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ANNEXES



MARXISME

  Introduction à 

L'économie politique


sommaire
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LE MODE DE PRODUCTION FONDÉ SUR L'ESCLAVAGE



L'esclavage est, historiquement, la première et la plus grossière forme d'exploitation.

Le passage de la société au régime de l'esclavage s'explique par le progrès des forces productives, le développement de la division sociale du travail et des échanges. Le passage des outils de pierre aux outils de métal ouvrit au travail humain des domaines nouveaux. L'invention du soufflet de forge permit de fabriquer des instruments de fer d'une solidité encore inconnue. La hache de fer rendit possible le défrichement des terrains couverts de forêts et de buissons et leur mise en culture; l'araire à soc de fer permit de cultiver des superficies relativement étendues. L'économie primitive fondée sur la chasse céda la place à la culture et à l'élevage. Les métiers firent leur apparition.


Avec la division de la production en deux branches essentielles : l'agriculture et le métier, apparaît, sous une forme encore peu développée, la production directe pour l'échange.


Les artisans produisirent d'abord sur commande, puis pour le marché. Beaucoup, du reste, continuèrent longtemps encore à cultiver de petits lopins de terre pour subvenir à leurs besoins. Les paysans, qui vivaient pour l'essentiel en économie naturelle, se voyaient pourtant obligés de vendre une partie de leurs produits sur le marché pour acheter des articles aux artisans et payer les impôts. Ainsi une partie des produits du travail des artisans et des paysans se transforma peu à peu en marchandises.


La marchandise est un produit fabriqué non pour être directement consommé, mais pour être échangé, vendu sur le marché.. La production pour l'échange caractérise l'économie marchande. Ainsi, la séparation du métier d'avec l'agriculture, l'apparition du métier comme activité autonome marquaient la naissance de la production marchande.



Tant que l'échange ne fut qu'occasionnel, on échangeait directement un produit du travail contre un autre. Mais quand les échanges prirent de l'extension et devinrent réguliers, une marchandise se dégagea peu à peu, contre laquelle on échangeait volontiers toute autre marchandise. C'est ainsi qu'apparut la monnaie. La monnaie est la marchandise universelle qui sert à évaluer toutes les autres marchandises et joue le rôle d'intermédiaire dans les échanges.



Le développement du métier et de l'échange eut pour conséquence la formation des villes,  peu à peu le métier et le commerce s'y concentrèrent.


L'extension de la production et des échanges accrut l'inégalité des fortunes.

 La monnaie, les animaux de trait, les instruments de production, les semences s'accumulaient entre les mains des riches. De plus en plus souvent les pauvres étaient obligés de recourir à ces derniers pour obtenir un prêt, la plupart du temps en nature, mais parfois aussi en argent. Les riches prêtaient instruments de production, semences, argent, assujettissant leurs débiteurs qu'ils réduisaient en esclavage et dépouillaient de leur terre en cas de non-remboursement de la dette. Ainsi naquit l'usure. Elle apporta aux uns un surcroît de richesses, aux autres la sujétion du débiteur.


La terre, à son tour, devint propriété privée. On se mit à la vendre et à l'hypothéquer. Si le débiteur ne pouvait rembourser l'usurier, il devait abandonner sa terre, vendre ses enfants et se vendre lui-même comme esclaves. Parfois, sous un prétexte quelconque, les gros propriétaires fonciers s'emparaient de prairies et de pâturages appartenant aux communautés rurales.


    L'accroissement constant de la production, et avec elle de la productivité du travail, accrut la valeur de la force de travail humaine; l'esclavage qui, au stade antérieur, était encore à l'origine et restait sporadique, devient maintenant un composant essentiel du système social; les esclaves cessent d'être de simples auxiliaires; c'est par douzaines qu'on les pousse au travail, dans les champs et à l'atelier. Engels


C'est sur le travail servile que repose désormais l'existence de la société. Celle-ci se divise en deux grandes classes antagonistes : celle des esclaves et celle des propriétaires d'esclaves.

Ainsi se constitua le mode de production fondé sur l'esclavage.



La division de la société en classes rendit nécessaire la formation de l'Etat.

L'Etat a surgi pour tenir en bride la majorité exploitée dans l'intérêt de la minorité exploiteuse. L'Etat esclavagiste a joué un rôle considérable dans le développement et la consolidation des rapports de production de la société fondée sur l'esclavage. Il maintenait dans l'obéissance les foules d'esclaves. Il grandit, se ramifia et devint un vaste appareil de domination et de violence dirigé contre les masses populaires. Les démocraties de la Grèce et de la Rome antiques, qu'exaltent les manuels d'histoire bourgeois, n'étaient au fond que des démocraties de propriétaires d'esclaves.


L'Esclave

    "L'esclave ne vendait pas sa force de travail au possesseur d'esclaves, pas plus que le bœuf ne vend le produit de son travail au paysan. L'esclave est vendu, y compris sa force de travail, une fois pour toutes à son propriétaire." ( Marx)

L'emploi généralisé de la main-d'œuvre servile permit aux possesseurs d'esclaves de se décharger sur ces derniers de tout travail physique.

Le régime de l'esclavage a engendré l'opposition entre le travail manuel et le travail intellectuel, a creusé entre eux un fossé.

    "Ce fut seulement l'esclavage qui rendit possible sur une assez grande, échelle la division du travail entre agriculture et industrie et, par suite, l'apogée du monde antique, l'hellénisme. Sans esclavage, pas d'Etat grec, pas d'art et de science grecs ; sans esclavage, par d'Empire romain. Or, sans la base de l'hellénisme et de l'Empire romain, pas non plus d'Europe moderne." (Engels)

Mais le régime esclavagiste était déchiré par des contradictions insolubles, qui le conduisirent finalement à sa perte. La forme d'exploitation qu'était l'esclavage détruisait la principale force productive de la société : les esclaves. La lutte de ces derniers contre l'exploitation féroce dont ils étaient les victimes, se traduisait de plus en plus fréquemment par des révoltes. L'afflux ininterrompu de nouveaux esclaves, leur bon marché, était la condition d'existence de l'économie esclavagiste.


La guerre était la grande pourvoyeuse d'esclaves. La puissance militaire de la société esclavagiste reposait sur la masse des petits producteurs libres : paysans et artisans, qui composaient l'armée et supportaient le poids principal des impôts nécessités par la guerre. Mais la concurrence de la grande production fondée sur le travail servile meilleur marché, et les charges écrasantes ruinaient les paysans et les artisans. L'antagonisme irréductible entre les latifundia et les exploitations paysannes ne cessait de s'aggraver.


La disparition de la paysannerie libre sapait la puissance économique, mais aussi la puissance militaire et politique des Etats esclavagistes.


Comme la grande production fondée sur l'esclavage avait cessé d'être rémunératrice, le maître affranchissait en masse ses esclaves, dont le travail ne lui fournissait plus de revenus.

C'était une nouvelle catégorie de petits producteurs dont la situation était intermédiaire entre celles des hommes libres et des esclaves, et qui avait quelque intérêt au travail. Ces colons, comme on les appelait, furent les prédécesseurs des serfs du Moyen âge.


Ainsi apparaissaient, au sein même de la société esclavagiste, les éléments d'un mode de production nouveau, le mode féodal.
 


Complément

Engels
Avec la production marchande apparut la culture du sol par des particuliers pour leur propre compte, et bientôt, du même coup, la propriété foncière individuelle. L'argent vint également, marchandise universelle contre laquelle toutes les autres étaient échangeables; mais, en inventant la monnaie, les hommes ne pensaient pas qu'ils créaient encore une force sociale nouvelle, l'unique force universelle devant laquelle la société tout entière devait s'incliner. .../...

La division du travail s'infiltre lentement dans ce processus de production. Elle sape la communauté de production et d'appropriation, elle érige en règle prédominante l'appropriation individuelle et fait naître ainsi l'échange entre individus, - nous avons examiné précédemment de quelle façon. Peu à peu, la production marchande devient la forme dominante.

Avec la production marchande, la production non plus pour la consommation personnelle, mais pour l'échange, les produits changent nécessairement de mains. Le producteur se dessaisit de son produit dans l'échange, il ne sait plus ce qu'il en advient. Dès qu'intervient la monnaie, et, avec la monnaie, le marchand comme intermédiaire entre les producteurs, le processus d'échange devient encore plus embrouillé, le destin final des produits plus incertain encore. Les marchands sont légion, et aucun d'eux ne sait ce que fait l'autre. Désormais, les marchandises ne passent plus seulement de main en main, elles passent aussi de marché en marché; les producteurs ont perdu la maîtrise sur l'ensemble de la production dans leur cercle vital et les marchands ne l'ont pas reçue. Produits et production sont livrés au hasard.


A un degré assez primitif du développement de la production, la force de travail humaine devient capable de fournir un produit bien plus considérable que ce qui est nécessaire à la subsistance des producteurs, et comment ce degré de développement est, pour l'essentiel, le même que celui où apparaissent la division du travail et l'échange entre individus. Il ne fallut plus bien longtemps pour découvrir cette grande « vérité »: que l'homme aussi peut être une marchandise, que la force humaine est matière échangeable et exploitable, si l'on transforme l'homme en esclave. A peine les hommes avaient-ils commencé à pratiquer l'échange que déjà, eux-mêmes, furent échangés.

Avec l'esclavage, qui prit sous la civilisation son développement le plus ample, s'opéra la première grande scission de la société en une classe exploitante et une classe exploitée. Cette scission se maintint pendant toute la période civilisée. L'esclavage est la première forme de l'exploitation, la forme propre au monde antique; le servage lui succède au Moyen Age, le salariat dans les temps modernes. Ce sont là les trois grandes formes de la servitude qui caractérisent les trois grandes époques de la civilisation; l'esclavage, d'abord avoué, et depuis peu déguisé, subsiste toujours à côté d'elles.

Engels : "L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat."



Cri du peuple 1871