MARXISME
Introduction à
L'économie politique
2
LE SALAIRE
EST LE PRIX DE LA FORCE DE TRAVAIL
La
nature du salaire.
Avec
le mode de production capitaliste, la force de travail, comme
toute autre marchandise, possède une valeur. La valeur de la force de
travail, exprimée en argent, est le prix de la force de travail.
Le
prix de la force de travail se distingue du prix des autres
marchandises. Quand le producteur vend sur le marché, par exemple, de
la toile, la somme d’argent qu’il en retire n’est autre chose que le
prix de la marchandise vendue. Quand le prolétaire vend au capitaliste
sa force de travail et en reçoit une somme d’argent déterminée sous
forme de salaire, cette somme d’argent n’apparaît pas comme le prix de
la marchandise force de travail, mais comme le prix du travail.
Cela
tient à plusieurs causes. Premièrement, le capitaliste paye son
salaire à l’ouvrier après que celui-ci a accompli son travail. En
second lieu, le salaire est établi soit au prorata du temps de travail
fourni (heures, jours, semaines), soit au prorata de la quantité du
produit fabriqué. Prenons l’exemple de tout à l’heure. Supposons que
l’ouvrier travaille 12 heures par jour. En 6 heures, il produit la
valeur de 6 dollars, égale à la valeur de sa force de travail. Pendant
les 6 autres heures, il produit la valeur de 6 dollars qui constitue la
plus-value que le capitaliste s’approprie. L’entrepreneur ayant loué le
prolétaire pour une journée de travail complète, lui paye pour ce total
de 12 heures de travail 6 dollars.
De
là, l’apparence trompeuse selon laquelle le salaire serait le prix
du travail, et 6 dollars le paiement complet de toute une journée de
travail de 12 heures. En réalité, les 6 dollars ne représentent que la
valeur journalière de la force de travail, tandis que le travail du
prolétaire a créé une valeur égale à 12 dollars. Et si l’entreprise
paye selon la quantité du produit fourni, l’apparence se crée que
l’ouvrier est payé pour le travail dépensé par lui pour chaque unité de
marchandise fabriquée, c’est-à-dire que, cette fois encore, tout le
travail dépensé par l’ouvrier est payé intégralement.
Cette
apparence trompeuse n’est pas une erreur due au hasard. Elle est
engendrée par les conditions mêmes de la production capitaliste dans
lesquelles l’exploitation est masquée, estompée, et où les
rapports de l’entrepreneur et de l’ouvrier salarié sont présentés de
façon déformée comme des rapports entre possesseurs égaux de
marchandises.
En
réalité, le salaire de l’ouvrier salarié n’est pas la valeur ou le
prix de son travail. Si l’on admet que le travail est une marchandise
ayant une valeur, la grandeur de cette valeur doit pouvoir se mesurer.
Il est évident que la grandeur de la « valeur du travail », comme celle
de toute autre marchandise, doit se mesurer par la quantité de travail
qui y est incorporée. Une telle hypothèse conduit à un cercle vicieux :
le travail est mesuré par le travail.
De
plus, si le capitaliste payait à l’ouvrier la « valeur du
travail », c’est-à-dire tout son travail, il n’y aurait pas de source
d’enrichissement pour le capitaliste, pas de plus-value, autrement dit
il ne pourrait y avoir de mode de production capitaliste.
Le
travail est créateur de la valeur des marchandises, mais lui-même
n’est pas une marchandise et ne saurait avoir une valeur. Ce
qu’on appelle dans la vie courante la « valeur du travail » est en
réalité la valeur de la force de travail.
Le
capitaliste achète sur le marché non pas le travail, mais une
marchandise particulière, la force de travail. La consommation de force
de travail, c’est-à-dire la dépense d’énergie musculaire, nerveuse,
cérébrale de l’ouvrier, est le processus du travail. La
valeur de la force de travail est toujours inférieure à la valeur
nouvellement créée par le travail de l’ouvrier. Le salaire
n’est le paiement que d’une partie de la journée de travail, du temps
de travail nécessaire. Mais comme le salaire apparaît sous forme de
paiement du travail, on a l’impression que la journée de travail est
payée intégralement. C’est pourquoi Marx qualifie le salaire dans la
société bourgeoise de forme transformée de la valeur, ou du prix, de la
force du travail.
Le salaire du travail n’est pas ce qu’il
paraît être, à savoir la valeur (ou le prix) du travail, mais seulement
une forme déguisée de la valeur (ou du prix) de la force de travail.
(K. Marx et F. Engels : Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt;)
Le
salaire est l’expression monétaire de la valeur de la force de
travail, son prix qui apparaît extérieurement comme le prix du travail.
Sous
le régime de l’esclavage, entre le maître et l’esclave, il n’y a
pas de transaction vente-achat de la force de travail. L’esclave est la
propriété du maître. C’est pourquoi il semble que tout le travail de
l’esclave est fait gratuitement, que même la partie du travail qui
couvre les frais d’entretien de l’esclave est un travail non payé,
travail fait pour le compte du maître. Dans la société féodale, le
travail nécessaire du paysan dans son exploitation et le surtravail sur
le domaine du seigneur sont nettement délimités, dans le temps et
l’espace. En régime capitaliste même le travail non payé de
l’ouvrier salarié apparaît comme du travail payé.
Le
salaire dissimule toutes les traces de la division de la journée de
travail en temps de travail nécessaire et en temps de surtravail, en
travail payé et non payé, et c’est ainsi qu’il masque le
rapport d’exploitation capitaliste.

Les
formes principales du salaire.
Les formes principales
du salaire sont le salaire au temps
et le salaire aux pièces.
Le salaire an temps est
une forme de salaire dans laquelle la grandeur
du salaire de l’ouvrier dépend du temps qu’il a fourni : heures, jours,
semaines, mois. Il y a donc lieu de distinguer : le paiement
à l’heure, à la journée, à la semaine, au mois.
Pour un salaire au
temps de même grandeur, le salaire effectif de
l’ouvrier peut être différent, selon la durée de la journée de travail.
La mesure de la
rémunération de l’ouvrier pour le travail fourni par
unité de temps est le prix d’une heure de travail. Bien que, comme on
l’a déjà dit, le travail par lui-même n’ait pas de valeur, ni par
conséquent de prix, pour déterminer la grandeur de la rémunération de
l’ouvrier, on adopte l’appellation conventionnelle de « prix du travail
». L’unité de mesure du « prix du travail » est la rémunération ou le
prix d’une heure de travail. Ainsi, si la durée moyenne de la journée
de travail est de 12 heures, et si la valeur journalière moyenne de la
force de travail est égale à 6 dollars, le prix moyen d’une heure de
travail (600 cents : 12) sera égal à 50 cents.
Le salaire au
temps permet au capitaliste de renforcer l’exploitation
de l’ouvrier en allongeant la journée de travail, de diminuer le prix
de l’heure de travail, en laissant inchangé le salaire journalier,
hebdomadaire ou mensuel. Supposons que le salaire journalier
demeure comme précédemment de 6 dollars, mais que la journée de travail
passe de 12 à 13 heures ; en ce cas, le prix d’une heure de travail
(600 cents : 13) s’abaissera de 50 à 46 cents. Sous la pression des
revendications des ouvriers, le capitaliste est parfois contraint
d’augmenter le salaire journalier (et, en proportion, les salaires
hebdomadaire et mensuel), mais le prix d’une heure de travail peut
rester invariable ou même diminuer. Ainsi, si le salaire journalier est
augmenté de 6 dollars à 6 dollars 20 cents, la journée de travail
passant de 12 à 14 heures, le prix d’une heure de travail tombera alors
(620 cents : 14) à 44 cents.
Au fond,
l’intensification du travail signifie aussi la
baisse du prix de l’heure de travail car, avec une plus
grande dépense d’énergie (ce qui équivaut en fait à l’allongement de la
journée de travail) la rémunération reste la même. Avec la baisse du
prix de l’heure de travail le prolétaire, pour vivre, est obligé
d’accepter un nouvel allongement de la journée de travail.
L’allongement de la journée de travail et l’intensification excessive
du travail entraînent une dépense plus élevée de force de travail et
son épuisement. Moins est payée chaque heure de travail, et plus grande
est la quantité de travail ou bien plus longue est la journée de
travail nécessaires pour que l’ouvrier soit assuré ne serait-ce que
d’un faible salaire. D’autre part, la prolongation du temps de travail
provoque à son tour une baisse de la rémunération de l’heure de
travail. Le capitaliste utilise dans son intérêt le fait qu’avec
l’allongement de la journée de travail ou avec l’intensification du
travail, le salaire horaire baisse.
Quand les
conditions de la vente des marchandises sont
favorables, il allonge la journée de travail, introduit les heures
supplémentaires, c’est-à-dire un travail en plus de la durée
établie de la journée de travail. Mais si les conditions du marché sont
défavorables et si le capitaliste est obligé de diminuer momentanément
le volume de sa production, il réduit la journée de travail
et introduit la rémunération à l’heure.[1] La rémunération à l’heure, la journée
ou la semaine de travail étant incomplètes, diminue notablement le
salaire. Si, dans notre exemple, la journée de travail est diminuée de
12 à 6 heures avec maintien de l’ancien salaire horaire de 50 cents, le
salaire à la journée de l’ouvrier sera de 3 dollars en tout,
c’est-à-dire deux fois moins crue la valeur journalière de la force de
travail. Par conséquent, l’ouvrier perd non seulement si la journée de
travail est excessivement allongée, mais également quand il est obligé
de travailler à temps réduit.
Le capitaliste peut maintenant extorquer
à l’ouvrier un certain quantum de surtravail, sans lui accorder le
temps de travail nécessaire à son entretien. Il peut anéantir toute
régularité d’occupation et faire alterner arbitrairement, suivant sa
commodité et ses intérêts du moment, le plus énorme excès de travail
avec un chômage partiel ou complet. (K. Marx : Le Capital, livre I.)
Avec le salaire au
temps, la grandeur du salaire de l’ouvrier n’est pas
en raison directe du degré d’intensité de son travail : si celui-ci
augmente, le salaire au temps n’augmente pas, et le prix de l’heure de
travail baisse en fait. Afin de renforcer l’exploitation, le
capitaliste entretient des surveillants spéciaux, qui veillent au
respect — par les ouvriers — de la discipline capitaliste du travail,
ainsi qu’à son intensification ultérieure.
Le salaire au temps
était appliqué dès les premières phases du
développement du capitalisme, quand l’entrepreneur qui ne rencontrait
pas encore de résistance tant soit peu organisée de la part des
ouvriers, pouvait rechercher un accroissement de la plus-value en
allongeant la journée de travail. Mais le salaire au temps se maintient
aussi au stade supérieur du capitalisme. Dans nombre de cas,
il offre au capitaliste de notables avantages : en accélérant la
vitesse des machines, le capitaliste fait travailler les ouvriers avec
plus d’intensité, sans augmenter pour autant leur salaire.
Le salaire aux
pièces est une forme de salaire
dans laquelle la grandeur du salaire de l’ouvrier dépend de la quantité
d’articles ou de pièces détachées fabriquées en une unité de temps, ou
bien du nombre des opérations exécutées. Avec le salaire au temps, le
travail dépensé par l’ouvrier se mesure par sa durée ; avec le salaire
aux pièces, par la quantité des articles fabriqués (ou des opérations
exécutées), dont chacun est payé d’après un tarif déterminé.
En fixant les tarifs,
le capitaliste tient compte, premièrement, du
salaire au temps journalier et, en second lieu, de la quantité
d’articles ou de pièces que l’ouvrier fournit au cours d’une journée,
en prenant d’ordinaire pour norme le plus haut rendement de l’ouvrier.
Si, dans une branche de production donnée, la moyenne du salaire au
temps est de 6 dollars par jour, et si la quantité d’articles d’une
espèce déterminée fabriqués par l’ouvrier est de 60 unités, le tarif
aux pièces pour un article ou une pièce détachée sera de 10 cents. Le
tarif aux pièces est établi par le capitaliste de telle sorte que le
salaire par heure (par jour, par semaine) ne soit pas supérieur au
salaire au temps. Ainsi, le salaire aux pièces est, à l’origine, une
forme modifiée du salaire au temps.
Le salaire aux
pièces, plus encore que le salaire au
temps, crée l’illusion que l’ouvrier vend au capitaliste non pas sa
force de travail, mais son travail et reçoit une rémunération complète,
proportionnelle à la quantité de production fournie.
Le salaire aux
pièces capitaliste aboutit à
l’intensification constante du travail. Il facilite, d’autre part, pour
l’entrepreneur la surveillance des ouvriers. Le degré
d’intensité du travail est contrôlé ici par la quantité et la qualité
des produits que l’ouvrier doit confectionner pour acquérir les moyens
de subsistance qui lui sont nécessaires. L’ouvrier est obligé
d’augmenter le rendement aux pièces, de travailler avec de plus en plus
d’intensité. Mais dès qu’une partie plus ou moins importante des
ouvriers atteint un niveau plus élevé d’intensité du travail, le
capitaliste diminue les tarifs aux pièces. Si, dans notre cas, le tarif
aux pièces est diminué, par exemple, de moitié, l’ouvrier pour
conserver le salaire précédent est obligé de travailler le double,
c’est-à-dire d’augmenter son temps de travail ou d’intensifier son
travail encore davantage pour produire dans le cours d’une journée non
plus 60, mais 120 pièces.
L’ouvrier cherche à
conserver la masse de son salaire en travaillant
davantage, soit en faisant plus d’heures, soit en fournissant davantage
dans la même heure… Le résultat est que plus il travaille,
moins il reçoit de salaire.
C’est là la
particularité essentielle du salaire aux pièces en régime
capitaliste.
Les formes de
salaire au temps et aux pièces sont
appliquées assez souvent simultanément dans les mêmes entreprises. En
régime capitaliste, ces deux formes de salaire ne sont que des méthodes
différentes pour renforcer l’exploitation de la classe ouvrière.
Le salaire aux pièces
se trouve à la base des systèmes de
surexploitation.

Les
systèmes de salaires de surexploitation.
Un
trait essentiel
du salaire aux pièces capitaliste est l’intensification excessive du
travail qui épuise toutes les forces du travailleur. Cependant le
salaire ne compense pas les dépenses accrues de force de travail.
Au-delà d’une certaine durée et d’une certaine intensité du travail,
aucune compensation additionnelle n’est capable de conjurer la
destruction pure et simple de la force de travail.
L’emploi,
dans les entreprises capitalistes, de méthodes d’organisation du
travail exténuantes, amène généralement, en fin de journée, un
surmenage des forces musculaires et nerveuses de l’ouvrier, qui conduit
à la baisse de la productivité du travail. Soucieux d’augmenter sa
plus-value, le capitaliste a recours à toutes sortes de systèmes de
salaires fondés sur le surmenage pour obtenir une haute intensité du
travail durant toute la journée. En régime capitaliste, l’ «
organisation scientifique du travail » poursuit les mêmes buts. Les
formes les plus répandues de cette organisation du travail, avec
application de systèmes de salaire qui épuisent complètement le
travailleur, sont le taylorisme et le fordisme, à la base desquels se
trouve le principe de l’intensification maxima du travail.
Le
taylorisme (système qui porte le nom de son auteur, l’ingénieur
américain F. Taylor) consiste essentiellement en ceci : On choisit dans
l’entreprise les ouvriers les plus forts et les plus habiles. On les
fait travailler avec le maximum d’intensité. L’exécution de chacune des
opérations est évaluée en secondes et en fractions de secondes. Sur la
base des données du chronométrage, on établit le régime de production
et les normes de temps de travail pour l’ensemble des ouvriers. La
norme — la « tâche » — étant dépassée, l’ouvrier reçoit un petit
supplément à son salaire journalier, une prime ; si la norme n’est pas
remplie, l’ouvrier est payé d’après des tarifs fortement diminués.
L’organisation capitaliste du travail d’après le système Taylor épuise
complètement les forces de l’ouvrier, fait de lui un automate qui
exécute mécaniquement toujours les mêmes mouvements.
.../...
Le
système d’organisation du travail et du salaire, introduit par le « roi
de l’automobile » américain H. Ford et beaucoup d’autres capitalistes
(système du fordisme) poursuit le même but : tirer de l’ouvrier la plus
grande quantité de plus-value sur la base de l’intensification maxima
du travail. On y arrive en accélérant le plus possible les cadences des
chaînes et en introduisant des systèmes de salaires de surexploitation.
La simplicité des opérations sur les chaînes de Ford permet d’employer
largement les ouvriers non qualifiés et d’établir pour eux de bas
salaires. L’intensification énorme du travail ne s’accompagne pas d’une
augmentation des salaires ou d’une réduction de la journée de travail.
Il s’ensuit donc que l’ouvrier s’use rapidement, devient invalide: on
le renvoie de l’entreprise pour incapacité, et il va grossir les rangs
des chômeurs.
Le
renforcement de l’exploitation des
ouvriers s’obtient aussi par d’autres systèmes d’organisation du
travail et des salaires, qui sont des variétés du taylorisme et du
fordisme. Parmi eux, citons par exemple, le système de Hantt
(États-Unis). Contrairement au système de salaire aux pièces de Taylor,
le système de Hantt est un système de salaire au temps
et aux primes.
On assigne à l’ouvrier une « tâche » et on lui fixe un paiement garanti
très bas par unité de temps fourni, indépendamment de l’exécution de la
norme. On paye à l’ouvrier qui accomplit la « tâche » un petit
supplément au minimum garanti, une « prime ». À la base du
système
Halsey (États-Unis) se trouve le principe du paiement d’une prime pour
le temps « économisé » en supplément de « la paye moyenne » par heure
de travail. Avec ce système, par exemple, si l’intensité du travail est
doublée, chaque heure « économisée » comporte une « prime » de l’ordre
d’un tiers environ de la rémunération horaire. .Dans ces conditions,
plus le travail est intense, et plus le salaire de l’ouvrier diminue
par rapport au travail qu’il a dépensé. Le système Rowan (Angleterre)
repose sur les mêmes principes.
Un
des moyens d’augmenter la plus-value, qui n’est qu’une duperie des
ouvriers, est celui que l’on appelle participation des ouvriers aux
bénéfices. Sous prétexte d’intéresser l’ouvrier à l’augmentation de la
rentabilité de l’entreprise, le capitaliste diminue le salaire de base
et organise ainsi un fonds de « répartition des bénéfices entre
ouvriers ». Puis, en fin d’année, sous forme de « bénéfices », on remet
en fait à l’ouvrier la retenue effectuée précédemment sur son salaire.
En fin de compte, l’ouvrier « qui participe aux bénéfices » reçoit en
fait une somme inférieure à son salaire habituel. Dans le même but, on
pratique le placement parmi les ouvriers d’actions d’une entreprise
donnée.
Les
subterfuges des capitalistes, quel que soit
le système de rémunération, visent à tirer de l’ouvrier la plus grande
quantité possible de plus-value. Les industriels utilisent
tous les
moyens pour intoxiquer la conscience des ouvriers par l’intérêt qu’ils
ont soi-disant à voir s’intensifier le travail, diminuer les dépenses
de salaires par unité de production, augmenter la rentabilité de
l’entreprise. C’est ainsi que les capitalistes s’efforcent
d’affaiblir la résistance du prolétariat face à l’offensive du capital,
d’obtenir la scission du mouvement ouvrier, le refus des ouvriers de se
syndiquer, de prendre part aux grèves. Malgré la multiplicité des
formes du salaire aux pièces capitaliste, son essence reste inchangée :
avec l’intensification du travail, de sa productivité, le salaire de
l’ouvrier diminue en fait, les revenus du capitaliste augmentent.

Salaire
nominal
et salaire réel.
Aux
premiers stades du
développement du capitalisme, la rémunération des salariés en nature
était pratiquée sur une grande échelle : l’ouvrier recevait un
gîte, une maigre pitance et un peu d’argent.
Le
salaire en nature subsiste dans
une certaine mesure à la période du machinisme. Les formes de
rémunération en nature sont variées. Les capitalistes mettent les
ouvriers dans une situation qui les contraint à prendre à crédit les
produits dans le magasin de l’usine, à utiliser les logements de la
mine ou des plantations, à des conditions onéreuses établies par
l’entrepreneur, etc. Le capitaliste, en payant un salaire en
nature, exploite l’ouvrier salarié non seulement comme vendeur de la
force de travail, mais aussi comme consommateur.
Le
salaire en argent est
caractéristique du mode de production capitaliste évolué.
Il
faut distinguer entre
le salaire nominal et le salaire réel.
Le
salaire nominal
est celui qui est exprimé en argent ; c’est la somme d’argent
que l’ouvrier reçoit pour la force de travail qu’il a vendue au
capitaliste. Le salaire nominal ne donne pas par lui-même une idée du
niveau réel de la rémunération de l’ouvrier. Il peut, par exemple,
demeurer inchangé, mais si, en même temps, les prix des
objets de consommation et les impôts augmentent, le salaire effectif de
l’ouvrier baissera. Le salaire nominal peut même augmenter,
mais si le coût de la vie durant cette période vient à s’élever plus
encore que le salaire nominal, le salaire effectif diminuera.
Le
salaire réel
est celui qui s’exprime en moyens de subsistance de
l’ouvrier ; il indique la quantité et la qualité des objets de
consommation et des services que l’ouvrier peut se procurer pour son
salaire en argent. Pour déterminer le salaire réel de l’ouvrier, il
faut partir du taux du salaire nominal, du niveau des prix des objets
de consommation, du loyer, des charges fiscales acquittées par
l’ouvrier, des journées non payées avec la semaine de travail réduite,
du nombre des chômeurs totaux et partiels qui sont entretenus aux frais
de la classe ouvrière. Il faut tenir compte également de la durée de la
journée de travail et du degré d’intensité du travail.
En
établissant le niveau
moyen du salaire, les statistiques capitalistes déforment la
réalité : elles rangent dans la catégorie des salaires les
revenus des couches dirigeantes de la bureaucratie industrielle et
financière (administrateurs d’entreprises, directeurs de banques,
etc.), n’introduisent dans leurs calculs que le salaire des ouvriers
qualifiés et en excluent celui de la couche nombreuse des ouvriers non
qualifiés et mal payés, du prolétariat agricole ; elles ne
font pas état de l’armée nombreuse des chômeurs totaux ou partiels, de
la hausse des prix des objets de consommation courante et du relèvement
des impôts ; elles ont recours à d’autres méthodes de
falsification pour présenter sous un jour favorable la situation de
fait de la classe ouvrière en régime capitaliste.
Mais
même les statistiques
bourgeoises falsifiées ne peuvent dissimuler le fait que le
salaire en régime capitaliste, par suite de son bas niveau,
du renchérissement du coût de la vie et de la croissance du chômage, n’assure
pas à la majorité des ouvriers le minimum vital.
La
baisse du salaire réel en régime
capitaliste.
Sur la base de l’analyse du mode de production capitaliste, Marx a
établi la loi fondamentale suivante en ce qui concerne le salaire.
La tendance
générale
de la production capitaliste n’est pas d’élever le salaire normal
moyen, mais de l’abaisser. (K. Marx )
Le
salaire en tant que prix de la force de travail, de même que le prix de
toute marchandise, est déterminé par la loi de la valeur. Les prix des
marchandises dans l’économie capitaliste oscillent autour de leur
valeur sous l’influence de l’offre et de la demande. Mais à
la différence des prix des autres marchandises, le prix de la force de
travail, en règle générale, oscille au-dessous de sa valeur.
Le
décalage du salaire par rapport à la valeur de la force de travail
est dû avant tout au chômage. Le capitaliste entend acheter
la force de travail à meilleur compte. Avec le chômage,
l’offre de la force de travail excède la demande. Ce qui
distingue la marchandise force de travail des autres marchandises,
c’est que le prolétaire ne peut en différer la vente. Pour ne pas
mourir de faim, il est obligé de la vendre aux conditions que lui offre
le capitaliste. Dans les périodes de chômage total ou partiel l’ouvrier
ou bien ne reçoit aucun salaire ou un salaire considérablement réduit. Le
chômage accentue la concurrence entre ouvriers.
Le capitaliste en profite et paye à l’ouvrier un salaire inférieur à la
valeur de sa force de travail. Ainsi donc, la situation misérable des
chômeurs, qui font partie de la classe ouvrière, influe sur la
situation matérielle des ouvriers occupés à la production, abaisse le
niveau de leur salaire.
Ensuite,
le machinisme ouvre aux capitalistes de larges possibilités de
remplacer dans la production la main-d’œuvre masculine par le travail
des femmes et des enfants. La valeur de la force de travail est
déterminée par la valeur des moyens de subsistance nécessaires à
l’ouvrier et à sa famille. Aussi, lorsque la femme et les
enfants de l’ouvrier sont entraînés dans la production, le salaire
diminue, toute la famille reçoit dès lors à peu près autant que
recevait auparavant le seul chef de famille.[2] L’exploitation de la classe ouvrière
dans son ensemble s’en trouve encore aggravée.
Le
capital extorque la plus-value par une exploitation effrénée de la
main-d’œuvre enfantine. Le salaire des enfants et des adolescents dans
tous les pays capitalistes et coloniaux est de plusieurs fois inférieur
à celui des ouvriers adultes.
La
baisse du salaire réel des ouvriers est aussi conditionnée par le fait
qu’avec le développement du capitalisme, la situation d’une grande
partie des ouvriers qualifiés s’aggrave. Comme on l’a déjà dit, la
valeur de la force de travail comprend aussi les frais nécessités par
l’apprentissage du travailleur. Le travailleur qualifié crée dans une
unité de temps plus de valeur, donc plus de plus-value, que l’ouvrier
non spécialisé. Le capitaliste est obligé de payer le travail qualifié
plus que le travail des manœuvres. Avec le développement du
capitalisme et le progrès technique, d’une part, on demande des
ouvriers hautement qualifiés, capables de manier des mécanismes
complexes ; d’autre part, beaucoup d’opérations sont
simplifiées, le travail d’une partie importante des ouvriers qualifies
devient inutile. De larges couches d’ouvriers spécialisés perdent leur
qualification, ils sont éliminés de la production et se voient obligés
de faire un travail non qualifié, payé beaucoup moins.
L’augmentation
du coût de la vie et la baisse du niveau du salaire réel qu’elle
entraîne sont déterminées avant tout par la hausse des prix
systématique des objets de consommation courante.
Le
loyer absorbe une grande partie du salaire de l’ouvrier.
Une
somme importante à décompter du salaire est constituée par les impôts
perçus sur les travailleurs. Dans les principaux pays capitalistes,
après la guerre, les contributions directes et indirectes absorbent au
moins un tiers du salaire de la famille ouvrière.
Ainsi,
avec le développement du mode de production capitaliste, le salaire
réel de la classe ouvrière est en baisse.
Dans
les différents pays, la valeur de la force de travail est inégale. Les
conditions qui déterminent la valeur de la force de travail changent
dans chaque pays. De là des différences nationales dans le salaire.
Marx écrivait qu’en comparant les salaires dans les différents pays, il
fallait mettre en ligne de compte tous les facteurs qui déterminent des
modifications dans la grandeur de la valeur de la force de
travail : les conditions historiques qui ont présidé à la
constitution de la classe ouvrière, ainsi que le niveau de ses besoins,
les dépenses nécessitées par la formation de l’ouvrier, le rôle de la
main-d’œuvre féminine et enfantine, la productivité du travail et son
intensité, les prix des objets de consommation, etc.
En
diminuant les salaires de la masse essentielle des ouvriers et par la
colonisation et la délocalisation, le patronat crée des
conditions privilégiées pour une couche relativement réduite d’ouvriers
hautement qualifiés. Le patronat utilise cette
"aristocratie ouvrière", formée de ces couches mieux payées et
comprenant des représentants de la bureaucratie des syndicats et des
coopératives, une partie des cadres, etc., pour diviser le mouvement
ouvrier et intoxiquer la conscience de la grande masse des prolétaires
en prêchant la paix sociale, la communauté des intérêts des exploiteurs
et des exploités.
La
lutte de la classe ouvrière
pour
l’augmentation des salaires.
Dans
chaque pays, le niveau du salaire est établi sur la base de la loi de
la valeur, à la suite d’une lutte de classe acharnée entre le
prolétariat et la bourgeoisie.
Les
écarts du salaire par rapport à la valeur de la force de travail ont
leurs limites.
La
limite minima du salaire en régime capitaliste est déterminée par des
conditions purement physiques : l’ouvrier doit disposer de la
quantité de moyens de subsistance qui lui est absolument nécessaire
pour s’entretenir et reproduire sa force de travail.
Quand il tombe
à ce
minimum, le prix [de la force de travail] est descendu au-dessous de la
valeur de la force de travail, qui alors ne fait plus que végéter. (K.
Marx : Le Capital, livre I, t. I, p. 176.)
Lorsque
le salaire descend au-dessous de cette limite, il se produit un
processus accéléré de destruction physique pure et simple de la force
de travail, de dépérissement de la population ouvrière. Il s’exprime
par une diminution de la durée moyenne de la vie, un abaissement de la
natalité, une augmentation de la mortalité de la population ouvrière.
(aujourd'hui on parle des travailleurs pauvres)
La
limite maxima du salaire en régime capitaliste est la valeur de la
force de travail. Le niveau moyen du salaire se rapproche plus ou moins
de cette limite selon le rapport des forces de classe du prolétariat et
de la bourgeoisie.
Dans
sa chasse aux profits, le patronat cherche à abaisser le salaire
au-dessous de la limite du minimum physique. La classe
ouvrière lutte contre les amputations du salaire, pour son
augmentation, pour l’établissement d’un minimum garanti, pour
l’introduction des assurances sociales et la réduction de la journée de
travail. Dans cette lutte, la classe ouvrière fait face à la classe des
capitalistes dans son ensemble et à l’État bourgeois.
La
lutte acharnée de la classe ouvrière pour l’augmentation des salaires a
commencé en même temps que naissait le capitalisme industriel. Elle
s’est déroulée d’abord en Angleterre, puis dans les autres pays
capitalistes et coloniaux.
À
mesure que le prolétariat se formait en tant que classe, les ouvriers,
pour mener à bien la lutte économique, s’unissaient en syndicats. Aussi
l’entrepreneur se trouve-t-il en face non plus d’un prolétaire isolé,
mais de toute une organisation. Avec le développement de la lutte de
classe, à côté des organisations professionnelles locales et nationales
se créent des fédérations syndicales internationales.
Les
capitalistes forment de leur côté des unions patronales (en
france le MEDEF). Ils corrompent les chefs des syndicats
réactionnaires, organisent les briseurs de grèves, divisent les
organisations ouvrières, utilisent pour réprimer le mouvement ouvrier
la police, la troupe, les tribunaux et les prisons.
Un
des moyens efficaces de lutte des ouvriers pour l’augmentation des
salaires, la réduction de la journée de travail et l’amélioration des
conditions de travail en régime capitaliste, est la grève.
C’est seulement grâce à la lutte opiniâtre de la classe ouvrière pour
ses intérêts vitaux que les États capitalistes ont été amenés
à promulguer des lois sur le salaire minimum, la réduction de la
journée de travail, la limitation du travail des enfants.
Mais
la lutte économique de la classe ouvrière est impuissante à supprimer
les lois du capitalisme et à soustraire les ouvriers à l’exploitation
et aux privations.
Nota
bene
France
La
Sécurité Sociale est un salaire indirect
Les
cotisations sociales ne sont pas une " charge " mais un
salaire indirect
Le
mot "charge" est une astuce au service du Medef et des libéraux pour
tenter de réduire une fois de plus le coût de la force de travail et
augmenter les profits.
Nulle part dans les textes juridiques, il n’y a le mot "charge" sociale.
Ce
que les libéraux appellent " charge " est un salaire indirect, un
élément du salaire. Une part du salaire que le salarié ne reçoit pas
directement mais qui est versée immédiatement aux caisses de retraite,
de Sécurité sociale, pour les accidents du travail, les allocations
familiales, le chômage... C'est pourquoi la
sécurité sociale, les caisses de chômage, la CAF ne peuvent
en aucun cas être administrées par le patronat, ces différentes caisses
sont le bien exclusif des salariés... Le salaire indirect est
la grande conquête de la solidarité des travailleurs.
Les
allocations sociales ne sont pas une assistance de
l'état mais un gain du peuples français et de tous ceux qui sont sur
son sol ...
La solidarité est la force des travailleurs et de la
nation.
"
La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu'en toutes
circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa
subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.
Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale,
elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de
l'incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée
chez eux un sentiment d'infériorité et qui est la base réelle et
profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs
d'eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout
moment, la menace de la misère. "
" Envisagée sous
cet angle, la sécurité sociale appelle l'aménagement d'une vaste
organisation nationale d'entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa
pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande
généralité à la fois quant aux personnes qu'elle englobe et quant aux
risques qu'elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation
d'un plan qui couvre l'ensemble de la population du pays contre
l'ensemble des facteurs d'insécurité ; un tel résultat ne s'obtiendra
qu'au prix de longues années d'efforts persévérants, mais ce qu'il est
possible de faire aujourd'hui, c'est d'organiser le cadre dans lequel
se réalisera progressivement ce plan. "
EXPOSÉ DES
MOTIFS DE L'ORDONNANCE DU 4 OCTOBRE 1945 (extraits)
Notes
[1]
d'où la multiplication du
travail à temps partiel en ce temps de crise.
[2]
ce qui entraine aujourd'hui, la difficulté des parents dit isolés
|