propres et d’une profonde éthique. Dans l’Equateur
d’aujourd’hui et de demain, il n’y aura plus d’impunité. (...) La fin
de ces temps néfastes a commencé avec les sanctions des banquiers
corrompus (...). La nouvelle Constitution traitera d’une autre forme
généralisée de corruption : la collusion entre le pouvoir médiatique et
le pouvoir financier. Ou banquiers ou journalistes, jamais plus les
deux à la fois. Ainsi, que messieurs les banquiers, maîtres des moyens
de communication, choisissent à quelles affaires ils se consacrent
dorénavant |2|.
Nous disons aussi que les services publics doivent s’améliorer pour
rendre possible la transparence désirée. (...) De plus, le fait de
rendre compte est pour nous quelque chose de sacré. En ce sens, chaque
samedi, au long de plus de deux ans, et à partir de tous les coins de
la Patrie, nous avons exercé notre droit et notre devoir d’informer le
peuple. (...)
Le troisième axe d’action a été la Révolution Economique pour rompre,
et pour toujours, avec les mandats externes, avec ce Consensus de
Washington complètement pervers, avec des systèmes économiques qui
génèrent seulement plus de misère et d’inégalité, et qui détruisent les
fondements de toute société et de toute économie. (...)
Une des caractéristiques les plus importantes du socialisme du 21e
siècle, doctrine à laquelle adhère la révolution citoyenne, est
précisément la suprématie de l’être humain sur le capital. Pour nous,
l’être humain n’est pas un facteur de plus de production, mais
l’objectif de la production. Ce que nous affrontons en ce sens est
réellement atterrant : l’être humain converti en un instrument de plus
d’accumulation du capital. Il ne fait aucun doute qu’une des
principales victimes de la longue et triste nuit néolibérale, est la
classe ouvrière. Aujourd’hui, parmi beaucoup d’autres choses,
l’Equateur est un pays sans sous-traitance au niveau des contrats de
travail. Dans le même sens, des salaires des professeurs, des
domestiques, des artisans, des militaires et des policiers, etc., ont
substantiellement augmenté, et pour la première fois dans l’histoire,
les prix des services publics ont diminué (...).
Dans la radicalisation de notre révolution, nous cherchons à dépasser
le concept mesquin de salaire minimum, compris de manière perverse
comme un salaire juste. Le salaire minimum est précisément ceci : le
minimum pour éviter un mal pire qui est le chômage mais personne ne
peut accepter qu’un salaire insuffisant à couvrir les nécessités d’une
famille pour sortir du seuil de pauvreté, puisse être considéré comme
un salaire juste. La mesure consistera alors à réussir ce qu’aucune
entreprise ne se considère rentable tant qu’elle n’aura pas garanti à
chacun de ses travailleurs un salaire réellement digne.
Ici, un appel à nos frères d’Amérique latine et particulièrement
d’UNASUR : la compétitivité est déjà un principe pas mal mis en cause
par des agents économiques mais, entre pays, c’est complètement
absurde. Nous ne pouvons continuer cette farce de faire la concurrence
entre nous pour attirer des investissements ou vendre davantage aux
marchés du premier monde, en précarisant notre force de travail. Qui en
bénéficie ? Les pays riches avec des produits meilleurs marchés au prix
des sacrifices de nos travailleurs. Tant entre nos pays qu’à
l’intérieur de ces mêmes pays, au lieu d’une telle concurrence, nous
devons donner plus d’espace à l’action collective pour, par exemple,
harmoniser nos politiques de l’emploi et ne pas sacrifier nos
travailleurs sur l’autel du marché.
C’est précisément une autre caractéristique du nouveau système
économique et du socialisme du 21e siècle : restaurer la pertinence de
l’action collective pour le développement. Face à des problèmes
collectifs, nous devons donner des réponses collectives. De là,
l’importance du rôle de l’Etat, représentation institutionnalisée de la
société, à travers lequel la société réalise cette action collective.
Prétendre minimiser le rôle de l’Etat, a constitué une des grandes
absurdités de la longue et triste nuit néolibérale, de la même façon
que prétendre le maximiser fut une des erreurs monumentales du
socialisme d’Eat. Ce qui est incontournable, c’est la nécessité d’un
Etat efficient au service du bien commun par lequel se libérer du joug
des classes dominantes. (...)
Il y a encore beaucoup à faire, et le plus difficile, c’est le
changement de mentalité d’une certaine bureaucratie qui maintient des
codes anachroniques en fonction des classes et des paradigmes dominants
et non en fonction du peuple équatorien et de sa diversité. Pour
preuve, les invitations envoyées pour cet événement où il était demandé
aux hommes de porter un costume sombre et aux femmes, une robe de
soirée. Cela peut paraître un détail sans importance mais, pour moi,
c’est extrêmement significatif et cela montre tout ce qu’il nous reste
à faire. Je voudrais présenter mes excuses aux peuples ancestraux pour
cette barbarie : s’ils avaient respecté ces invitations absurdes, ils
ne pourraient être ici avec leurs costumes typiques. Je voudrais
demander pardon aux pauvres de ma patrie, notre raison d’être, parce
que si nous avions tenu compte de cette absurdité, ils ne pourraient
être ici à moins d’avoir emprunté ledit costume. Je voudrais demander
pardon à tous les citoyens de la Patrie parce que notre Constitution
nous définit comme un Etat plurinational et pluriculturel et que notre
Plan National de Développement parle de respecter cette diversité (...).
(...) Ce gouvernement croit en la capacité des milliers de producteurs
associatifs, coopératifs, communautaires, autonomes, de ceux que le
néolibéralisme appelle irrespectueusement les informels mais que nous
appelons nous les sujets de l’économie sociale et solidaire que
reconnaît notre Nouvelle Constitution, les producteurs de la sphère
immense et féconde de l’économie populaire.
(...) Nous allons continuer à traiter dignement et intelligemment le
problème de la dette externe. Avec courage et habileté, pour la
première fois dans l’histoire, le pays a réussi à vaincre les
spéculateurs financiers en rachetant quelque 91% de sa dette
commerciale en bons 2012 et 2030 avec une décote de près de 70% ce qui
signifie un gain de plus de 300 millions de dollars annuels durant les
prochaines vingt années, sommes qui serviront non aux portefeuilles des
créanciers mais au développement national.
Un jour, on ne pourra quasi pas croire qu’il aura existé une arnaque
monumentale, entourée d’un halo de respectabilité ; que personne,
durant des décennies, n’aura été capable de stopper cette invasion de
sauterelles ; que des légions de technocrates auront vendu leur patrie,
auront pu vivre et profiter sur le compte de la dette au détriment de
leur peuple ; que cette attaque aura atteint de tels niveaux de
perfectionnement et d’institutionnalisation ; que les pays auront
continuer à solliciter de l’argent pour payer les intérêts de l’argent
dû, perversion seulement comparable au concertaje des indiens, cette
infamie insolite du système féodal qui les obligeait d’assumer les
dettes "jusque pour deux vies" et qui a survécu durant une bonne partie
de la république.
Le développement n’est pas un équilibre financier de pertes et de
profits. Il y a beaucoup de choses d’une immense valeur mais sans prix.
Les peuples vivent aussi de dignité. D’où, ce gouvernement n’a jamais
permis qu’aucune bureaucratie internationale vienne nous imposer ses
politiques et il a même expulsé du pays le représentant de la Banque
mondiale pour les chantages que cette bureaucratie prétendait imposer
au pays.
Finalement, au niveau de l’essence du changement du système économique,
il faudra dépasser des théories qui représentent prétendument la fin de
l’histoire. L’échec d’un système basé sur la voracité, non seulement
est évident mais implique la destruction de l’être humain en prétendant
élever l’égoïsme en vertu maximale au niveau individuel et social.
Au contraire de la politique clientéliste des gouvernements
néolibéraux, la Révolution Citoyenne opte pour des politiques
d’inclusion sociale qui ont englobé non une légion de spectateurs
désespérés, pratique permanente des gouvernements de l’oligarchie, mais
les partenaires d’un pays responsable, un pays d’êtres humains
solidaires. (...)
Je voudrais, comme toujours, mentionner spécialement nos migrants, ces
exilés de la pauvreté, expulsés de leur propre terre (...). Nous
n’oublierons jamais les responsables de cet exode, aujourd’hui unis
contre la Révolution Citoyenne. Nous disons, de manière responsable,
que les migrants ne sont pas illégaux. Ce qui existe, ce sont des
pratiques illégales, aberrantes comme le racisme, la xénophobie et le
coyoterismo |3| ; mais surtout, c’est l’irresponsabilité et
l’insensibilité des gouvernements qui ne se préoccupent jamais du
destin de leurs compatriotes, sûrement parce que l’immense majorité est
pauvre et marginalisée.
Nous avons avancé dans le Plan Retour, nous avons commencé à construire
le chemin du retour pour nos compatriotes (...).
En tant que camarade Président, je n’oublierai jamais que, durant la
longue et triste nuit néolibérale, tandis qu’on gelait les
investissements publics et qu’on diminuait les investissements sociaux
au point de ne pas réparer les lampes des feux de circulation,
l’Equateur fut maintenu à bout de bras par les pauvres, les humbles,
ceux qui n’avaient jamais eu dans leur propre Patrie le droit de
travailler (...).
(...) Un nouveau régime pénitentiaire (...) : avec l’Assemblée
Nationale Constituante, nous avons amnistié tous les condamnés pour
cause de pauvreté, notamment les mulets |4|, et le résultat
spectaculaire est que, sur 2.221 amnistiés, nous avons seulement 19
récidivistes, c’est-à-dire à peine 0.86%, ce qui renforce notre
conviction que ces compatriotes n’étaient pas des délinquants mais
seulement des pauvres.
Nous continuons à apporter notre plus grand soutien à la jeunesse
équatorienne, aujourd’hui confirmée dans ses droits constitutionnels
(...).
Nous soutenons nos jeunes parce que la Patrie requiert leur talent et
leur force neuve, tant de fois incomprise, que ce soit dans les arts et
dans la fête (...). C’est une révolution allègre que nous réalisons
jour après jour, en chantant. Laissons l’amertume à ceux qui se sentent
impuissants à nous vaincre dans les urnes.
(...) Nous inaugurons un pays consolidé dans des politiques culturelles
qui favorisent le dialogue entre les diversités, la création
intellectuelle et artistique. Pour nous, la culture n’est pas de la
décoration, c’est un patrimoine et un bien sociaux. (...)
Le cinquième axe d’action de notre révolution a été la récupération de
la dignité, de la souveraineté et la recherche de l’intégration
latino-américaine. En ce sens, la Révolution Citoyenne continuera à
oeuvrer pour le renforcement du multilatéralisme et des espaces
d’intégration latino-américains, spécialement avec les pays frères de
UNASUR et de l’ALBA. (...)
Nous mettons l’accent sur le renforcement des relations Sud-Sud et en
ce sens, à partir de la "Moitié du Monde", nous sommes en train
d’établir des relations diplomatiques et commerciales avec des pays que
notre patrie a ignorés auparavant vu la soumission de nos gouvernements
qui avaient les yeux tournés vers le Nord uniquement. En ce sens,
l’ouverture de nouvelles ambassades s’oriente dans des pays
stratégiques en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie ; c’est essentiel
pour établir des relations avec d’autres pays du Sud et ainsi, nous
insérer intelligemment et souverainement dans le monde.
Notre main ne tremble pas en dénonçant les structures de soumission
internationale qui sont au service des transnationales et des
institutions financières de Bretton Woods, comme la dénonciation
récente que nous venons de faire du CIRDI. Notre main ne tremble pas
non plus pour dénoncer les Traités Bilatéraux d’Investissement, autre
ignominie exercée sur notre nation qui bénéficie uniquement aux
intérêts étrangers. (...) Notre cohérence révolutionnaire ne renonce
pas à la solidarité avec le peuple frère du Honduras ; nous exigeons
que les usurpateurs du pouvoir populaire soient défaits et jugés, que
toutes les instances nationales, internationales, régionales et
mondiales se dressent pour que jamais, sous aucun prétexte, la volonté
démocratique de tout un peuple soit niée. A vous, Président Zelaya,
notre salut solidaire et fraternel.
De la même manière, dans cette seconde indépendance, notre Patrie, mon
gouvernement et moi, nous nous maintiendrons fermement et
souverainement dans nos relations commerciales avec d’autres pays en
mettant l’accent clairement sur des Traités de Commerce pour le
Développement, justes et solidaires, en restant fermes et clairs au
moment de dire "Non au Traités de Libre Commerce" que les grandes
puissances du Nord ont essayé de nous imposer pendant des années avec
la complicité de nos oligarchies corrompues.
(...) Aujourd’hui, en célébrant le Bicentenaire de la Première
Indépendance, nous poursuivons le chemin tracé par Simon Bolivar. Cela
s’est traduit par la défense sans restriction de notre souveraineté
comme nous l’avons démontré lors de l’invasion et du bombardement
criminel de Angostura |5| ; comme nous l’avons démontré avec notre
action dans le Groupe de Rio, à Santo Domingo ; comme nous l’avons
démontré par la vigilance patriotique de notre frontière nord face à
toute intervention de forces irrégulières ; comme nous l’avons
démontré, spécialement, dans le processus d’intégration que l’Equateur
a poussé à travers la création d’UNASUR et de la Banque du Sud. (...)
LA COLOMBIE
(...) Aujourd’hui, néanmoins, nous assistons à la configuration d’un
autre scénario étant donné que le gouvernement de Colombie a annoncé
qu’il entamait les négociations pour la mise à disposition de non pas
une mais de sept bases pour les opérations de l’armée des Etats-Unis.
Espérons que l’installation de bases militaires nord américaines en
territoire colombien ne se propose pas de renforcer la politique
guerrière du gouvernement de notre voisin (...)
(...) Conscients de notre responsabilité dans le maintien de la paix et
ratifiant notre décision de ne pas nous immiscer dans l’interminable
conflit interne de la Colombie, nous élevons clairement notre voix en
protestation face à cette situation. (...)
LA PRESSE
(...) La presse a été le plus grand adversaire que nous ayons eu durant
ces 31 mois de gouvernement, la presse qui a tenu un rôle clairement
politique bien que sans aucune légitimité démocratique. Ils disent que
nous sommes contre la pensée critique. Ils se trompent : nous sommes
contre la presse médiocre et corrompue.
(...) Il y a une contradiction au sein de leur propre nature : ce sont
des affairistes privés administrant un bien public : la communication
sociale. Quelle est l’alternative ? Je ne sais pas, peut être la
situation actuelle est-elle un moindre mal mais reconnaître cela serait
une immense avancée : démystifier la presse, la jeter bas de son
piédestal d’infaillibilité et de suprématie morale qu’elle a elle-même
édifié et reconnaître les négociants privés pour ce qu’ils sont
précisément : des négociants qui soumettent l’intérêt public au privé
quand le premier s’oppose aux intérêts de leur entreprise.
TRANSITION
(...) L’expérience que nous avons acquise en deux ans et demi de
travail est importante. Nous avons déjà connu l’amertume et les
désillusions qu’entraîne inéluctablement le pouvoir et nous ne sommes
plus si ingénus que le 15 janvier 2007.
(...) J’ai appris que la lutte solitaire (...) sans changer les
structures de pouvoir, si elle est méritoire pour ceux qui la
réalisent, n’attaque pas les causes qui rendent possible l’existence
des injustices et des inégalités.
Je veux dire, camarades, que la lutte que nous devons réaliser, la
campagne que nous allons continuer dans les quatre prochaines années,
n’est pas seulement destinée à alléger des douleurs individuelles mais
à extirper les causes de la douleur ; elle n’est pas dirigée
exclusivement à aider les pauvres, mais à extirper pour toujours les
causes structurelles qui rendent possible la pauvreté ; elle ne se
propose pas simplement de châtier les corrompus, mais d’éliminer les
conditions qui rendent possible la corruption. (...)
APPEL A L’UNITE
(...) Nous savons bien que nous sommes le gouvernement de toutes et
tous les Equatoriens mais que personne n’ait le moindre doute : nos
choix, nos préférences vont aux pauvres, aux jeunes et à nos peuples
ancestraux.
EPILOGUE
(...) Pour terminer, je voudrais seulement citer le très beau préambule
de notre constitution et qu’il soit notre message final au monde :
« Nous, femmes et hommes du peuple souverain d’Equateur, reconnaissant
nos racines millénaires, forgées par les femmes et les hommes de
différents peuples, célébrant la nature, la Pacha Mama, de laquelle
nous faisons partie et qui est vitale pour notre existence ; invoquant
le nom de Dieu et reconnaissant nos diverses formes de religion et de
spiritualité ; en appelant à la sagesse de toutes les cultures qui nous
enrichissent comme société ; héritiers des luttes sociales de
libération face à toutes les formes de domination et de colonialisme ;
et avec un engagement profond envers le présent et le futur, nous
décidons de construire une nouvelle forme de convivialité citoyenne,
dans la diversité et l’harmonie avec la nature, pour atteindre le bien
vivre, le sumak kawsay ; une société qui respecte dans toutes ses
dimensions, la dignité des personnes et des collectivités ; un pays
démocratique, engagé dans l’intégration latino-américaine - le rêve de
Bolívar y Alfaro -, la paix et la solidarité avec tous les peuples de
la terre. »
¡Hasta la victoria siempre !
source : CADTM