ROSA LUXEMBURG
INDEX
BIOGRAPHIE
LE
MILITARISME CHAMP D'ACTION DU CAPITAL
LEURS
ÂMES
TREMBLENT DÈS QUE L’ON PRONONCE CE MOT :
L’ANNÉE 1793 !
RÉFORME SOCIALE OU RÉVOLUTION ?
|
ROSA
LUXEMBURG
"L'accumulation du capital"
Livre
III Les conditions historiques de l'accumulation
Le militarisme, champ d'action du
capital (citations)
Le
capitalisme est la première forme économique douée d'une force de
propagande ; il tend à se répandre sur le globe et à détruire toutes
les
autres formes économiques, n'en supportant aucune autre à côté de lui.
***
Le
militarisme a une fonction
déterminée dans l'histoire du capital. Il accompagne toutes les phases
historiques de l'accumulation. Dans ce qu'on appelle la
période de l' «
accumulation primitive », c'est-à-dire au début du capitalisme
européen, le militarisme joue un rôle déterminant dans la conquête du
Nouveau Monde et des pays producteurs d'épices, les Indes ; plus tard,
il sert à conquérir les colonies modernes, à détruire
les organisations
sociales primitives et à s'emparer de leurs moyens de production, à
introduire par la contrainte les échanges commerciaux dans des pays
dont la structure sociale s'oppose à l'économie marchande, à
transformer de force les indigènes en prolétaires et à instaurer le
travail salarié aux colonies. Il aide à créer et à élargir
les sphères
d'intérêts du capital européen dans les territoires extra-européens. à
extorquer des concessions de chemins de fer dans des pays arriérés et à
faire respecter les droits du capital européen dans les emprunts
internationaux. Enfin, le militarisme est une arme dans la
concurrence
des pays capitalistes, en lutte pour le partage des territoires de
civilisation non capitaliste.
Le
militarisme a encore une autre fonction importante. D'un point de vue
purement économique, il est pour le capital un moyen privilégié de
réaliser la plus-value, en d'autres termes il est pour lui un champ
d'accumulation
.../...
...si
la classe ouvrière ne supportait pas la plus grande partie des frais
d'entretien des fonctionnaires de l'État et du « mercenaire », les
capitalistes eux-mêmes en auraient la charge.(1)
Une partie correspondante de la plus-value devrait être directement
assignée à l'entretien des organes de leur domination de classe ; elle
serait prélevée sur leur propre consommation qu'ils restreindraient
d'autant, ou encore, ce qui est plus vraisemblable, sur la portion de
la plus-value destinée à la capitalisation. Ils ne pourraient
pas capitaliser autant,
parce qu'ils seraient obligés de dépenser davantage pour l'entretien
direct de leur propre classe. Les charges de l'entretien de leurs
parasites étant rejetées en grande partie sur la classe ouvrière (et
sur les représentants de la production simple de marchandises : le
paysan, l'artisan), les capitalistes peuvent consacrer une partie plus
importante de la plus-value à la capitalisation. Mais cette opération
de transfert n'implique aucunement la possibilité de la capitalisation,
en d'autres termes elle ne crée aucun marché nouveau qui permette
d'utiliser la plus-value libérée à produire et à réaliser des
marchandises nouvelles. La question change d'aspect si les
ressources concentrées entre les mains de l'État par le système des
impôts sont utilisées à la production des engins de guerre.
.../...
Par
le système des impôts indirects et des tarifs protectionnistes, les
frais du militarisme sont principalement supportés par la classe
ouvrière et la paysannerie. Il faut considérer séparément les
deux
sortes d'impôts. D'un point de vue économique, les choses se passent de
la manière suivante, en ce qui concerne la classe ouvrière : à moins
que les salaires n'augmentent de manière à compenser l'enchérissement
des vivres - or ce n'est pas le cas actuellement pour la grande masse
de la classe ouvrière, et même pour la minorité organisée dans les
syndicats à cause de la pression des cartels et des organisations
d'employeurs - les impôts indirects représentent le transfert d'une
partie du pouvoir d'achat de la classe ouvrière à l'État .
.../...
Pour
le capitaliste individuel, l'ouvrier est un consommateur et acheteur de
marchandises aussi valable que n'importe quel autre, qu'un capitaliste,
que l'État, le paysan « étranger », etc. N'oublions pas
cependant que pour
le capital total, l'entretien de la classe ouvrière n'est qu'un mal
nécessaire et détourne du but véritable de la production, qui est la
création et la réalisation de la plus-value. Si l'on réussit à
extorquer la même quantité de plus-value sans être obligé de fournir à
la force de travail la même quantité de moyens de subsistance,
l'affaire n'en est que plus brillante. C'est comme si le
capital
était parvenu, sans enchérissement des moyens de subsistance, à
réduire d'autant les salaires sans diminuer le rendement des ouvriers.(2)
Une réduction constante des salaires entraîne pourtant à la longue la
diminution de la production de moyens de subsistance. S'il
réduit
fortement les salaires, le capital se moque de produire une quantité
moindre de moyens de subsistance pour les ouvriers, au contraire
il
profite de chaque occasion pour le faire ; de même le capital pris dans
son ensemble n'est pas mécontent si, grâce aux impôts indirects sans
compensation d'augmentation de salaires, la demande de moyens de
subsistance de
la classe ouvrière diminue.
*
Sans doute, quand il y a
réduction directe des salaires, le capitaliste empoche-t-il la
différence de capital variable, et celle-ci fait augmenter la
plus-value relative dans le cas où les prix des marchandises sont
restés stables ; maintenant au contraire, cette différence est
encaissée par l'État. Seulement par ailleurs il est difficile
d'obtenir les réductions générales et permanentes de salaires à
n'importe quelle époque, mais en particulier lorsque les organisations
syndicales ont atteint un degré élevé de développement. Les
vœux pieux du capital se heurtent alors à des barrières sociales et
politiques très puissantes.
En revanche, la diminution des salaires réels peut être obtenue
rapidement, aisément et dans tous les domaines par le système des
impôts indirects, et il faut attendre longtemps avant qu'une résistance
se manifeste, celle-ci s'exprime du reste sur le plan politique et
n'est pas suivie de résultat économique immédiat. La
restriction
consécutive de la production des moyens de subsistance apparaît du
point de vue du capital total non pas comme une diminution de la vente,
mais comme une économie de frais généraux dans la prduction de la
plus-value.* La production de moyens de
subsistance pour les ouvriers
est une condition sine qua non de la création de la plus-value,
c'est-à-dire de la reproduction de
la force de travail vivante ; elle
n'est jamais un moyen de réaliser la plus-value.
.../...
Pratiquement,
sur la base du système d'impôts indirects, le militarisme remplit ces
deux fonctions : en abaissant le niveau de vie de la classe ouvrière,
il assure d'une part l'entretien des organes de la domination
capitaliste, l'armée permanente, et d'autre part il fournit au capital
un champ d'accumulation privilégié
.../...
La
somme d'argent extorquée à la masse paysanne - que nous choisissons ici
pour représenter la masse des consommateurs non prolétaires - et
transférée à l'État sous forme d'impôts n'est pas à l'origine avancée
par le capital, elle ne se détache pas de la circulation capitaliste.
Dans la main des paysans, cette somme est l'équivalent de marchandises
réalisées, la valeur d'échange de la production simple de marchandises,
l'État bénéficie d'une partie du pouvoir d'achat des consommateurs non
capitalistes,
autrement dit d'un pouvoir d'achat qui de prime abord sert au capital à
réaliser la plus-value à des fins d'accumulation.
On peut se demander
quelles transformations économiques découlent pour le capital et de
quel ordre, du transfert du pouvoir d'achat de ces couches non
capitalistes à l'État à des fins militaires. Il semble au premier abord
qu'il s'agisse de transformation dans la forme matérielle de la
reproduction. Le capital produira, au lieu d'une quantité
donnée de
moyens de production et de subsistance pour les consommateurs paysans,
du matériel de guerre pour l'État pour une somme équivalente.
En fait la transformation est plus profonde. Surtout
l'État peut mobiliser, grâce au mécanisme des impôts, des sommes,
prélevées sur le pouvoir d'achat des consommateurs non capitalistes,
plus considérables que celles que ceux-ci auraient dépensées pour leur
propre consommation.
En
réalité, c'est le système fiscal moderne qui est dans une large mesure
responsable de l'introduction forcée de l'économie marchande chez les
paysans. La pression fiscale oblige le paysan à
transformer
progressivement en marchandises une quantité toujours plus grande de
ses produits, et en même temps le force à acheter toujours davantage ;
elle fait entrer dans la circulation le produit de l'économie paysanne
et contraint les paysans à devenir acheteurs de marchandises
capitalistes.
Enfin, si nous considérons toujours la production
paysanne de marchandises, le système de taxation prive l'économie
paysanne d'un pouvoir d'achat bien supérieur à celui qui eût été mis en
jeu réellement. Les sommes que les paysans ou les classes moyennes
auraient économisées pour les placer dans les caisses d'épargne et dans
les banques, attendant d'être investies, sont à présent
disponibles
dans les caisses de l'État et constituent l'objet d'une demande, et
offrent des possibilités d'investissement pour le capital.
En
outre, la multiplicité et l'éparpillement des demandes minimes de
diverses catégories de marchandises, qui ne coïncident pas dans le
temps et peuvent être satisfaites par la production marchande simple,
qui n'intéressent donc pas l'accumulation capitaliste, font place à une
demande concentrée et homogène de l'État. La satisfaction
d'une telle
demande implique l'existence d'une grande industrie développée à un
très haut niveau, donc des conditions très favorables à la production
de la plus-value et à l'accumulation.
De plus, le pouvoir d'achat des
énormes masses de consommateurs, concentré sous la forme de commandes
de matériel de guerre faites par l'État, sera soustrait à
l'arbitraire,
aux oscillations subjectives de la consommation individuelle ;
l'industrie des armements sera douée d'une régularité presque
automatique, d'une croissance rythmique. C'est le capital
lui-même qui
contrôle ce mouvement automatique et rythmique de la production pour
le militarisme, grâce à l'appareil de la législation
parlementaire et à
la presse, qui a pour tâche de faire l'opinion publique.
C'est pourquoi
ce champ spécifique de l'accumulation capitaliste semble au
premier
abord être doué d'une capacité d'expansion illimitée. Tandis
que toute
extension des débouchés et des bases d'opération du capital est liée
dans une large mesure à des facteurs historiques, sociaux et politiques
indépendants de la volonté du capital, la production pour le
militarisme constitue un domaine dont l'élargissement régulier et par
bonds paraît dépendre en première ligne de la volonté du capital
lui-même.
Les nécessités
historiques de la concurrence toujours plus acharnée du capital en
quête de nouvelles régions d'accumulation dans le monde se transforme
ainsi, pour le capital lui-même, en un champ d'accumulation privilégié.
Le capital use toujours plus énergiquement du militarisme pour
s'assimiler, par le moyen du colonialisme et de la politique mondiale,
les moyens de production et les forces de travail des pays ou des
couches non capitalistes. En même temps, dans les pays capitalistes, ce
même militarisme travaille à priver toujours davantage les couches non
capitalistes, c'est-à-dire les représentants de la production marchande
simple ainsi que la classe ouvrière, d'une partie de leur pouvoir
d'achat ; il dépouille progressivement les premiers de leur
force
productive et restreint le niveau de vie des seconds, pour accélérer
puissamment l'accumulation aux dépens de ces deux couches sociales.
Cependant, à un certain degré de développement, les conditions de
l'accumulation se transforment en conditions de l'effondrement du
capital.
Plus s'accroît la
violence avec laquelle à l'intérieur et à l'extérieur le capital
anéantit les couches non capitalistes et avilit les conditions
d'existence de toutes les classes laborieuses, plus l'histoire
quotidienne de l'accumulation dans le monde se transforme en une série
de catastrophes et de convulsions, qui, se joignant aux crises
économiques périodiques finiront par rendre impossible la continuation
de l'accumulation et par dresser la classe ouvrière internationale
contre la domination du capital avant même que celui-ci n'ait atteint
économiquement les dernières limites objectives de son développement.
Le
capitalisme est la première forme économique douée d'une force de
propagande ; il tend à se répandre sur le globe et à détruire toutes
les
autres formes économiques, n'en supportant aucune autre à côté de lui.
Et pourtant il est en même temps la première forme économique incapable
de subsister seule, à l'aide de son seul milieu et de son soi
nourricier.
Ayant tendance à devenir une forme mondiale, il se brise à
sa propre incapacité d'être cette forme mondiale de la production. Il
offre l'exemple d'une contradiction historique vivante ; son
mouvement
d'accumulation est à la fois l'expression, la solution progressive et
l'intensification de cette contradiction. A un certain degré de
développement, cette contradiction ne peut être résolue que par
l'application des principes du socialisme, c'est-à-dire par une forme
économique qui est par définition une forme mondiale, un système
harmonieux en lui-même, fondé non sur l'accumulation mais sur
la
satisfaction des besoins de l'humanité travailleuse et donc sur
l'épanouissement de toutes les forces productives de la terre.
Rosa luxemburg
L'accumulation du capital
marxisme.org
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NDR
1
en place et lieu de cela on crée en France et ailleurs un bouclier
fiscal qui dispense les capitalistes de participer au financement des
charges de l'état... on peut donc dire que c'est la classe ouvrière et
paysanne qui sont les "acheteurs" de l'industrie d'armement...
2
grâce à la TVA
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