Il
se souvient de chaque détail de sa vie et le raconte comme s’il
avait eu lieu hier. Il se rappelle, par exemple, quand Felipe Quispe
[1] lui a dit qu’il n’était qu’un
"llok’alla" [2],
trop jeune pour être candidat à la présidentielle. Malgré cela,
Evo Morales a décidé, en accord avec les mouvements sociaux, de
passer de la résistance au pouvoir.
Aujourd’hui à la fin de
son premier mandat au Palais du Gouvernement, le président accepte
de jeter un coup d’œil sur l’histoire du MAS, Mouvement Vers le
Socialisme [3], qui s’est converti,
selon lui, en un instrument du
peuple.
Arborant un physique d’athlète, bougeant
constamment
les pieds, Morales a reçu Cambio [4]
dans un des salons du Palais
jeudi dernier [5].
Au cours de l’interview rapportée sur les
quatre pages suivantes, le président n’hésite pas à décrire
comment les intérêts de l’impérialisme ont tenté de faire
échouer le projet politique du MAS-ISPS, à expliquer les erreurs
des États-Unis et son désir de réunir les mouvements sociaux du
monde entier pour initier une croisade pour la défense de la Terre
Mère [6], contre les bases
militaires [7] et contre
l’impérialisme.
***
Comment
s’est passée votre première rencontre avec l’ambassadeur des
États-Unis ?
Lors
des premières rencontres, il m’a dit que je pouvais entretenir de
relations diplomatiques ni avec l’Iran, ni avec le Vénézuela.
Mais qui est-il pour me dire de ne pas avoir de relations avec
le Venezuela, avec l’Iran ; nous sommes de la culture du dialogue.
Nous voulons des relations diplomatiques avec tout le monde et nous
les aurons. Nous voulons que des relations qui ne se résument pas à
se soumettre politiquement ou sous conditions. Plus tard, des
parlementaires des États-Unis sont arrivés et m’ont répété que
je ne pouvais pas avoir de relations avec l’Iran. Je leur ai
demandé pourquoi. Et ils m’ont répondu : "à cause des armes
nucléaires". J’ai alors insisté en leur disant "vous
n’en avez pas vous, par hasard ?" Eux aussi en ont, bien
meilleures que celles de l’Iran, si toutefois l’Iran en possède.
Ils se sont trompés et m’ont dit qu'ils
étaient anti-impérialistes. Alors en face je leur
ai rétorqué qua dans ce cas je voulais bien entretenir des
relations diplomatiques avec eux.
Un
exemple, quand Goni [8] agonisait
politiquement, l’ambassadeur des
États-Unis est allé le voir au Palais du Gouvernement et à la
sortie a dit qu’il mettait 10 millions de dollars à sa disposition
pour le défendre. C’était de l’argent provenant des fonds
réservés. Désormais, lors des visites de diplomates étasuniens,
ils ne me parlent plus de ça, ils me disent : "nous respectons
votre décision, nous allons appuyer votre gouvernement". Je ne
sais pas s’ils nous appuieront ou pas, mais par contre ils
continuent à conspirer. Imaginez à quel point ils sont impliqués
dans les coups d’État. Retirons l’ambassadeur des États-Unis,
et la droite se retrouve perdue.
Encore
qu’ils peuvent toujours demander les instructions depuis là-bas
(depuis les États-Unis). Par exemple, ces jours-ci, Mario Cossio [9]
s’en est allé aux États-Unis. Ce n’était pas pour demander
conseil ? Et les délinquants vont s’échapper [10].
Ceux qui
perdront les élections de gouverneur [11],
certains sont très
impliqués (dans des procès), c’est sûr qu’ils vont s’enfuir.
Souvenez-vous en.
Par
exemple, j’avais dit que Manfred [12]
allait s’échapper, et il
s’est échappé, et je regrette beaucoup que le ministère du
gouvernement [13] n’ait pas
contrôlé ses mouvements. Je veux être
honnête, face au peuple ; comme il a des attaches, on le contrôle.
Il n’y a pas d’ordre de détention parce que c’est le rôle de
la justice, mais c’est la tâche de l’exécutif de contrôler où
il se trouve. Maintenant, à partir du moment où il s’est échappé,
c’est un délinquant qui a avoué. Combien d’autres vont suivre ?
L’empire des États-Unis est la poubelle des délinquants Gonzalo
Sanchez de Lozada, Carlos Sánchez Berzaín [14],
Ernesto Asbún
[15], Alfonso Revello [16], et maintenant Manfred, et d’autres
sont
au Pérou. Je ne sais combien de délinquants vont s’échapper, au
moins maintenant nous avons la possibilité, grâce à une loi,
d’enquêter sur les fortunes indues ou suspectes, parce que le pire
ennemi du peuple a été la corruption.
Avant
2002, vous avez senti des pressions de la part de l’ambassade des
États-Unis ? Quelle a été votre perception de la relation de cette
mission diplomatique avec le MAS
Je
crois que les ambassadeurs ont leurs conseillers politiques,
notamment économiques, et l’ambassade des États-Unis est formée
sur ce modèle. Ce qu’ils m’ont dit, par exemple, en 2002, c’est
que le sondage de l’ambassade des États-Unis nous donnait gagnants
(pour l’élection présidentielle) et pour cette raison Manuel
Rocha [17] m’a accusé le premier
d’être le "Ben Laden
andin" et les cocaleros [18] des
talibans. Ensuite, la deuxième
menace était : "si Evo est président, c’en est fini de
l’aide internationale", et finalement, emporté par ses
déclarations, il a annoncé qu'il ne fallait pas voter pour moi! Et
en réponse à ses déclarations, on a vu apparaître des
manifestations du Parti Communiste, du Parti Socialiste, des
mouvements sociaux qui disaient "votez pour Evo Morales",
et là j’ai senti que le peuple était anti-impérialiste. En fait,
tout ça nous a aidé et j’ai dit que mon meilleur chef de campagne
était Manuel Rocha, ambassadeur des États-Unis!
Je
crois qu’un peu avant, l’ambassadrice Donna Hrinak vous a aussi
beaucoup attaqué.
C’était
en 95 pendant la campagne. En 95 et 96, elle nous a pas mal attaqués
durant la marche des femmes et je me rappelle qu’une camarade [19]
m’a dit : "si c’est une ambassadrice, qu’elle se comporte
en ambassadrice, pas en "khatera" [20]".
Pour
moi, les États-Unis ont commis deux erreurs : mon expulsion du
Congrès National, exactement un 22 janvier, et je vais d’ailleurs
prêter serment comme président le 22 janvier prochain (rires).
L’autre erreur est d’avoir placé de force Gonzalo Sánchez de
Lozada comme président en 2002. Cette fois-là, en 2002, nous étions
en deuxième place. Le MNR [21],
Bolivie Libre, et les cinq partis
alliés, nous ont battus pour moins d’1%. Comme nous étions
deuxième, tout près, le Congrès aurait pu nous nommer président
[22]. Mes camarades parlementaires
pleuraient, disaient "c’est
toi qui doit être président". Je ne voulais pas, j’étais
effrayé et surpris, tremblant de peur qu’ils me nomment président.
Ça a été la grande erreur de la droite et de l’ambassade.
Si
j’avais été l’ambassadeur des États-Unis, j’aurais placé
Evo Morales à la Présidence avec la droite majoritaire au Congrès.
Moi, 27 députés et 8 sénateurs. 27 députés contre 130, qu’est-ce
que j’aurais fait ? Rien. L’époque de l’UDP [23]
se serait
répétée, quel malheur, je ne sais pas combien de parlementaires
ils avaient entre le MIR, le PC et le MNRI (les partis de l’UDP).
Mais la majorité était du MNR et de ADN [24],
et quelques
dirigeants égarés politiquement faisaient campagne contre l’UDP.
La majorité parlementaire de la droite, plus des dirigeants perdus
ou vendus, vivants de pots-de-vins, contre l’UDP, ça a couté 20
ans de lutte au peuple bolivien.
Quand
ils m’ont expulsé, je suis parti content parce que j’avais gagné
ma notoriété. En 2002 ils se sont trompés, d'ailleurs quand je
protestais en faisant une grève de la faim j'ai dit que je ne
reviendrai pas seulement avec quatre députés, mais que je
reviendrai avec 30, 40, 50 députés, 60. Maintenant on a 88 députés.
Je suis revenu avec 27 députés et après avec 76, et maintenant 88,
représentant divers secteurs de la société, pour ces
élections.
Comment
êtes-vous passé de dirigeant de football à dirigeant du MAS ?
C’est
historique d’avoir réussi en partant de la base. Quand j’ai
commencé à être dirigeant syndical, en 88, y compris quand je
participais aux congrès de la CSUTCB (Confédération Syndicale Unie
des Travailleurs Paysans de Bolivie), quand Genaro Flores en était à
la tête, dans les discussions on débattait du pouvoir et du
territoire. Le slogan disait "Pour le pouvoir et le territoire".
Pourquoi le territoire ? Le territoire c’est nos ressources
naturelles, que ce soit dans le sous-sol, le sol ou le "sur-sol",
ou l’espace, tout ça est à nous. Quand on parlait de la terre, on
parlait de la terre pour la cultiver, ça c’est la terre.
Et
pourquoi le pouvoir ? En tant que propriétaires millénaires de
cette terre, nous devons nous gouverner nous-mêmes. Comment ? Moi,
nous, on va pouvoir se gouverner nous-mêmes. Dans les années 89 et
90 a commencé la campagne pour les 500 ans de résistance indigène
populaire, on parlait de l’invasion espagnole, européenne, de
l’année 1492. Avant l’Amérique Latine s’appelait Abya Yala.
En
1991 j’ai été invité à Quetzaltenango, au Guatemala, pour
participer à un évènement pour les 500 ans de résistance indigène
populaire. Le débat était : jusqu’à quand va continuer la
résistance ? Pourquoi est-ce qu’on ne prend pas le pouvoir ? Ça a
été un débat important du mouvement indigène au Pérou, au
Mexique, au Guatemala, en Équateur. Là bas, on a décidé la prise
de pouvoir en 1992, juste 500 ans après l’invasion. J’ai
organisé une marche de Sacaba à Cochabamba ; j’ai des vidéos,
des photos, c’était plein de wiphalas [25].
Géniale, cette
marche !
En
octobre, à l’occasion des 500 ans de résistance, cette volonté
de créer un mouvement politique a été en partie récupérée par
le Mouvement Bolivie Libre, avec à sa tête Antonio Aranïbar. Je me
souviens aussi de Paulino Guarachi. J’ai passé 1992 et 1993 dans
le Chapare [26] et à La Paz [27], on voulait créer notre propre
parti, notre mouvement politique, mais personne n’a pris
l’initiative.
De
l’autre côté, Goni, pour gagner les élections, a proposé le
choix zéro pour le Chapare. Qu’est-ce que c’était le choix zéro
? Zéro coca, mais aussi zéro terre pour les planteurs. La
proposition allait bien au-delà de ce qui était annoncé. Ils se
disaient : comment ces paysans, ces indiens !, peuvent-ils avoir le
contrôle du chemin bio-océanique, avec leur force syndicale,
comment ces indiens peuvent-ils posséder des terres contenant du
pétrole et du gaz ? Le même type d’expérience s’est produite
en 85, quand les mineurs furent remerciés avec une compensation de 1
000 ou 2 000 dollars par année travaillée. Les mineurs ont alors
abandonné leur mine.
Au
Chapare, le gouvernement a dit qu’il paierait pour la terre sans
donner de montant, mais la rumeur parlait de 1 000 dollars par
hectare pour chasser les planteurs de coca. Ensuite, ils proposèrent
de laisser la région entre les mains de huit entrepreneurs privés,
depuis Bulo Bulo, qui est la frontière avec le Brésil, entre Santa
Cruz et le Beni, pour cultiver cinq produits phares, notamment
ananas, bananes et palmiers. Mais ils n’ont pas réussi à trouver
l’argent pour la compensation et n’ont pas pu nous chasser.
En
94, ils ont essayé de nous chasser par la force au cours de
l’opération Nuevo Amanecer (Aube Nouvelle). Pour résister, nous
avons organisé une réunion d’urgence, et ils ont failli
m’arrêter. Finalement, nous avons décidé d’organiser une
marche du Chapare à La Paz. C’était un premier
avertissement. [...]Et qu’est-ce qui te sauve ? C’est la
force sociale, le pouvoir du peuple, le pouvoir syndical. S’il n’y
avait pas le pouvoir syndical, ils te manipuleraient légalement,
politiquement, et une fois en prison, pourraient aller jusqu’à te
liquider. Imaginez-vous, s’ils m’avaient tué au Chapare, les
gens, tous, se seraient levés. Je ne sais pas combien de fois ils
m’ont sauvé la vie.
A
quel moment avez-vous senti qu’ils n’arrêtaient pas de vous
traquer ?
En
88, j’ai accepté la direction syndicale en connaissant les risques
encourus, je savais que j’arrivais à la Fédération pour servir
le peuple. Je savais que j’allais laisser mes terres, mes cultures,
pour aller me battre. J’étais décidé. Mais après l’opération
Aube Nouvelle qu’ont lancée les agents du CEIP (intelligence
policière), je me suis mis en grève de la faim quand j’étais
dans les cellules de la PTJ (police) de Cochabamba. La marche a
continué et après 10 jours ils m’ont sorti des geôles grâce à
la force syndicale. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce qu’ils
parlaient à l’époque d’un mouvement politique. A l’arrivée
de la marche dans La Paz, nous sommes entrés par la Zona Sur [28] et
les gens nous ont accueilli avec de la nourriture. Impressionnant.
Grâce
à la marche, nous avons signé un accord avec le gouvernement de
Goni qui craignait que cette mobilisation ne se transforme en
révolution. Le ministre des affaires étrangères était Antonio
Araníbar. Le gouvernement a accepté de lancer une campagne
internationale pour dépénaliser la coca, mais après deux semaines,
Antonio Araníbar a déclaré : "La coca, c’est la cocaïne".
Alors : à quoi a servi l’accord ? Ensuite, la marche a grandi. Il
y avait Felix Santos, Zenón Garcia, Gisela Ortega. Nous avons fait
le bilan de la marche et de l’accord trahi. À ce moment, nous nous
sommes dit que les revendications seront prises en compte uniquement
quand nous serons au pouvoir. Il faut créer un instrument politique,
tous ensemble. J’ai demandé qu’on fixe une date et un lieu pour
le premier congrès de l’Instrument Politique de la Terre et du
Territoire.
Qu'est
ce qui a eu lieu a Eterazama ?
Eterezama,
en décembre 94. Nous avons décidé par consensus que ça serait à
Santa Cruz. Mes camarades y sont allés en caravanes de vélos. Je
n’ai pas pu y être dès le début parce que j’étais en Europe.
Felipe Sánchez, Modesto Condori y étaient. Ce sont les fondateurs
du MAS-ISPS, ce qui signifie que le MAS a du sang cruceño (de
Santa-Cruz [29]), car il fut fondé
là-bas.
Mais un problème
s’est présenté : fallait-il être à la tête de l’instrument
politique, ou organiser une commission. Nous nous sommes divisés. La
majorité a proposé de créer une direction, ils m’ont
proposé d'être président de cet instrument politique mais
j’ai refusé. Cette charge est revenue à Guido Tarqui, et plus
tard nous avons décidé que chaque organisation pouvait envoyer un
représentant à la direction, parmi eux Alejo Veliz [30].
Ceux du
Parti Communiste ont abandonné là l’aventure.
Quelle
était la différence avec ceux qui ont abandonné ?
Eux
avaient déjà leur instrument politique, pour certains c’était
Condepa [31], le MNR. Nous avons
créé la direction et choisi le nom
ASP, pour Assemblée pour la Souveraineté des Peuples. Au Chapare,
nous avons cherché des signatures, un registre de procès-verbaux,
toutes les formalités pour se faire enregistrer légalement. D’abord
ASP, puis IPSP. Mais la cour électorale n’a jamais reconnu la
légalité d’ASP. Après plusieurs années, les gens de la cour
électorale ont déclaré : "si Evo n’est pas à sa tête,
nous allons reconnaître la légalité d’IPSP". Pour les
camarades, la cour électorale avait posé des conditions et il
n’était pas question de se soumettre. Plus tard, des ex
porte-paroles de la cour électorale nous ont dit que l’Ambassade
des États-Unis les leur avait imposées. L’Ambassade n’était
pas d’accord avec la légalisation de IPSP. Comme l’Ambassade
finançait la cour électorale, la cour était dépendante et
soumise.
Quelles
raisons ont-ils présenté pour refuser l’inscription ?
Tout
simplement en disant "c’est le parti des indiens", c’est
un "parti anti-impérialiste" au fond. Les ex porte-paroles
m’ont dit que l’Ambassade refusait. Mais ils avaient
l’autorisation pour diviser le mouvement indigène. En 2002, j’ai
négocié avec Felipe Quispe. J’étais pour que nous fassions
candidature commune mais il m’a répondu que je ne pouvais pas y
aller que je n'étais qu'un llok’alla (gamin),mais que lui en
revanche avait la stature pour être candidat à la présidence
(rires). Ma proposition était de faire un sondage auprès
de la
presse, la radio, et que les gens disent quel candidat ils préfèrent.
Et Quispe m’a dit : "Je suis plus vieux que toi, tu n’es
qu’un llok’alla, tu pourras te présenter une autre fois. Mais
cette fois-ci, ça sera moi le candidat."
Vous
avez été déçu après cette conversation ?
Non.
Pour faire de la politique, il faut beaucoup de patience, mais aussi
beaucoup d’instinct politique. Il était important d’y aller
ensemble cette fois-là. Mais si c’était souhaitable, ce n’était
pas décisif. La cour a reconnu la légalité de sa candidature, et à
partir de ce moment, il ne m’a plus ennuyé. Le MIP, le parti de
Quispe, n’avait pas réuni toutes les pièces requises pour être
légalisé, mais la cour a approuvé, encore sur instructions de
l’Ambassade, pour divisez les forces paysannes dans la campagne
électorale.
Si
nous nous étions alliés en 2002 (Quispe et Morales), nous aurions
gagné de loin, nous avions 21% avec nos 27 députés du MAS. Avec
les 4% du MIP, nous aurions atteint les 25%, alors que Goni, le MNR,
le MBL et les cinq autres partis alliés ont gagné avec seulement
21%. Ils ne nous ont battu que de moins de 1%.
Les
porte-paroles de la cour électorale ont justifié l’approbation du
MIP de manière illégale par le fait que Quispe aurait organisé des
blocages [32]. Mais de cette
manière ils nous ont divisés.
Une
stratégie de division ?
Diviser,
en effet. Parce que s’il n’avait pas obtenu la personnalité
juridique, il aurait fait campagne avec le MAS. La cour a refusé
cinq fois de donner la personnalité juridique à ASP et plus tard à
IPSP. Le MAS, à l’époque, était un parti appartenant à David
Añez Pedraza, enregistré par la cour électorale et membre de (IU)
Gauche Unie, mais qui n’avait pas de militants, pas de base.
Pedraza nous a offert le sigle MAS. Grâce à son aide, nous nous
sommes affiliés légalement au MAS, nous avons organisé un congrès
pour faire les choses dans les règles et de cette manière nous
avons récupéré la propriété du MAS.
Comment
avez-vous commencé ?
C’est un parti sans ONG,
sans fondations. En 95 ils ont participé aux élections avec IU
(Gauche Unie). A l’époque, les partis traditionnels achetaient les
voix a Cochabamba, aujourd’hui non. Ils donnaient de l’alcool,
des cadeaux et de la coca au paysan pour le convaincre.
Ces
pratiques se répètent d’ailleurs encore aujourd’hui dans
l’orient [33]. Alors à Cochabama,
nous avons inventé le slogan :
"recevez de la droite, mais votez pour la gauche". Lorsque
les élections sont arrivées, nous avons gagné quatre députés
avec IU à Cochabamba.
En
97, avec l’arrivée de renforts de la CSUTCB, quasiment par
consensus et en plein milieu de la fête, ils m’ont nommé candidat
à la présidence. Au retour à Cochabamba, je n’ai pas dormi et je
me suis demandé : comment est-ce que je peux être président
? Se
seraient-ils moqués de moi ? J’ai convoqué l’assemblée et
je leur ai dit que je ne serais pas candidat à la présidence. Par
contre, j’ai accepté d’être candidat uninominal [34] de la
circonscription C-27 et nous avons commencé la campagne.
Je
veux rendre hommage aujourd’hui à Herminia Mamani de Carrasco. En
effet, comme on n’avait pas d’argent pour les drapeaux de la IU,
qui ressemble au drapeau bolivien, la camarade a récupéré des
drapeaux du MBL, auxquels elle a ajouté la couleur verte, et comme
ça nous avions des drapeaux de IU.
[...]
A Uyuni, ils m’ont presque fait pleurer. Des camarades de la
campagne, avec leurs habits traditionnels, continuaient à coudre des
drapeaux du MAS, en plein rassemblement. C’est une preuve de
comment le peuple contribue, parce que ce parti n’appartient pas à
une seule personne, il appartient au peuple. Au contraire, les partis
néolibéraux sont dirigés par un patron ou financés par des
patrons.
Ces
explications démystifient les versions qui disent que le MAS était
appuyé par des ONG.
Quand
nous avons commencé, il n’y avait aucune ONG, aucune fondation,
aucun mécène ; le peuple finançait. Parfois quand de nouveaux
dirigeants, militants ou candidats arrivaient, ils me demandaient de
l’argent. Mais il n’y a aucun argent, c’est le peuple qui
apporte l’argent.
En
2002, j’ai rencontré des militants de Manfred qui m’ont demandé
: Quel salaire reçoivent vos militants pour faire campagne ? Je leur
ai dit qu’il n’y avait rien de ce genre chez nous. Dans les
partis néolibéraux, c’est le propriétaire qui finance la
campagne, et ensuite, il veut récupérer sa mise en volant l’argent
du peuple. C’est l’origine de la corruption, la campagne est à
l’origine de la corruption, c’est de là que viennent les
pots-de-vin, les cadeaux.
Au
MAS, les gens contribuent, cousent des drapeaux, il y a des
contributions syndicales, les gens se mobilisent
inconditionnellement. Là où cette conscience fait encore défaut,
c’est au Beni et au Pando, où il y a encore des achats de voix. Un
camarade du Pando m’a raconté qu’avant ils achetaient les voix
avec de l’alcool et de la coca, mais qu’aujourd’hui ils offrent
des machettes, des haches, des tronçonneuses, et ils offrent la
viande pour les grillades. C’est comme ça que nos adversaires ont
gagné au Beno et au Pando, mais là-bas, on s’implante rapidement.
Parfois,
au MAS, en 95 et 97, certains camarades de la campagne refusaient
tout diplômé, parce qu’il y a eu des précédents d’avocats qui
ont fait beaucoup de mal au mouvement paysan. Par exemple, j’ai été
victime d’un avocat nommé Iriarte à Cochabamba lors de formalités
concernant des titres de propriété. C’est pour ça qu’avant
certains camarades disaient qu’il ne faut admettre aucun diplômé,
heureusement maintenant nous rompons avec cette règle et nous
construisons un tissu de représentation des différents secteurs
sociaux. C’est comme ça que nous avons avancé dans ce mouvement
politique.
Quelles
sont les clés de la réussite du MAS ?
Le
MAS-IPSP ne s’est jamais éloigné des mouvements sociaux. Jusqu’à
maintenant nous nous réunissons régulièrement avec tous les
dirigeants pour recevoir leurs propositions, leurs préoccupations.
C’est ça le grand avantage du MAS. Et maintenant, beaucoup nous
rejoignent. C’est une des clés. La deuxième clé est de toujours
accepter de nouvelles propositions, par exemple la modification de la
loi sur les hydrocarbures a été travaillée avec le MAS, le Pacte
d’Unité [35] et des organisations
comme celle des retraités. Une
autre clé est de dire clairement que nous sommes anti-impérialistes,
anti-néolibéraux, anti-coloniaux.
Maintenant,
pourquoi est-ce que nous sommes reconnus par la classe moyenne ?
Parce que nous rendons la dignité à la Bolivie. La Bolivie n’est
pas n’importe quel petit pays. Maintenant, non seulement la Bolivie
est attendue, mais elle est respectée dans la communauté
internationale. Lors de mes premières interventions dans des
réunions de chefs d’états, personne ne m’écoutait vraiment.
Maintenant quand je parle, tout le monde m’écoute en silence.
Voila
quelques clés pour expliquer où nous en sommes.
Pour
les prochaines élections [36],
c’est une nouvelle expérience. Ma
devise est : "gouverner subordonné au peuple". Il y a un
seul problème qui se présente en ce moment : gagner est facile,
gouverner est assez difficile, mais le pire c’est la désignation
des candidats. Avant personne ne voulait être candidat, mais
maintenant ils ne se font plus prier, ils se battent pour être
candidats. Il y a des camarades qui n’ont pas encore compris qu’il
faut être un soldat. Ces luttes démoralisent une partie des
camarades. Je veux demander pardon au peuple pour ces luttes
internes. Il y aura toujours des combats de personne, mais ce ne sera
jamais comme dans les gouvernements de droite. Je me rappelle quand
les militants du MIR et du MNR ont sorti les poings et les révolvers.
Il reste encore cet héritage de l’État colonial et des partis à
orientation coloniale.
Je
salue les présidents du MAS, dont quasiment aucun n’est candidat.
Si un des présidents du MAS fait consensus, alors il peut être
candidat, mais ce camarade ne peut pas diviser ou manipuler pour être
candidat. Ils ont parfaitement compris : comme il n’y a pas
consensus, aucun n’est candidat. Une autre recommandation est que
quand il laissera sa charge de président, il sera prioritaire.
Dans
un parti aussi grand, il est difficile de produire des
dirigeants de confiance, et si vous trouvez qu’il y a un manque
d’engagement de la part de certains dirigeants, c’est qu’il y a
une faiblesse, non ?
Je
vois là deux points : les dirigeants de la lutte frontale contre les
politiques néolibérales, contre le néolibéralisme sont aux
responsabilités, pas tous. Et il y a ces nouveaux dirigeants, qui ne
sont pas anti-néolibéralisme mais qui sont dans
un processus de révolution démocratique culturelle avec une
autre mentalité, mais pas vraiment avec une mentalité idéologique.
Ils sont des dirigeants du processus, mais ils cherchent seulement
les responsabilités, ils font des embrouilles, et pendant ce temps
ne luttent pas.
Et
ça se passe aussi au niveau international. Par exemple, après avoir
écouté le discours du président sud-africain, j’ai été très
préoccupé. Mandela c’est quelque chose, c’est une lutte contre
la discrimination, mais les nouveaux présidents tiennent un autre
discours, rarement celui de Mandela.
Je dis ça parce que, pardon
si je les dérange, et bien que je n’ai pas mon mot à dire, je
suis très préoccupé parce que dans cette lutte contre le
réchauffement climatiqueje n’ai vu aucune ligne politique au
niveau mondial pour défendre la Terre Mère. Avant j’écoutais
l’Afrique du Sud qui donnait une ligne politique au niveau mondial.
En
Bolivie, les nouveaux dirigeants qui n’étaient pas dans les
marches, dans les blocages, dans la résistance, qui ne connaissent
pas les gaz lacrymogènes, les plombs, les balles, ceux-ci ont une
autre mentalité. Nous devons régler ce problème. [...] Moi je n’ai
pas été un des dirigeants qui ont lutté contre la dictature
militaire. Mais à tout niveau, mouvement social, dirigeant, il faut
garantir la démocratie et continuer avec ce processus pour empêcher
tout retour à la dictature.
Pensez-vous
que le MAS puisse s’étendre à d’autres pays ?
Sous
la conduite de l’empire du capitalisme, il y a une hégémonie du
monopole du capitalisme. Face au monopole, à l’hégémonie du
capitalisme, à l’impérialisme qui a à sa tête les États-Unis,
il faut une rébellion des peuples, un soulèvement des peuples,
contre leurs gouvernements pro-impérialistes, capitalistes,
coloniaux. Avant, les différents empires, les romains, les anglais,
garantissaient les démocraties ; en revanche, les États-Unis
garantissaient la démocratie si les libéraux gagnaient les
élections, et quand ils perdaient, il y avait automatiquement un
coup d’État. Et les autorités de l’Église Catholique sont
complices ; durant la Colonie et la République, ils se sont servis
de l’Église.
Comment
est-ce qu’il se sont servis de l’Église ?
Comment
l’Église peut-elle être complice de cette domination, de ce
pillage, de cette discrimination, de cette humiliation, de cette
pauvreté ? Quand ils n’ont pas pu dominer par la croix, ils ont
dominé par la loi, et quand ils n’ont pas pu dominer par la loi,
ils ont dominé par l’épée. A La Paz, par exemple, dans une
famille d’oligarques, un frère était curé, un autre frère était
avocat, et le troisième était militaire. Ils existent encore à La
Paz. C’est comme ça qu’ils nous ont dominé.
J’admire
et je salue la base de l’Église ; dans certaines provinces le curé
est comme le maire : il fait construire des hôpitaux, des écoles,
il est sain, honnête. Les sœurs prient. Ensemble, avec moi, nous
avons offert une ambulance.
J’ai
beaucoup vécu. Quand les gouvernements néolibéraux nous ont tués,
nous ont maltraités, quel hiérarque de l’Église nous a défendu
? Personne. Mais quand nous avons marché ou bloqué et approché les
murs du gouvernement, alors là l’Église Catholique et les
médiateurs sont apparus. Par exemple, un curé de La Paz arrivait en
avion pour me faire quitter le Chapare pour dialoguer à Cochabamba,
un autre arrivait pour m’emmener à Santa Cruz, devant le cardinal,
alors que le peuple se levait et cognait aux portes du gouvernement
néolibéral. Mais quand nous nous sommes faits tuer, il n’y avait
personne.
Tout
notre respect va à l’Assemblée des Droits de l’Homme. Ensuite
est apparue la Défenseur du Peuple, Ana María de Campero. Ana Maria
de Campero a plus de bases dans le Chapare. Une fois, je me rappelle,
des gens étaient détenus dans un hangar de l’armée de l’air à
Cochabamba, et Ana María est apparue. Elle s’est plantée là-bas
pour faire sortir tous les détenus.
Ainsi,
si on pense à ces luttes depuis la Colonie, avant il y avait
seulement Fidel Castro qui affrontait le capitalisme, mais ensuite
sont apparus Hugo Chavez, et d’autres, et la liste s’agrandit. Et
ce coup d’État au Honduras est un avertissement à ceux que Bush
appelle l’"axe du mal". Pour moi, ce n’est pas l’axe
du mal, c’est l’axe pour l’humanité, qui grandit, un peu
partout dans le monde. De l’autre côté, le congrès du Honduras a
déclaré Micheletti [37] député à
vie, c’est maintenant un
autre Pinochet, suivant le même style de dictature. C’est la
recette de Bush avant et de Obama aujourd’hui : protéger.
Avant
il y a eu plusieurs coups d’État en Bolivie. Ici, ça me convient,
bien que chaque année il y ait des élections, je suis très
content, que ce soit un référendum révocatoire, de ratification
sur les politiques, c’est une manière de gouverner avec le peuple.
Avant, en 24 heures, il y avait trois militaires présidents. Quand
j’ai fait mon service militaire, en 78, j’ai connu trois
présidents en une année. Quand je suis entré, c’était Hugo
Banzer, après Juan Pereda, et j’ai fini mon service sous David
Padilla. Mais ça se répète aussi avec les gouvernements
néolibéraux. Lors des cinq dernières années de gouvernements
néolibéraux, nous avons eu chaque année un nouveau président.
Consolider
cette démocratie n’est pas facile, nous sommes heureusement en
train de le faire. Ils ont tenté un coup d’État et ils l'ont
raté. De manière démocratique ils se sont plantés avec le
référendum révocatoire, et aujourd’hui le peuple valide notre
action. Ce qui ne s’était jamais fait, c’est que nous
consolidons la démocratie représentative mais aussi participative.
C’est la conscience du peuple ; de plus avec stabilisation
macro-économique, mais il faut maintenant résoudre le problème de
la microéconomie, voila le défi. Nous avons pris plusieurs mesures,
les allocations pour les enfants, les personnes âgées, les femmes
enceintes, ça nous aide mais ce n’est pas suffisant.
Si
c’est ça l’expérience, pourquoi ne pas partager avec les autres
mouvements sociaux. Moi je suis heureux d’avoir expulsé
l’ambassadeur des États-Unis, la DEA [38]
n’est maintenant plus
importante. Sa participation est souhaitable mais elle n’est plus
décisive.
Je me rappelle, par exemple, quand j’ai été élu,
plusieurs membres de la Banque Mondiale, du FMI, sont venus, et je
leur ai dit qu'ils ne décideraient pas de la
politique, c’est nous qui allons décider. Ils m’ont regardé et
ils sont partis. Ensuite, ils ne sont plus apparus pendant sept mois,
puis ils sont revenus et m’ont indiqué qu’ils voulaient appuyer
le Plan National de Développement de Bolivie.
Est-ce
que le FMI est venu ?
Ils
sont venus, mais nous n’avons pas besoin de recette. La meilleure
recette possible vient du peuple, organisé, que ses forces sociales
soient citoyennes ou syndicales. Le peuple sait quelles sont ses
revendications, quels sont ses problèmes, et quelles sont ses
réponses.
Alors, pourquoi ne pas continuer à avancer ?
Ici, un parti lié aux mouvements sociaux anti-impérialistes a gagné
les élections, et aujourd’hui il n’y a plus de base militaire,
et la DEA étasunienne a été éjectée. C'est ce qui se passera en
Colombie.
Dans
cet aéroport du Chimoré où même le président et le
vice-président devaient demander la permission d’entrer à
l’ambassade des États-Unis, maintenant on accueille Lula, Chavez.
Avant c’était interdit. Une fois, Carlos Mesa [39]
m’a invité à
venir débattre sur la chaîne de télévision PAT, et il m’a dit
au téléphone : "J’ai demandé la permission à l’Ambassade
pour qu’un avion entre et t’amène ici pour dialoguer". Mais
comme tout était bloqué, je n’ai pas pu aller jusqu’à
l’aéroport.
Je
voudrais organiser une grande rencontre avec les mouvements sociaux
du monde entier, non seulement pour protester contre les bases
militaires, mais aussi pour récupérer, défendre les droits de la
Terre Mère, qui est une autre étendard de la lutte contre le
capitalisme [40].
Obama
a parlé de relations et de respect mutuel, une relation de pair à
pair. Sous des relations de respect mutuel, on ne peut pas installer
des bases militaires, ni envoyer des troupes pour tuer. Lutter contre
le capitalisme c’est lutter pour la paix sociale, c’est ça notre
autre combat.
Source
: cambio
Traduction
: Sylvain Bruja pour Primitivi- révisé par Maud Bellon
pour Investig'Action
- michelcollon.info
Notes
[1]
leader indigéniste, compagnon de route de Evo Morales et d’Alvaro
Garcia Linera (le vice-président, avec qui il a été emprisonné
pour ses luttes)
[2]
muchacho, gamin
[3]
MAS-IPSP, pour Mouvement Vers le Socialisme - Instrument Politique
pour la souveraineté des peuples, le parti d’Evo Morales
[4]
journal basé à La Paz, de gauche et proche du gouvernement
[5]
le 14 janvier 2010
[6]
aussi appelée Pachamama dans toute l’Amérique Latine, elle fait
l’objet d’un culte, d’offrandes, etc.
[7]
bases militaires étasuniennes en Colombie, cf Colombie : l’accord
militaire entre la Colombie et les États-Unis a été signé
[8]
surnom de Gonzalo Sanchez de Lozada, deux fois président de la
Bolivie, la dernière fois de 2002 à 2003, date à laquelle il a du
fuir le pays à la suite d’émeutes qu’il a réprimées dans le
sang. Il est aujourd’hui en exil à Miami, et ne sera
vraisemblablement jamais extradé en raison de sa double nationalité
Bolivie-États-Unis
[9]
préfet de Tarija, membre du MNR, le parti de Sanchez de Lozada
[10]
après la victoire de Evo Morales en décembre 2009, son principal
opposant, Manfred Reyes Villa, d’extrême-droite, visé par un
procès sur sa gestion de la mairie de Cochabamba, s’est enfui à
Miami. L’ancien préfet de La Paz, Jose Luis Paredes, est en
Argentine. De même, Marin Brankovic, un entrepreneur très puissant
et leader de l’opposition d’extrême-droite de Santa-Cruz, s’est
enfui au Brésil
[11]
les élections auront lieu en avril 2010. Après un mandat où les
préfets ont été élus, et non plus nommés, la nouvelle
Constitution les remplace par des gouverneurs élus au suffrage
universel.
[12]
Manfred Reyes Villa. Les principaux hommes politiques en Bolivie sont
appelés par leur prénom ou leur surnom.
[13] pour comparer avec
la France, le ministre du gouvernement et le vice-président se
partagent en quelque sorte le rôle de premier ministre.
[14]
ministre de la défense de Goni, défenseur de la manière forte lors
des émeutes de 2003
[15]
ex-président de la compagnie aérienne LAB. Voir à ce
proposl’article de Benito Pérez sur risal Bolivie : opération
toges propres
[16]
ex-délégué de la Bolivie à la Banque Mondiale, il était chargé
de la supervision de la privatisation dans le pays
[17]
ambassadeur des États-Unis à l’époque
[18]
les paysans planteur de coca (plante dont on peut tirer la cocaïne,
mais qui fait partie de la culture andine depuis des siècles et qui
est le symbole de la souveraineté en Bolivie
[19]
NdT : je traduis compañero et compañera par camarade, même si le
terme "camarada" existe et désigne le camarade au sens
politique
[20]
vendeuse qui aime se bagarrer - en gros, poissonnière
[21]
Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, de droite, parti de Goni.
[22]
avant 2005 et l’élection de Evo Morales, aucun président n’a
été élu à la majorité absolue, et le président était désigné
par le parlement à la suite de tractations.
En 89, Jaime Paz a
même été élu président après avoir terminé à la troisième
place !
[23]
Union Démocratique et Populaire, une alliance de partis de gauche
dont le MIR (Mouvement de Gauche Révolutionnaire) et la Parti
Communiste. L’UDP a gagné les élections de 78 à 82, mais sans
pouvoir gouverner faute d’accords avec les autres partis.
Cette
situation a en partie mis le pays en crise économique, que n’a pas
pu résoudre UDP entre 82 et 85, lorsqu’ils ont enfin pu gouverner.
[24]
Action Démocratique Nationaliste, parti d’extrême-droite de
l’ancien président et dictateur Hugo Banzer Suárez, et de Tuto
Quiroga, qui lui a succédé à la tête du parti et à la Présidence
de Bolivie à la mort de Banzer.
[25]
drapeau constitué de carreaux aux couleurs de l’arc-en-ciel,
symbole des peuples andins
[26]
région productrice de coca, où Evo Morales a déménagé durant
l’adolescence pour trouver du travail, et où il a commencé le
syndicalisme avec les planteurs de coca
[27]
capitale de Bolivie
[28]
quartiers riches du sud de La Paz
[29]
Evo Morales précise que le MAS est né à Santa-Cruz parce que c’est
un bastion de la droite, que le MAS cherche aujourd’hui à
conquérir
[30]
candidat à la présidentielle de 2009, où il a gagné autour de 1%
des voix. Bien qu’il se réclame de gauche, ses accords avec le
parti d’extrême-droite de Manfred au parlement lui ont coûté la
crédibilité auprès de sa base traditionnelle.
[31]
Conscience de Patrie, créé par Carlos Palenque, qui fut un des
premiers indigènes boliviens à se lancer en politique. Mort en 97,
il fait encore l’objet d’un culte en Bolivie.
[32]
une des formes de lutte en Bolivie est de bloquer les routes
(pierres, manifestations, etc.) Comme la Bolivie a un réseau routier
peu dense, bloquer une route est un moyen efficace de lutter.
[33]
la partie est du pays
[34]
député rattaché à une circonscription, par opposition au député
plurinominal, qui est élu à la proportionnelle au niveau national
(le parlement contient une part de proportionnelle)
[35]
Regroupement d’organisations indigènes, paysannes, originaires
[36]
en avril 2010, élections de gouverneurs (pour les huit régions) et
municipales
[37]
militaire à la tête du coup d’État au Honduras qui a eu lieu en
juin 2009
[38]
Administration de Respect des Lois sur les Drogues, agence
étasunienne de lutte contre la drogue, soupçonnée en Bolivie (et
dans d’autres pays d’Amérique Latine) d’être une force armée
étasunienne sous couvert de lutte contre la drogue.
[39]
président de Bolivie après la fuite de Goni, jusqu’à 2005.
[40]
Evo Morales évoque surement la conférence qu’il va organiser en
avril en Bolivie, comme un contre-sommet de Copenhague.
http://www.michelcollon.info/