(...) Daniel Ortega, le président du
Nicaragua, a affirmé éprouver honte et gêne au Sommet des Amériques, du
fait qu’un pays comme Cuba, qui a collaboré avec ses voisins pour
éradiquer l’analphabétisme et la pauvreté, est exclu de ce Sommet,
contrairement aux USA, qui sont un pays qui a dirigé la guerre contre
le Nicaragua et d’autres pays d’Amérique centrale pendant les années
quatre-vingt et quatre-dix, qui a été l’acteur principal de l’invasion
à Playa Girón1 et impliqué dans le coup d’État au Venezuela en 2002.
C’est ainsi qu’il s’est exprimé au cours de son allocution au Sommet
des Amériques, qui se déroule ce vendredi soir à Trinité-et-Tobago.
C’est le second discours, qui rejoint celui de la précédente oratrice,
[la présidente de l’Argentine] - Cristina Fernández de Kirchner – pour
réclamer la fin du blocus contre Cuba.
Le
Cas USA
Ortega a expliqué qu'il a eu l’occasion de rencontrer trois présidents
usaméricains par le passé, Obama étant le quatrième. Il avait demandé à
Ronald Reagan qu’il arrête la guerre que les USA avaient impulsé contre
son pays durant les années quatre-vingt.
Puis, ce fut le président Jimmy Carter qui dit à Ortega que, la
dictature des Somoza étant terminée, « il était l'heure que le
Nicaragua change ». Ortega répondit à Carter : « Le Nicaragua n’a pas
besoin de changer. Le Nicaragua n'a jamais envahi les USA, il n'a pas
miné les ports des USA, il n'a pas lancé une seule pierre contre la
nation US et n’a pas imposé de gouvernements sur son territoire. Par
conséquent, c’est vous qui devez changer, pas le Nicaragua ! ». Ensuite
Ortega avait rencontré George H. Bush père.
Ortega a rappelé que le Nicaragua a présenté, pendant le gouvernement
de Reagan, une requête contre les USA devant la Cour Internationale de
Justice. La Cour avait rendu une sentence en indiquant que les USA
devaient arrêter toutes ses actions militaires, ainsi que le minage des
ports et le financement de la guerre. « Ils devaient indiquer les lieux
précis où ils avaient placé des mines, mais ils avaient refusé de
donner cette information. De plus, elle leur ordonnait d’indemniser le
Nicaragua pour les dommages causés par le blocus économique et
commercial ».
« Jusqu'à aujourd'hui, cette sentence
n'a pas été respectée par les
dirigeants nord-américains. Nous avons l'espoir qu'un jour nous
pourrons aborder ce sujet avec des dirigeants nord-américains qui
soient véritablement respectueux du droit international et des peuples
».
Le Cas Cuba
Après avoir parlé des agressions US contre l’Amérique centrale, Ortega
a expliqué que, bien que la guerre contre le Nicaragua soit terminée,
la pauvreté, la misère, le chômage et les inégalités persistent dans
nos peuples. Cuba, Fidel Castro et Raúl ont inconditionnellement aidé à
alphabétiser leurs peuples, et maintenant avec la coopération également
du Venezuela et de Hugo Chávez.
Ortega a rappelé que lors de sa première prise de fonction,
l'analphabétisme dépassait 60%, mais lorsqu’en 1990 il a quitté le
pouvoir, il était descendu à 12%. En le reprenant en 2007, il a trouvé
de nouveau un taux d’analphabétisme de 35%, il accusait de cet état de
cause, la privatisation de la santé et de l'éducation et les autres
aspects de la politique néolibérale appliquées au Nicaragua.
« Cuba a offert à nos peuples sa
solidarité sans condition, et c'est
pour cela qu’il est sanctionné. Qu’il est puni. Qu’il est exclu. Et
c'est pourquoi je me sens mal à l’aise dans ce sommet, je ne peux pas
être à l’aise dans ce sommet. Je ressens de la honte dans ce sommet »,
a dit Ortega.
Porto Rico est un autre pays qui n'est pas présent au
sommet.
« Il est toujours soumis à une politique colonialiste ».
«
Je refuse de l'appeler sommet des Amériques », a dit Ortega.
L'ingérence usaméricaine ne peut pas être considérée comme "de
l’histoire"
Ortega a aussi rappelé d'autres ingérences usaméricaines, comme celle
de la Playa Girón1
à Cuba, quand les forces usaméricaines se sont
impliquées dans une tentative d'invasion de l'île. Ortega a souligné
qu’Obama, qui était âgé alors de 3 mois et demi, n'a évidemment pas de
responsabilité en ce qui concerne Playa Girón, mais que de toutes
manières ces faits ne peuvent pas être considérés comme une simple
histoire d’un passé lointain. Il a rappelé que le 11 avril 2002, les
USA ont été liés à la tentative de renverser et d'assassiner Hugo
Chávez, et que par le biais de leurs porte-paroles ils ont reconnu et
ont donné raison aux auteurs du coup d’État. « Nous avons donc raison
de dire que ceci n'est pas l’histoire, quand ces faits se sont produits
contre l’institution d’un peuple et d'une nation il y a 7 ans à peine ».
Il a expliqué que le sous-développement et la pauvreté que vivent les
peuples d'Amérique centrale, sont les causes de l'émigration, « et la
seule manière de contenir ce flux d'immigrants vers les USA ne se fait
pas en érigeant des murs ni en renforçant la surveillance militaire, ou
en développant des surveillances conjointes ou une politique
répressives La seule manière de freiner l'émigration vers les USA est
d’apporter des fonds sans condition politique ni les conditions
imposées par le FMI aux pays d'Amérique centrale ».
Nous
voulons des changements, mais il faut discuter desquels
Il a rappelé que « nous voulons tous un changement »,
en se référant à
la phrase qui a rendu célèbre Barack Obama au cours de sa campagne
présidentielle. Mais il a souligné que le Nicaragua, avec Haïti, la
Bolivie, le Honduras et d’autres pays, font partie des pays les plus
pauvres de l'hémisphère, et cela bien « qu’ils aient respecté
au pied
de la lettre la prescription néolibérale, qu’ils ont appliqué durant 16
ans, de 1990 à 2007 ».
« Nous voulons des changements, mais
sur quels types de changements
devons-nous nous mettre d'accord ? Des changements pour maintenir le
statu quo, ou pour sauver un modèle qui a démontré son succès pour
concentrer des richesses, développer la pauvreté et multiplier la
misère ? Il s’agit d’un problème d'ordre éthique et moral ».
Il a indiqué que cette année le Nicaragua souffre d'une chute de sa
croissance économique d’environ 1,5%, alors que l'an passé sa
croissance avait augmenté de 3% et même de 4%. « La région exige
aujourd'hui plus que jamais des ressources pour le développement, pour
pouvoir récupérer les indices de croissance établis », a t-il indiqué.
Il a également critiqué le G 20. « Ce n'est ni éthique ni moral que le
G20 soit celui qui prenne les grandes décisions de nos peuples. Il est
l’heure que se soit le G192, c'est-à-dire, tous. Tous pour discuter,
débattre, apporter des solutions à la crise. Rien de mieux qu’avec les
pays d'Amérique centrale ».
Refus
du projet de Déclaration Finale
Il a lu également une partie de la déclaration du Sommet de l’ALBA,
dans laquelle la Bolivie, Cuba, la Dominique, le Honduras, le Nicaragua
et le Venezuela déclarent que le projet de Déclaration du Vème Sommet
des Amériques est « insuffisant et inacceptable »
du fait « qu’il ne
donne pas de réponse au sujet de la crise économique mondiale »
et «
qu’il exclut Cuba sans justification, sans mentionner le consensus
général existant dans la région qui condamne le blocus et les
tentatives d'isolement ».
Le capitalisme est en train de faire
disparaître l'humanité et la
planète. Ce que nous vivons est une crise économique mondiale
systémique et structurelle et non pas une crise cyclique de plus. Le
capitalisme a provoqué la crise écologique en soumettant les conditions
nécessaires à la vie sur la planète à la prédominance du marché et du
profit.
La
crise économique mondiale, la crise climatique, alimentaire,
énergétique sont le produit de la décadence du capitalisme qui menace
de mettre un terme à l'existence même de la vie et de la planète. Pour
éviter ce dénouement il est nécessaire de développer un modèle
alternatif au système capitaliste. Un système de :
-
Solidarité et de complémentarité et non de concurrence.
-
Un système en harmonie avec notre Terre Mère et non celui de pillage
des ressources naturelles.
-
Un système de diversité culturelle et non d'anéantissement de
cultures et d’imposition de valeurs culturelles et de styles de vie
étrangers aux réalités de nos pays.
-
Un système de paix basé sur la justice sociale et non sur des
politiques et des guerres impérialistes.
-
Pour simplifier, un système qui rétablisse la condition humaine de
nos sociétés et de nos peuples et qui ne les réduise pas à de simples
consommateurs ou marchandises.
Nous
voulons un monde où tous les pays, grands et petits, aient les
mêmes droits et où il n'existe pas d'empire. Nous plaidons pour la
non-intervention. Nous devons renforcer, comme unique voie légitime
pour la discussion et l'analyse des agendas bilatéraux et multilatéraux
du Continent, la base du respect mutuel entre les États et les
gouvernements, sous le principe de la non-ingérence d'un État sur un
autre, de l'inviolabilité de la souveraineté et de l'autodétermination
des peuples.
Au
sujet du blocus des USA contre Cuba et l'exclusion de ce pays du
Sommet des Amériques, les pays de l’Alternative Bolivarienne pour les
Peuples de Notre Amérique réitérons la Déclaration adoptée le 16
décembre 2008 dernier, par tous les pays d'Amérique latine et des
Caraïbes insistant sur la nécessité de mettre fin au blocus économique,
commercial et financier imposé par le gouvernement des USA contre Cuba,
y compris l'application de la loi Helms-Burton.
Nous
sommes fermement convaincus que le changement, que tout le monde
espère, ne peut venir que de l'organisation, de la mobilisation et de
l'unité de nos peuples ».
Et il a conclu en indiquant :
« Le modèle actuel de développement n'est
plus possible ni durable. Continuer sur le modèle actuel de
développement c’est continuer à creuser la tombe dans laquelle nous
irons tous. La seule façon de nous sauver tous est de changer le
modèle, pour des raisons d’éthique, de morale et de valeurs ».
Auteur Luigino BRACCI ROA
Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice
source : Taxlaca