MARXISME
Introduction à
L'économie politique
5
L'économie primitive
Le travail de
l'homme primitif ne créait aucun excédent par rapport au
strict nécessaire, autrement dit aucun produit supplémentaire ou
surproduit. Il ne pouvait donc exister ni classes ni exploitation de
l'homme par l'homme. La propriété sociale ne s'étendait qu'à de petites
communautés plus ou moins isolées les unes des autres. Ainsi que l'a
fait observer Lénine, le caractère social de la production n'englobait
que les membres d'une même communauté.
Le
travail, dans la société
primitive, reposait sur la coopération simple. La coopération simple,
c'est l'emploi simultané d'une quantité plus ou moins grande de force
de travail pour exécuter des travaux du même genre. La coopération
simple permettait déjà aux hommes primitifs de s'acquitter de tâches
qu'il aurait été impossible à un homme seul d'accomplir (par exemple,
la chasse aux grands fauves).
Le
niveau extrêmement bas des forces productives imposait la division
d'une maigre nourriture en parts égales. Toute autre méthode de partage
était impossible, les produits du travail suffisant à peine à
satisfaire les besoins les plus pressants : si un membre de la
communauté avait reçu une part supérieure à celle de chacun, un autre
aurait été condamné à mourir de faim. Ainsi la répartition égalitaire
des produits du travail commun était une nécessité.
La
loi économique fondamentale du régime de la communauté primitive
consiste à assurer aux hommes les moyens d'existence nécessaires à
l'aide d'instruments de production primitifs, sur la base de la
propriété communautaire des moyens de production, par le travail
collectif et par la répartition égalitaire des produits. Le
développement des instruments de production entraîne la division du
travail dont la forme la plus simple est la division naturelle du
travail d'après le sexe et l'âge : entre les hommes et les femmes,
entre les adultes, les enfants et les vieillards.
Seuls
des hommes unis par les liens du sang pouvaient, à cette époque,
se grouper pour travailler ensemble. Le caractère primitif des
instruments de production ne permettait au travail collectif de
s'exercer que dans le cadre restreint d'un groupe d'individus liés
entre eux par la consanguinité et la vie en commun. L'homme primitif
considérait d'ordinaire comme un ennemi quiconque n'était pas lié à lui
par la parenté consanguine et la vie en commun au sein de la gens. La
gens s'est d'abord composée de quelques dizaines d'individus unis par
les liens du sang. Chacune de ces gentes vivait repliée sur elle-même.
Avec le temps, l'effectif du groupe augmenta et atteignit plusieurs
centaines d'individus ; l'habitude de la vie en commun se développa ;
les avantages du travail collectif incitèrent de plus en plus les
hommes à rester ensemble.
Avec
le passage à l'élevage et à la culture du sol apparut la division
sociale du travail : diverses communautés, puis les différents membres
d'une même communauté commencèrent à exercer des activités productrices
distinctes. La formation de tribus de pasteurs a marqué la première
grande division sociale du travail. En se livrant à l'élevage, les
tribus de pasteurs réalisèrent d'importants progrès. Elles apprirent à
soigner le bétail de manière à obtenir plus de viande, de laine, de
lait. Cette première grande division sociale du travail entraîna à elle
seule une élévation sensible pour l'époque de la productivité du
travail..
Toute
base d'échange fit longtemps défaut entre les membres de la
communauté primitive : le produit était tout entier créé et consommé en
commun. L'échange naquit et se développa d'abord entre les gentes et
garda durant une longue période un caractère accidentel. La première
grande division sociale du travail modifia cette situation. Les tribus
de pasteurs disposaient de certains excédents de bétail, de produits
laitiers, de viande, de peaux, de laine. Mais elles avaient aussi
besoin de produits agricoles. A leur tour, les tribus qui cultivaient
le sol réalisèrent avec le temps des progrès dans la production des
denrées agricoles. Agriculteurs et pasteurs avaient besoin d'objets
qu'ils ne pouvaient produire dans leur propre exploitation. D'où le
développement des échanges.
A
côté de l'agriculture et de l'élevage, d'autres activités
productrices prenaient leur essor. Les hommes avaient appris à
fabriquer des récipients en argile dès l'âge de la pierre. Puis apparut
le tissage à la main. Enfin, avec la fonte du fer, il fut possible de
fabriquer en métal des instruments de travail (araire à soc de fer,
hache de fer) et des armes (épées de fer). Il s'avérait de plus en plus
difficile de cumuler ces formes de travail avec la culture ou
l'élevage. Peu à peu se constitua au sein de la communauté une
catégorie d'hommes exerçant des métiers. Les articles produits par les
artisans : forgerons, armuriers, potiers, etc., devenaient de plus en
plus des objets d'échange. Les échanges prirent de l'extension.
L'apparition
de la propriété privée est inséparable de la division
sociale du travail et du progrès des échanges. Ceux-ci se firent au
début par l'entremise des chefs des communautés gentilices (anciens,
patriarches) au nom de la communauté qu'ils représentaient. Ce qu'ils
échangeaient appartenait à la communauté. Mais avec le développement de
la division sociale du travail et l'extension des échanges, les chefs
des gentes en vinrent peu à peu à considérer le bien de la communauté
comme leur propriété.
Le
principal article d'échange fut d'abord le bétail. Les communautés
de pasteurs possédaient de grands troupeaux de moutons, de chèvres, de
bovins. Les anciens et les patriarches, qui jouissaient déjà d'un
pouvoir étendu dans la société, s'habituèrent à disposer de ces
troupeaux comme s'ils étaient à eux. Leur droit effectif de disposer
des troupeaux était reconnu par les autres membres de la communauté. De
la sorte le bétail, puis peu à peu tous les instruments de production
devinrent propriété privée. C'est la propriété commune du sol qui se
maintint le plus longtemps.
Le
développement des forces productives et la naissance de la propriété
privée entraîna la désagrégation de la gens. Celle-ci se décomposa en
un certain nombre de grandes familles patriarcales. Du sein de ces
dernières se dégagèrent par la suite certaines cellules familiales qui
firent des instruments de production, des ustensiles de ménage et du
bétail leur propriété privée.
Avec
les progrès de la propriété privée
les liens de la gens se relâchaient. La communauté rurale, ou
territoriale, se substitua à la gens. A la différence de celle-ci, elle
se composait d'individus qui n'étaient pas forcément liés par la
consanguinité. L'habitation, l'exploitation domestique, le bétail
étaient la propriété privée de chaque famille. Les forêts, les
prairies, les eaux et d'autres biens restèrent propriété commune, de
même que, pendant une certaine période, les terres arables. Celles-ci,
d'abord périodiquement redistribuées entre les membres de la
communauté, devinrent à leur tour propriété privée.
L'apparition
de la propriété privée et de l'échange marqua le début
d'un bouleversement profond de toute la structure de la société
primitive. Les progrès de la propriété privée et de l'inégalité des
biens déterminèrent chez les divers groupes de la communauté des
intérêts différents.
|