ROSA LUXEMBURG
RÉFORME SOCIALE
OU RÉVOLUTION ?
AVANT PROPOS PREFACE
1.
La
méthode
opportuniste
2.
L’adaptation du capitalisme
3. La
réalisation du socialisme par des réformes sociales
4. La
politique douanière et le militarisme
5.
Conséquences pratiques et caractère général du révisionnisme
6 L’opportunisme en théorie et en pratique
|
ROSA
LUXEMBURG
RÉFORME SOCIALE
OU RÉVOLUTION ?[1]
AVANT PROPOS
Réforme
ou révolution ? est une réponse aux articles publiés par
Bernstein dans la Neue Zeit en 1897-1898 sous le titre Probleme des
Sozialismus, Rosa Luxemburg réplique par des articles parus dans la
Leipziger Volkszeitung du 21 au 28 septembre 1898 : ce sont ces
articles qu’elle réunit dans la première partie de la brochure Réforme
ou révolution ? .../...
Quand
le Parti ne fut plus persécuté naquirent des sortes d’ “ îlots ”
socialistes : les coopératives. Le mouvement ouvrier conscient de sa
force et de son organisation visait non seulement dans sa pratique
quotidienne à la poursuite des conquêtes sociales, telles que la
journée de huit heures, mais surtout à l’instauration d’une démocratie
politique de type libéral : l’échec de la révolution de 1848 avait
restauré un ordre où les anciennes puissances féodales détenaient une
bonne partie du pouvoir : les hobereaux prussiens, les grands
propriétaires terriens, les militaires.
Les plus fortes attaques
des social-démocrates étaient dirigées contre ces puissances. En
revanche ils appuyaient et parfois surestimaient tout ce qui pouvait
préfigurer un ordre démocratique bourgeois. C’est ainsi que dans le Sud
de l’Allemagne où contrairement à la Prusse les élections au Parlement
local (ou Landtag) se faisaient au suffrage universel, la participation
socialiste à la politique de gestion du Land était beaucoup plus “
positive ” que dans le Nord ; on allait même jusqu’à voter
régulièrement le budget, ce qui était contraire à la tradition
socialiste et suscita de vives critiques.
Introduction (Édition Maspero de 1969) Irène PETIT
- le
prolétariat ne peut faire autrement que de s’emparer “ prématurément ”
du pouvoir politique, ou, en d’autres termes, il ne peut que le
conquérir une ou plusieurs fois trop tôt pour parvenir enfin à sa
conquête définitive ; de ce fait, s’opposer à une conquête “ prématurée
” du pouvoir, revient à s’opposer, en général, à l’aspiration du
prolétariat à s’emparer du pouvoir d’Etat.
Rosa luxemburg
PRÉFACE
Le
titre de cet
ouvrage peut surprendre au premier abord. Réforme sociale ou révolution
? La social-démocratie peut-elle donc être contre les réformes sociales
? Ou peut-elle opposer la révolution sociale, le bouleversement de
l’ordre établi, qui est son but final, à la réforme sociale ?
Assurément non !
Pour la social-démocratie, lutter à
l’intérieur même du système existant, jour après jour, pour les
réformes, pour l’amélioration de la situation des travailleurs, pour
des institutions démocratiques, c’est la seule manière d’engager la
lutte de classe prolétarienne et de s’orienter vers le but final,
c’est-à-dire de travailler à conquérir le pouvoir politique et à abolir
le système du salaire. Entre la réforme sociale et la révolution, la
social-démocratie voit un lien indissoluble : la lutte pour la réforme
étant le moyen, et la révolution sociale le but.
Ces deux
éléments du mouvement ouvrier, nous les trouvons opposés pour la
première fois dans les thèses d’Edouard Bernstein, telles qu’elles sont
exposées dans ses articles sur les “ Problèmes du socialisme ”, parus
dans la Neue Zeit en 1897-1898, ou encore dans son ouvrage intitulé :
Die Vorausssetzungen des Sozialismus und die Aufgaben der
Sozialdemokratie[2]. Sa
théorie tout entière tend pratiquement à une seule chose : à nous faire
abandonner le but final de la social-démocratie, la révolution sociale,
et à faire inversement de la réforme sociale, simple moyen de la lutte
de classe, son but ultime. Bernstein lui-même a formulé ses
opinions de la façon la plus nette et la plus caractéristique, écrivant
: “ Le but final, quel qu’il soit, n’est rien, le mouvement est tout ”.
Or,
le but final du socialisme est le seul élément décisif distinguant le
mouvement socialiste de la démocratie bourgeoise et du radicalisme
bourgeois, le seul élément qui, plutôt que de donner au mouvement
ouvrier la vaine tâche de replâtrer le régime capitaliste pour le
sauver, en fait une lutte de classe contre ce régime, pour l’abolition
de ce régime ; ceci étant, l’alternative posée par Bernstein : “
réforme sociale ou révolution ” équivaut pour la social-démocratie à la
question : être ou ne pas être.
Dans la controverse avec
Bernstein et ses partisans, ce qui est en jeu - et chacun, dans le
parti, doit en être conscient - c’est non pas telle ou telle méthode de
lutte, non pas l’emploi de telle ou telle tactique, mais
l’existence tout entière du mouvement socialiste.
Or,
il est doublement important pour les travailleurs d’en avoir conscience
parce que c’est d’eux, très précisément, qu’il s’agit et de leur
influence dans le mouvement, parce que c’est leur propre peau
qu’on veut vendre ici.
Le courant opportuniste à l’intérieur du parti, qui a trouvé, grâce à
Bernstein, sa formulation théorique, n’est rien d’autre qu’une
tentative inconsciente d’assurer la prédominance aux éléments
petit-bourgeois venus au parti, et d’infléchir la pratique, de
transformer les objectifs du parti dans leur esprit.
L’alternative
: réforme sociale ou révolution, but final ou mouvement, est, sous une
autre face, l’alternative du caractère petit-bourgeois ou prolétarien
du mouvement ouvrier.
ROSA LUXEMBURG
haut de page
Notes
[1]
Édition Maspero de 1969
Quelques
mots sur l’édition de ces textes : nous avons traduit d’après la
deuxième édition des deux écrits, éditions revues par Rosa Luxemburg
elle-même. Elle avait jugé anachroniques certains points de vue
exprimés dans l’une et l’autre brochure. Nous n’avons donné en note
qu’un seul passage de la première édition qui nous paraissait
particulièrement significatif.
Irène PETIT
[2]Paru
en français sous le titre : Socialisme théorique et social-démocratie
pratique, Paris, Stock 3e éd. 1912. (N. d. T.).
|