ROSA LUXEMBURG
RÉFORME SOCIALE
OU RÉVOLUTION ?
AVANT PROPOS
PREFACE
1.
La
méthode
opportuniste
2.
L’adaptation du capitalisme
3. La
réalisation du socialisme par des réformes sociales
4. La
politique douanière et le militarisme
5.
Conséquences pratiques et caractère général du révisionnisme
6 L’opportunisme en
théorie et en pratique
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ROSA
LUXEMBURG
RÉFORME SOCIALE
OU RÉVOLUTION ?
2. L’adaptation du
capitalisme
Les moyens d’adaptation les plus
efficaces de l’économie capitaliste sont l’institution du crédit,
l’amélioration des moyens de communication, et les organisations
patronales [1]
Commençons par le crédit. De ses multiples fonctions
dans l’économie capitaliste, la plus importante consiste à
accroître la capacité d’extension de la production et à faciliter
l’échange. Au cas où la tendance interne de la production
capitaliste à un accroissement illimité se heurte aux limites
de la propriété privée, aux dimensions restreintes du capital privé, le
crédit apparaît comme le moyen de surmonter ces limites dans le cadre
du capitalisme ; il intervient pour concentrer un grand nombre de
capitaux privés en un seul - c’est le système des sociétés par actions -
et pour assurer aux capitalistes la disposition de capitaux étrangers -
c’est le système du crédit industriel. Par ailleurs, le
crédit commercial accélère l’échange des marchandises, donc le reflux
du capital dans le circuit de la production.
On se rend aisément compte de l’influence qu’exercent ces deux
fonctions essentielles du crédit sur la formation des crises.
On sait que les crises résultent de la contradiction
entre la capacité d’extension, la tendance à l’expansion de la
production d’une part, et la capacité de consommation restreinte du
marché d’autre part ; en ce sens le crédit est précisément,
nous l’avons vu plus haut, le moyen spécifique de faire
éclater cette contradiction aussi souvent que possible. Tout
d’abord, il augmente la capacité d’extension de la production dans des
proportions gigantesques ; il est la force motrice interne qui la
pousse à dépasser constamment les limites du marché.
Mais il frappe de deux côtés. En sa qualité de facteur de la
production, il a contribué à provoquer la surproduction
; en sa qualité de facteur d’échange il ne fait, pendant la crise, qu’aider
à la destruction radicale des forces productives qu’il a lui-même mises
en marche.
Dès les premiers symptômes d’engorgement du marché, le crédit fond ; il
abandonne la fonction de l’échange précisément au moment où celui-ci
serait indispensable ; il révèle son inefficacité et son
inutilité quand il existe encore, et contribue au cours de la crise à
réduire au minimum la capacité de consommation du marché.
Nous avons cité les deux effets principaux du crédit ; il agit encore
diversement sur la formation des crises. Non seulement il offre au
capitaliste la possibilité de recourir aux capitaux étrangers, mais
encore il l’encourage à faire un usage hardi et sans scrupules de la
propriété d’autrui, autrement dit il l’incite à des
spéculations hasardeuses. Ainsi, en qualité de facteur secret
d’échange de marchandises, non seulement il aggrave la crise,
mais encore il facilite son apparition et son extension, en faisant de
l’échange un mécanisme extrêmement complexe et artificiel, ayant pour
base réelle un minimum d’argent métallique ; de ce fait, il
provoque, à la moindre occasion, des troubles dans ce mécanisme.
Ainsi le crédit, loin de contribuer à abolir ou même à
atténuer les crises, en est au contraire un agent puissant.
Il ne peut d’ailleurs en être autrement. La fonction spécifique du
crédit consiste - très généralement parlant - à corriger tout ce que le
système capitaliste peut avoir de rigidité en y introduisant toute
l’élasticité possible, à rendre toutes les forces capitalistes
extensibles, relatives et sensibles. Il ne fait évidemment ainsi que
faciliter et qu’exaspérer les crises, celles-ci étant définies comme le
heurt périodique entre les forces contradictoires de l’économie
capitaliste.
Ceci nous amène à une autre question : comment le crédit peut-il
apparaître comme un “ facteur d’adaptation ” du capitalisme ?
Sous quelque forme qu’on s’imagine cette adaptation, sa fonction ne
pourrait consister qu’à réduire un antagonisme quelconque du
capitalisme, à en résoudre ou en atténuer une contradiction en
débloquant des forces grippées à tel ou tel point du mécanisme. Or,
s’il existe un moyen d’exaspérer au plus haut point les contradictions
de l’économie capitaliste actuelle, c’est bien le crédit. Il
aggrave la contradiction entre le mode de production et le mode
d’échange en favorisant au maximum la tendance à l’expansion de la
production, tout en paralysant l’échange à la moindre occasion.
Il aggrave la contradiction entre le mode de production et le mode
d’appropriation en séparant la production de la propriété, en
transformant le capital en capital social ; mais par ailleurs en
donnant à une partie du profit la forme d’intérêt du capital, donc en
le réduisant à être un simple titre de propriété. Il aggrave
la contradiction entre les rapports de propriété et les rapports de
production, en expropriant un grand nombre de petits
capitalistes et en concentrant entre les mains de quelques-uns des
forces productives considérables. Il aggrave la contradiction
entre le caractère social de la production et le caractère privé de la
propriété capitaliste en rendant nécessaire l’intervention de l’Etat
dans la production (création de sociétés par actions).
En un mot, le crédit ne fait que reproduire les contradictions
cardinales du capitalisme, il les exaspère, il accélère l’évolution qui
en précipitera l’anéantissement, l’effondrement. Le premier moyen
d’adaptation du capitalisme quant au crédit devait être la suppression
du crédit, l’abolition de ses effets. Tel qu’il est, celui-ci ne
constitue nullement un moyen d’adaptation, mais un facteur de
destruction à l’effet profondément révolutionnaire. Ce caractère
révolutionnaire qui conduit le crédit à dépasser le capitalisme
n’a-t-il pas été jusqu’à inspirer des plans de réforme d’esprit plus ou
moins socialiste ? Il n’est qu’à voir ce grand représentant du crédit
qu’est en France un Isaac Péreire[2] et que ces plans de réforme font
apparaître, selon Marx, à moitié comme un prophète et à moitié comme
une canaille.
Tout aussi fragile apparaît, quand on l’examine de plus près, le
deuxième facteur d’adaptation de la production - les organisations
patronales. D’après la théorie de Bernstein, elles doivent,
en réglementant la production, mettre fin à l’anarchie et prévenir
l’apparition des crises. Sans doute le développement des cartels et des
trusts est-il un phénomène dont on n’a pas encore étudié toutes les
diverses conséquences économiques. Il constitue un problème qu’on ne
peut résoudre qu’à l’aide de la doctrine marxiste.
En tout cas une chose est certaine : les associations patronales ne
réussiraient à endiguer l’anarchie capitaliste que dans la mesure où
les cartels, les trusts, etc., deviendraient, au moins
approximativement, une forme de production généralisée ou dominante. Or
la nature même des cartels l’interdit. Le but économique final et
l’action des organisations consistent, en excluant la concurrence à
l’intérieur d’une branche de la production, à influer sur la
répartition de la masse du profit réalisée sur le marché de manière à
augmenter la part de cette branche d’industrie. L’organisation ne peut
augmenter le taux de profit dans une branche d’industrie qu’aux dépens
des autres, c’est précisément pourquoi elle ne peut être généralisée.
Étendue à toutes les branches d’industrie importantes, elle annule
elle-même son effet.
Mais même dans les limites de leur application pratique les
associations patronales sont bien loin de supprimer l’anarchie, au
contraire. Les cartels n’obtiennent ordinairement cette augmentation du
profit sur le marché intérieur qu’en faisant rapporter pour l’étranger
à un taux de profit bien inférieur la part du capital excédentaire
qu’ils ne peuvent utiliser pour les besoins intérieurs, c’est-à-dire
en vendant leurs marchandises à l’étranger à meilleur marché qu’à
l’intérieur du pays. Il en résulte une aggravation de la concurrence à
l’étranger, un renforcement de l’anarchie sur le marché mondial,
c’est-à-dire précisément le contraire de ce que l’on se proposait
d’obtenir. C’est ce que prouve, entre autres, l’histoire de l’industrie
mondiale du sucre.
Enfin, et plus généralement en leur qualité de phénomènes liés au mode
de production capitaliste, les associations patronales ne
peuvent être considérées que comme un stade provisoire, comme une phase
déterminée du développement capitaliste. En effet, les
cartels ne sont rien d’autre au fond qu’un palliatif à la baisse fatale
du taux de profit dans certaines branches de production.
Quelles méthodes utilisent les cartels à cet effet ? Il ne s’agit au
fond que de la mise en jachère d’une partie du capital accumulé,
c’est-à-dire de la même
méthode employée sous une autre forme dans les crises. Or, du remède à
la maladie il n’y a qu’une différence de degré, et le remède ne peut
passer pour un moindre mal que pendant un certain temps. Le jour où les
débouchés viendront à diminuer, le marché mondial étant développé au
maximum et épuisé par la concurrence des pays capitalistes, - et l’on
ne peut nier que ce mouvement arrivera tôt ou tard - alors la mise en
jachère partielle et forcée du capital prendra des dimensions
considérables : le remède deviendra le mal même et le capital fortement
socialisé par l’organisation et la concentration se transformera de
nouveau en capital privé. En présence de difficultés accrues pour se
faire une place sur le marché, chaque portion privée du capital
préférera tenter seule sa chance. À ce moment-là, les organisations
crèveront comme des bulles de savon, laissant la place à une
concurrence aggravée[3].
Dans l’ensemble les cartels, tout comme le crédit, apparaissent donc
comme des phases déterminées du développement qui ne font, en dernière
analyse, qu’accroître encore l’anarchie du monde capitaliste,
manifestant en eux-mêmes et portant à maturité toutes ses
contradictions internes. Ils aggravent l’antagonisme existant
entre le mode de production et le mode d’échange en exaspérant la lutte
entre les producteurs et les consommateurs ; nous en voyons un exemple
aux Etats-Unis d’Amérique. Ils aggravent en outre la
contradiction entre le mode de production et le mode d’appropriation en
opposant à la classe ouvrière, de la manière la plus brutale, la force
supérieure du capital organisé, exaspérant ainsi à l’extrême
l’antagonisme entre le capital et le travail. Enfin ils
aggravent la contradiction entre le caractère international de
l’économie capitaliste mondiale et le caractère national de l’Etat
capitaliste, parce qu’ils s’accompagnent toujours d’une guerre
douanière générale ; ils exaspèrent ainsi les antagonismes entre les
différents Etats capitalistes. À cela il faut ajouter l’influence
révolutionnaire exercée par les cartels sur la concentration de la
production, son perfectionnement technique, etc.
Ainsi, quant à l’action exercée sur l’économie capitaliste, les cartels
et les trusts n’apparaissent pas comme un “ facteur d’adaptation ”
propre à en atténuer les contradictions, mais bien plutôt comme l’un
des moyens qu’elle invente elle-même pour aggraver sa propre anarchie,
développer ses contradictions internes, accélérer sa propre ruine.
Cependant, si le système du crédit, si les cartels, etc., n’éliminent
pas l’anarchie du monde capitaliste, comment se fait-il que pendant
deux décennies, depuis 1873, nous n’ayons eu aucune grande crise
commerciale ? N’est-ce pas là un signe que le mode de production
capitaliste s’est - au moins dans ses grandes lignes - “ adapté ” aux
besoins de la société, contrairement à l’analyse faite par Marx ? La
réponse ne s’est pas fait attendre. À peine Bernstein avait-il relégué
en 1898 la théorie marxienne des crises parmi les vieilles lunes qu’une
violente crise générale éclata en 1900 ; sept ans plus tard une crise
nouvelle éclatait aux Etats-Unis, gagnant tout le marché mondial.
Ainsi la théorie de l’ “ adaptation ” du capitalisme fut démentie par
des faits éloquents. Ce démenti même démontrait que ceux qui
abandonnaient la théorie marxienne des crises pour la seule raison
qu’aucune crise n’avait éclaté au “ terme ” prévu par l’échéance
avaient confondu l’essence de cette théorie avec un de ses aspects
extérieurs secondaires :le cycle de dix ans. Or la formule d’une
période décennale accomplissant tout le cycle de l’industrie
capitaliste était chez Marx et Engels dans les années 60 et 70 une
simple constatation des faits : ces faits ne correspondaient
pas à une loi naturelle, mais à une série de circonstances historiques
déterminées ; ils étaient liés à l’extension par bonds de la sphère
d’influence du jeune capitalisme.
La crise de 1825 fut en effet le résultat des grands investissements de
capitaux dans la construction des routes, des canaux et des usines à
gaz qui furent accomplis au cours de la décennie précédente et
notamment en Angleterre où éclata la crise. De même la crise suivante,
de 1836 à 1839, fut la conséquence de placements formidables dans la
construction des moyens de transport. La crise de 1847 fut provoquée,
on le sait, par l’essor fiévreux de la construction des chemins de fer
anglais (de 1844 à 1847, c’est-à-dire en trois ans seulement, le
Parlement anglais accorda des concessions de lignes de chemins de fer
pour une valeur d’environ 1,5 milliard de thalers). Dans ces trois cas
ce sont par conséquent différentes formes d’expansion nouvelle de
l’économie grâce au capitalisme, de la création de nouvelles bases du
développement capitaliste qui sont à l’origine des crises. En 1857 on
assiste d’abord à l’ouverture brusque de nouveaux débouchés à
l’industrie européenne en Amérique et en Australie, à la suite de la
découverte des mines d’or : puis ce fut, en France notamment, à la
suite des exemples anglais, la construction de nombreuses lignes de
chemins de fer (de 1852 à 1856 on construisit en France pour 1 250 000
francs de nouvelles lignes de chemins de fer). Enfin la grande crise de
1873 fut, comme on sait, une conséquence directe de la création et de
l’expansion brutale de la grande industrie en Allemagne et en Autriche,
qui suivirent les événements politiques de 1866 et 1871.
Ce fut par conséquent chaque fois l’expansion brusque de l’économie
capitaliste et non le rétrécissement de son champ ni son épuisement qui
fut à l’origine des crises commerciales. La périodicité décennale de
ces crises internationales est un fait purement extérieur, un hasard.
Le schéma marxiste de la formation des crises tel qu’Engels et Marx
l’ont exposé le premier dans l’Anti-Dühring, le second dans le livre I
et le livre III du Capital, ne s’applique d’une façon juste à ces
crises que dans la mesure où il découvre leur mécanisme interne et
leurs causes générales profondes ; peu importe que ces crises se
répètent tous les dix ou tous les cinq ans, ou encore alternativement
tous les vingt ou tous les huit ans. Mais ce qui démontre le
mieux l’inexactitude de la théorie bersteinienne, c’est le fait que ce
sont précisément les pays où les fameux “ facteurs d’adaptation ”
capitalistes : le crédit, les moyens d’information, et les trusts sont
le plus développés, qui ont ressenti avec le plus de violence les
effets de la crise de 1907-1908.
L’idée que la production capitaliste pourrait “ s’adapter ” à l’échange
implique de deux choses l’une :ou bien que le marché mondial
s’accroît sans limites, à l’infini, ou bien au contraire qu’il y a un
frein au développement des forces productives afin que celles-ci ne
débordent pas les limites du marché. La première hypothèse se
heurte à une impossibilité matérielle ; à la seconde s’opposent les
progrès constants de la technique dans tous les domaines de la
production, suscitant tous les jours de nouvelles forces productives.
Reste un phénomène qui, d’après Bernstein, contredirait la tendance
ci-dessus indiquée du développement capitaliste : c’est la “ phalange
inébranlable ” des entreprises moyennes. Il voit dans leur existence un
signe que le développement de la grande industrie n’a pas une influence
aussi révolutionnaire du point de vue de la concentration des
entreprises que ne le croient les tenants de la “ théorie de la
catastrophe ”. Mais il est ici encore victime d’un malentendu qu’il a
lui-même créé. Cela serait en effet mal comprendre le
développement de la grande industrie que de s’imaginer qu’il entraîne
nécessairement la disparition progressive des entreprises moyennes.
Dans le cours général du développement capitaliste, les petits capitaux
jouent, d’après la théorie marxiste, le rôle de pionniers de la
révolution technique et ceci à un double titre : d’abord, en ce qui
concerne les méthodes nouvelles de production dans les anciennes
branches fortement enracinées, ensuite dans la création de nouvelles
branches de production non encore exploitées par les gros capitaux.
On aurait donc tort de se figurer l’histoire des entreprises moyennes
comme une ligne droite descendante qui irait du déclin progressif
jusqu’à la disparition totale. L’évolution réelle est ici encore
dialectique ; elle oscille sans cesse entre des contradictions. Les
classes moyennes capitalistes se trouvent tout comme la classe ouvrière
sous l’influence de deux tendances antagonistes, l’une ascendante,
l’autre descendante.
La tendance descendante est la croissance continue de l’échelle de la
production qui déborde périodiquement le cadre des capitaux moyens, les
écartant régulièrement du champ de la concurrence mondiale.
La tendance ascendante est constituée par la dépréciation périodique du
capital existant qui fait baisser pour un certain temps l’échelle de la
production selon la valeur du capital minimum nécessaire, ainsi que la
pénétration de la production capitaliste dans les sphères nouvelles. Il
ne faut pas regarder la lutte des entreprises moyennes contre le grand
capital comme une bataille en règle où la partie la plus faible verrait
de plus en plus diminuer et fondre ses troupes en nombre absolu ; c’est
plutôt comme si de petits capitaux étaient périodiquement fauchés pour
s’empresser de repousser afin d’être fauchés à nouveau par la grande
industrie.
Des deux tendances qui se disputent le sort des classes
moyennes capitalistes, c’est finalement la tendance descendante qui
l’emporte. L’évolution est ici inverse de celle de la classe ouvrière.
Cela ne se manifeste pas nécessairement dans une diminution numérique
absolue des entreprises moyennes ; il peut y avoir 1° une augmentation
progressive du capital minimum nécessaire au fonctionnement des
entreprises dans les anciennes branches de la production ; 2° une
diminution constante de l’intervalle de temps pendant lequel les petits
capitaux conservent l’exploitation des nouvelles branches de la
production. Il en résulte pour le petit capital individuel une durée
d’existence de plus en plus brève et un changement de plus en plus
rapide des méthodes de production ainsi que de la nature des
investissements. Pour la classe moyenne dans son ensemble il en résulte
une accélération du métabolisme social.
Bernstein le sait parfaitement bien et il le constate d’ailleurs
lui-même. Mais ce qu’il semble oublier, c’est que c’est là la loi même
du mouvement des entreprises moyennes capitalistes. Si on admet que les
petits capitaux sont les pionniers du progrès technique, qui est
lui-même le moteur essentiel de l’économie capitaliste, on doit
conclure que les petits capitaux accompagnent nécessairement le
développement du capitalisme, car ils font partie intégrante de
celui-ci et ne disparaîtront qu’avec lui.
La disparition progressive des entreprises moyennes - au sens
statistique absolu dont parle Bernstein - signifierait non pas comme le
pense ce dernier, la tendance révolutionnaire du développement
capitaliste, mais le contraire, c’est-à-dire un arrêt, un
assoupissement de ce développement. “ Le taux du profit, c’est-à-dire
l’accroissement proportionnel du capital, dit Marx, est important avant
tout pour tous les nouveaux placeurs de capitaux se groupant
indépendamment. Et dès que la formation de capital tomberait
exclusivement aux mains d’une poignée de gros capitaux tout formés, le
feu vivifiant de la production s’éteindrait - entrerait en somnolence.
” (Capital, livre III, ch. 15, 2, tome X, p. 202, traduction Molitor).
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Notes
[1]
Rosa Luxemburg appelle ainsi les
diverses formes modernes de concentration de capital : trusts, cartels,
etc. (N. d. T.)
Réforme sociale ou révolution ?
[2]
Isaac PEREIRE (1806-1890) et son
frère Jacob (1800-1875) nés à Bordeaux, furent introduits dans le
groupe saint-simonien. Ils s’enthousiasment pour le chemin de fer et
contribuèrent à la fondation du Crédit Mobilier, ce qui les place dans
une position de concurrence acharnée avec Rothschild (N. d. T.).
[3]
Dans une note au livre III du
Capital, F. Engels écrit en 1894 : “ Depuis que les lignes ci-dessus
ont été écrites (1865) la concurrence a considérablement augmenté sur
le marché mondial, grâce au développement rapide de l’industrie dans
tous les pays civilisés, particulièrement en Amérique et en Allemagne.
La constatation que l’accroissement rapide et gigantesque des forces
productives modernes dépasse chaque jour de plus en plus les lois de
l’échange capitaliste des marchandises, dans le cadre duquel ces forces
doivent se mouvoir, cette constatation s’impose à l’heure actuelle avec
une évidence sans cesse croissante même à la conscience des
capitalistes. Cette constatation se montre notamment dans deux
symptômes. D’abord, dans la nouvelle manie protectionniste devenue
générale et qui diffère de l’ancien système protectionniste surtout en
ce qu’elle protège particulièrement les articles les plus aptes à
l’exportation. Ensuite dans les trusts par lesquels les fabricants de
grandes sphères entières de production réglementent la production et,
par suite, les prix et les profits. Il va de soi que ces expériences ne
sont possibles que si la situation économique est relativement
favorable. La première perturbation les réduira à néant et démontrera
que, bien que la production ait besoin d’être réglementée, ce n’est
assurément pas la classe capitaliste qui est appelée à le faire. En
attendant, ces trusts ou cartels n’ont qu’un seul but : prendre toutes
les mesures pour que les petits soient mangés par les gros plus
rapidement encore que par le passé ”. (Capital, III, tome IX, pp.
204-205, traduction Molitor, éd. Costes).
Réforme
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