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Manifeste du Parti Communiste : Les préfaces


Ces préfaces qui jalonnent l’histoire du Manifeste reflètent jusqu’à un certain point l’histoire du mouvement ouvrier moderne. Engels..



PRÉFACE À L'ÉDITION ALLEMANDE DE 1872

PRÉFACE À L’ÉDITION ALLEMANDE DE 1883

PRÉFACE À L’ÉDITION ANGLAISE DE 1888

PRÉFACE À L’ÉDITION ALLEMANDE DE 1890

PRÉFACE À L’ÉDITION POLONAISE DE 1892


PRÉFACE À L’ÉDITION ITALIENNE DE 1893

  • PRÉFACE À L’ÉDITION ALLEMANDE DE 1872

La Ligue des Communistes, association ouvrière internationale qui, dans les cir­cons­tances d’alors, ne pouvait être évidemment que secrète, chargea les soussignés, délégués au Congrès tenu à Londres en novembre 1847, de rédiger un programme détaillé du parti, à la fois théorique et pratique, et destiné à être diffusé. Telle est l’origine de ce Manifeste dont le manuscrit, quelques semaines avant la révolution de février, fut envoyé à Londres pour y être imprimé.

Publié d’abord en allemand, il a eu dans cette langue au moins douze éditions différentes en Allemagne, en Angleterre et en Amérique. Il parut pour la première fois en anglais en 1850, à Londres, dans The Red Republican dans une traduction de Miss Helen Macfarlane, et, en 1871, il eut, en Amérique, au moins trois traductions anglaises. En français, il parut une première fois à Paris, peu de temps avant l’insurrection de 1848, et, récemment, dans Le Socialiste de New York . On en fit une édition en polonais à Londres, peu de temps après la première édition allemande. Il a paru en russe, à Genève, dans les années soixante à soixante-dix . Il a été égale­ment traduit en danois peu après sa publication.

Bien que les circonstances aient beaucoup changé au cours des vingt-cinq dernières années, les principes généraux exposés dans ce Manifeste conservent dans leurs grandes lignes, aujourd’hui encore, toute leur exactitude. Il faudrait améliorer çà et là quelques détails. Ainsi que le Manifeste l’explique lui-même, l’application des principes dépendra partout et toujours de circonstances historiques données et c’est pourquoi on n’insiste pas particulièrement sur les mesures révolutionnaires énumérées à la fin du chapitre II. Ce passage serait, à bien des égards, rédigé tout autrement aujourd’hui.

Étant donné les progrès immenses de la grande industrie dans les vingt-cinq dernières années et les progrès parallèles de l’organisation de la classe ouvrière en parti, étant donné les expériences concrètes, d’abord de la révolution de février et, bien plus encore, de la Commune de Paris qui, pendant deux mois, mit pour la première fois aux mains du prolétariat le pouvoir politique, ce programme est aujourd’hui périmé sur certains points.

La Commune, notamment, a démontré que « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l’État et de la faire fonctionner pour son propre compte » [1]

En outre, il est évident que la critique de la littérature socialiste présente une lacune pour la période actuelle, puisqu’elle s’arrête à 1847. Et, de même, si les remarques sur la position des commu­nistes à l’égard des différents partis d’opposition (chapitre IV), sont exactes aujour­d’hui encore dans leurs principes, elles ont actuellement vieilli dans leur application parce que la situation politique s’est modifiée du tout au tout et que l’évolution historique a fait disparaître la plupart des partis qui y sont énumérés.

Cependant, le Manifeste est un document historique et nous ne nous reconnaissons pas le droit d’y apporter des modifications. Une édition ultérieure sera peut-être pré­cé­dée d’une introduction qui comblera la lacune de 1847 à nos jours ; la réimpression actuelle nous a pris trop à l’improviste pour nous donner le temps de l’écrire.

Londres, 24 juin 1872 Karl MARX, Friedrich ENGELS



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  • PRÉFACE À L’ÉDITION ALLEMANDE DE 1883 

Il me faut malheureusement signer seul la préface de cette édition. Marx, l’homme auquel toute la classe ouvrière d’Europe et d’Amérique doit plus qu’à tout autre, Marx repose au cimetière de Highgate et sur sa tombe verdit déjà le premier gazon. Après sa mort, il ne saurait être question moins que jamais de remanier ou de compléter le Manifeste. Je crois d’autant plus nécessaire d’établir expressément, une fois de plus, ce qui suit.

L’idée fondamentale et directrice du Manifeste - à savoir que la production écono­mique et la structure sociale de chaque époque historique qui en résulte nécessai­rement, forment la base de l’histoire politique et intellectuelle de cette époque ; que, par suite (depuis la dissolution de la propriété commune du sol des temps primitifs) toute l’histoire a été une histoire de luttes de classes, de luttes entre classes exploitées et classes exploiteuses, entre classes dominées et classes dominantes, aux différentes étapes de développement social ; mais que cette lutte a actuellement atteint une étape où la classe exploitée et opprimée (le prolétariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l’exploite et l’opprime (la bourgeoisie) sans en même temps libérer à tout jamais la société entière de l’exploitation, de l’oppression et des luttes de classes - cette idée maîtresse appartient uniquement et exclusivement à Marx .

Je l’ai souvent déclaré, mais il est nécessaire, précisément à l’heure actuelle, que cette déclaration figure aussi en tête du Manifeste.

Londres, 28 juin 1883 Friedrich ENGELS

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  • PRÉFACE À L’ÉDITION ANGLAISE DE 1888 

Le Manifeste fut publié en tant que plate-forme de la Ligue des Communistes, association de travailleurs, d’abord exclusivement allemande, ensuite internationale, qui, dans les conditions politiques existant sur le continent avant 1848, était inévi­ta­blement une société secrète. An Congrès de la Ligue, qui se tint à Londres en novembre 1847, Marx et Engels furent chargés de préparer aux fins de publication, un programme de parti complet, à la fois théorique et pratique. Rédigé en allemand en janvier 1848, le manuscrit fut envoyé pour impression à Londres quelques semaines avant la révolution française du 24 février [2] . Une traduction française fut éditée à Paris à la veille de l’insurrection de juin 1848  [3]. La première traduction anglaise, due à Miss Helen Macfarlane, parut dans le Red Republican de George Julian Harney à Londres en 1850. Il y avait eu également une édition danoise et une édition polonaise.

La défaite de l’insurrection parisienne de juin 1848, première grande bataille entre le prolétariat et la bourgeoisie, rejeta de nouveau à l’arrière-plan pendant quelque temps les aspirations sociales et politiques de la classe ouvrière européenne. Depuis, la lutte pour la suprématie s’est à nouveau déroulée, comme avant la révolution de février, exclusivement entre diverses fractions de la classe possédante : quant à la classe ouvrière, elle en était réduite à jouer des coudes pour trouver place dans l’arène politique et à devenir l’aile avancée du radicalisme bourgeois. Partout où des mouvements prolétariens indépendants continuaient à donner signe de vie, ils furent traqués implacablement. C’est ainsi que la police prussienne découvrit le Comité central de la Ligue des Communistes, dont le siège était alors à Cologne. Ses membres furent arrêtés et, après dix-huit mois d’incarcération, ils passèrent en juge­ment en octobre 1852. Le célèbre procès communiste de Cologne dura du 4 octobre au 12 novembre ; sept des accusés furent condamnés à des peines de réclusion en forteresse variant de trois à six ans. Aussitôt après cette condamnation, la Ligue fut officiellement dissoute par les membres restants. Quant au Manifeste, il paraissait désormais voué à l’oubli.

Quand la classe ouvrière européenne eut retrouvé des forces suffisantes pour livrer un nouveau combat contre les classes dirigeantes, surgit l’Association internationale des travailleurs. Mais cette association, créée dans le but précis de souder en une seule organisation tout le prolétariat militant d’Europe et d’Amérique, ne pouvait procla­mer sur-le-champ les principes exposés dans le Manifeste. Il fallait que l’Internatio­nale eût un programme assez large pour être accepté par les trades-unions anglaises, par les disciples de Proudhon en France, en Belgique, en Italie et en Espagne, et par les Lassalliens en AlIemagne. Marx, qui rédigea ce programme à la satisfaction de tous les partis, mettait toute sa confiance dans le développe­ment intellectuel de la classe ouvrière qui résulterait à coup sûr de l’action unie et de la discussion mutuelle.

Les épisodes et les vicissitudes mêmes de la lutte contre le capital, les défaites plus encore que les victoires, ne pouvaient manquer de rendre sensible aux hommes l’insuf­fisance de leurs panacées favorites et de frayer la voie à une perception plus précise des conditions véritables de l’émancipation de la classe ouvrière.

Et Marx avait raison. L’Internationale, au moment de sa dissolution en 1874, laissait les travailleurs dans un état tout différent de celui où elle les avait trouvés en 1864. Le proudhonisme en France, le lassallisme en Allemagne étaient moribonds, et même les conservatrices trade-unions d’Angleterre, bien qu’elles eussent pour la plupart rompu leurs liens avec l’Internationale, en arrivaient peu à peu au point de pouvoir, comme l’an dernier à Swansea, dire par la bouche de leur président qui s’exprimait en leur nom : « Le socia­lisme continental n’est plus pour nous quelque chose de terrifiant. » De fait, les principes du Manifeste avaient fait des progrès considérables parmi les travailleurs de tous les pays.

Le Manifeste lui-même revint ainsi au premier plan. Le texte allemand avait été, depuis 1850, réimprimé plusieurs fois en Suisse, en Angleterre et en Amérique. En 1872, il fut traduit en anglais à New York, où cette traduction fut publiée par le Woodhull and Claftin’s Weekly. A partir de cette version anglaise, on en fit une française qui parut dans Le Socialiste de New York. Depuis on a publié en Amérique au moins deux autres traductions anglaises, plus ou moins mutilées, et l’une d’entre elles a été réimprimée en Angleterre. La première traduction russe, faite par Bakounine, a été publiée à l’imprimerie du Kolokol de Herzen à Genève vers 1863 ; une seconde par l’héroïque Véra Zassoulitch, également à Genève en 1882.

On trouve une nouvelle édition danoise dans la Sozialdemokratisk Bibliotek de Copenhague en 1885 ; une nouvelle édition française dans Le Socialiste de Paris en 1885. A partir de cette dernière, une version espagnole a été préparée et publiée à Madrid en 1886. On ne compte plus les réimpressions allemandes ; il y en a eu au total au moins douze. Une traduction arménienne qui devait paraître à Constantinople il y a quelques mois, n’a pas vu le jour, me dit-on, parce que l’éditeur a eu peur de sortir un livre portant le nom de Marx, tandis que le traducteur déclinait la paternité de son ouvrage. J’ai entendu parler d’autres traductions dans d’autres langues, mais je ne les ai pas vues.

Ainsi, l’histoire du Manifeste reflète dans une large mesure l’histoire du mouvement ouvrier moderne ; c’est à présent sans nul doute l’œuvre la plus répandue, la plus internationale de toute la littérature socialiste, le programme commun reconnu par des millions de travailleurs depuis la Sibérie jusqu’à la Californie.

Pourtant, quand il fut écrit, nous n’aurions pas pu l’appeler un Manifeste socia­liste. On entendait par socialistes, en 1847, d’une part, les adeptes des divers systèmes utopiques : les owenistes en Angleterre, les fouriéristes en France, déjà relégués les uns et les autres au rang de simples sectes, en voie de dépérissement graduel ; d’autre part, les charlatans sociaux les plus divers qui, grâce à toutes sortes de rafistolages, prétendaient remédier, sans le moindre danger pour le capital et le profit, à tous les maux de la société ; dans un cas comme dans l’autre, des hommes en dehors du mou­vement ouvrier et cherchant plutôt l’appui des classes « cultivées ».

Toute fraction de la classe ouvrière qui s’était convaincue de l’insuffisance des révolutions purement politiques et avait proclamé la nécessité d’un changement total de la société, se déclarait alors communiste. C’était une sorte de communisme rudimentaire, mal dégrossi, purement instinctif ; il tou­chait pourtant à l’essentiel et il eut assez de vigueur parmi la classe ouvrière pour donner naissance au communisme utopique de Cabet en France, de Weitling en Allemagne.

Le socialisme était donc, en 1847, un mouvement bourgeois et le communisme un mouvement ouvrier. Le socialisme, tout au moins sur le continent, était « décent » ; pour le communisme, c’était exactement l’inverse. Et comme notre conception était, dès le début, que « l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre de la classe ouvrière elle-même », il ne pouvait y avoir de doute sur celui des deux noms qu’il nous fallait adopter. En outre, loin de nous depuis lors l’idée de le répudier.

Le Manifeste étant notre œuvre conjointe, j’estime qu’il est de mon devoir de déclarer que la proposition fondamentale qui en constitue le noyau appartient à Marx.


Cette proposition, c’est qu’à toute époque historique, le mode dominant de production économique et d’échange et l’organisation sociale qui en résulte nécessairement constituent la base sur laquelle s’édifie et à partir de laquelle peut seule s’expliquer l’his­toire politique et intellectuelle de cette époque ; que, par conséquent, toute l’histoire de l’humanité (depuis la dissolution de la société tribale primitive possédant en commun la terre) a été une histoire de luttes de classes, de conflits entre classes exploiteuses et exploitées, entre classes dominantes et classes opprimées ; que l’histoire de ces luttes de classes constitue une série d’évolutions au terme desquelles nous parvenons de nos jours à un stade où la classe exploitée et opprimée - le prolétariat - ne peut réaliser son émancipation du pouvoir de la classe exploiteuse et dominante - la bourgeoisie - sans émanciper, en même temps et une fois pour toutes, la société tout entière de toute exploitation, de toute oppression, de toutes distinctions de classe et de toutes luttes de classes.

Vers cette proposition qui est, à mon avis, destinée à faire pour l’histoire ce que la théorie de Darwin a fait pour la biologie, nous nous acheminions tous deux peu à peu depuis quelques années avant 1845. Les progrès que j’avais faits tout seul dans cette direction apparaissent le mieux dans ma Situation de la classe laborieuse en Angle­terre. Mais lorsque je revis Marx à Bruxelles au printemps de 1845, il en avait achevé l’élaboration et me l’exposa en termes presque aussi clairs que ceux dans lesquels je viens de la formuler.

De notre préface commune à l’édition allemande de 1872, je cite le passage suivant :


« Bien que les circonstances aient beaucoup changé au cours des vingt-cinq der­nières années, les principes généraux exposés dans ce Manifeste conservent dans leurs grandes lignes, aujourd’hui encore, toute leur exac­ti­tude. Il faudrait améliorer çà et là quelques détails. Ainsi que le Manifeste l’explique lui-même, l’application des principes dépendra partout et toujours des circonstances historiques données et, c’est pourquoi on n’insiste pas particulièrement sur les mesures révolutionnaires énumérées à la fin du chapitre II. Ce passage serait à bien des égards, rédigé tout autrement aujourd’hui. Étant donné les progrès immenses de la grande industrie dans les vingt-cinq dernières années et les progrès parallèles de l’organisation de la classe ouvrière en parti, étant donné les expériences concrètes, d’abord de la révolution de février, et, bien plus encore, de la Commune de Paris, qui, pendant deux mois, mit pour la première fois aux mains du prolétariat le pouvoir politique, ce programme est aujourd’hui périmé sur certains points. La Commune, notamment, a démontré que « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l’État et de la faire fonc­tionner pour son propre compte ».

En outre, il est évident que la critique de la littérature socialiste présente une lacune pour la période actuelle, puisqu’elle s’arrête à 1847. Et, de même, si les remarques sur la position des commu­nistes à l’égard des différents partis d’opposition (chapitre IV) sont exactes aujourd’hui encore dans leurs principes, elles ont actuellement vieilli dans leur application parce que la situation politique s’est modifiée du tout au tout et que l’évolution historique a fait disparaître la plupart des partis qui y sont énumérés.

« Cependant, le Manifeste est un document historique et nous ne nous recon­naissons pas le droit d’y apporter des modifications. »

La présente traduction est de M. Samuel Moore, le traducteur de la plus grande partie du Capital de Marx. Nous l’avons revue en commun, et j’ai ajouté quelques notes pour expliquer certaines allusions historiques.

Londres, 30 janvier 1888 F. ENGELS

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  • PRÉFACE À L’ÉDITION ALLEMANDE DE 1890 

Depuis que j’ai écrit les lignes qui précèdent, une nouvelle édition allemande du Mani­feste est devenue nécessaire, et en outre il est arrivé au Manifeste toutes sortes d’incidents qu’il convient de mentionner ici.

Une deuxième traduction russe - par Véra Zassoulitch - parut à Genève en 1882 ; nous en rédigeâmes, Marx et moi, la préface. Malheureusement, j’ai égaré le manuscrit allemand original et je suis donc obligé de retraduire du russe, ce qui n’est d’aucun profit pour le texte même . Voici cette préface :

« La première édition russe du Manifeste du Parti communiste, traduit par Bakou­nine, parut peu après 1860 à l’imprimerie du Kolokol . À cette époque, l’Occident pouvait n’y voir (dans l’édition russe du Manifeste) qu’une curiosité littéraire. Une telle conception serait aujourd’hui impossible.

Combien était limitée l’expansion du mouvement prolétarien à cette époque (décembre 1847), c’est ce que montre parfaitement la dernière section : « Position des communistes envers les différents partis d’opposition dans les divers pays. » La Russie et les États-Unis n’y sont justement pas mentionnés. C’était le temps où la Russie formait la dernière grande réserve de la réaction européenne, et où l’immigration aux États-Unis absorbait l’excédent des forces du prolétariat européen. Ces deux pays fournissaient à l’Europe des matières premières et lui offraient en même temps des débouchés pour l’écoulement de ses produits industriels. Tous deux servaient donc, d’une manière ou de l’autre, de piliers à l’ordre établi en Europe.

Que tout cela est changé aujourd’hui ! C’est précisément l’immigration européenne qui a rendu possible en Amérique du Nord le développement gigantesque de la production agricole dont la concurrence ébranle dans ses fondements la grande et la petite propriété foncière en Europe. C’est elle qui a, du même coup, donné aux États-Unis la possibilité d’exploiter leurs énormes ressources industrielles et cela avec une énergie et à une échelle telles que le monopole industriel que détenait jusqu’à présent l’Europe occidentale, et surtout l’Angleterre, sera brisé à bref délai. Ces deux circonstances ont à leur tour des répercussions révolutionnaires sur l’Amérique elle-même. La petite et la moyenne propriété des farmers , cette assise de tout le système politique américain, succombent peu à peu sous la concurrence de fermes gigantes­ques, tandis que, dans les districts industriels, se développe pour la première fois un prolétariat nombreux de pair avec une fabuleuse concentration des capitaux.

Passons en Russie. Au cours de la révolution de 1848-1849, les monarques d’Europe, tout comme la bourgeoisie européenne, voyaient dans l’intervention russe le seul moyen qui pouvait les sauver du prolétariat qui commençait justement à s’éveiller. Ils proclamèrent le tsar chef de la réaction européenne. Aujourd’hui, il est, dans son palais de Gatchina , le prisonnier de guerre de la révolution, et la Russie est à l’avant-garde de l’action révolutionnaire en Europe.

Le Manifeste communiste avait pour tâche de proclamer la disparition inéluctable et prochaine de la propriété bourgeoise moderne. Mais en Russie, à côté de la spéculation capitaliste qui se développe fiévreusement et de la propriété foncière bourgeoise qui ne fait que commencer à se développer, plus de la moitié du sol est la propriété commune des paysans. Il s’agit dès lors de savoir si la communauté paysan­ne russe, cette forme de l’antique propriété commune du sol, bien que déjà fortement minée, passera directement à la forme communiste supérieure de la propriété collective, ou bien si elle doit suivre d’abord le même processus de décomposition qu’elle a subi ait cours du développement historique de l’Occident.

La seule réponse qu’on puisse faire aujourd’hui à cette question est la suivante : si la révolution russe donne le signal d’une révolution prolétarienne en Occident, et que donc toutes deux se complètent, la propriété commune actuelle de la Russie pourra servir de point de départ à une évolution communiste.

Londres, 21 janvier 1882 Karl MARX, Friedrich ENGELS. »

Une nouvelle traduction polonaise parut, à la même époque, à Genève : Manifest kommunistyczny.

En outre, une nouvelle traduction danoise a paru dans la Social-demokratisk Bibliothek, Copenhague, 1885. Elle n’est malheureusement pas tout à fait complète ; quelques passages essentiels, qui semblent avoir arrimé le traducteur, ont été omis et, çà et là, on petit relever des traces de négligences, dont l’effet est d’autant plus regrettable qu’on voit d’après ce travail que la traduction aurait pu, avec un peu plus de soin, être excellente.

En 1886 parut une nouvelle traduction française dans Le Socialiste de Paris ; c’est la meilleure publiée jusqu’ici.

La même année, il a été donné de cette traduction une version espagnole publiée d’abord dans El Socialista, (le Madrid, et ensuite mie brochure : Manifesto del Partido comunista, por Carlos Marx y F. Engels, Madrid, Administration de El Socialista, Hernan Cortés, 8.

À titre de curiosité, je mentionnerai le manuscrit d’une traduction arménienne proposé en 1887 à un éditeur de Constantinople ; le brave homme n’eut cependant pas le courage d’imprimer un écrit qui portait le nom de Marx et estima que le traducteur devait bien plutôt s’en déclarer I’auteur, ce que celui-ci refusa de faire.

Après la réimpression, en Angleterre, à plusieurs reprises de l’une ou l’autre des traductions américaines plus ou moins inexactes, une traduction authentique a fina­le­ment para en 1888. Elle est due à mon ami Samuel Moore et nous l’avons revue ensem­ble avant l’impression. Elle a pour titre : Manifesto of the Communist Party, by Karl Marx and Friedrich Engels, Authorized English Translalion, edited and annotated by Freidrich Engels, 1888, London, William Reeves, 185, Fleet St. E.C. J’ai repris dans la présente édition quelques-unes des notes de cette édition.

Le Manifeste a eu sa destinée propre. Salué avec enthousiasme, au moment de son apparition, par l’avant garde peu nombreuse encore du socialisme scientifique (com­me le prouvent les traductions signalées dans la première préface), il fut bientôt refoulé à l’arrière-plan par la réaction qui suivit la défaite des ouvriers parisiens en juin 1848, et finalement il fut proscrit « de par la loi » avec la condamnation des commu­nis­tes de Cologne en novembre 1852 . Avec le mouvement ouvrier datant de la révo­lution de février, le Manifeste aussi disparaissait de la scène publique.

Lorsque la classe ouvrière européenne eut repris suffisamment de forces pour un nouvel assaut contre le pouvoir des classes dominantes, naquit l’Association inter­nationale des travailleurs. Elle avait pour but de fondre en une immense armée toute la classe ouvrière combative d’Europe et d’Amérique. Elle ne pouvait donc partir des principes établis dans le Manifeste. Il lui fallait un programme qui ne fermât pas la porte aux trade-unions anglaises, aux proudhoniens français, belges, italiens et espa­gnols, ni aux lassalliens allemands .

Ce programme - le préambule des statuts de l’Inter­nationale - fut établi par Marx avec une maîtrise qu’ont reconnue Bakounine et les anarchistes eux-mêmes. Pour la victoire définitive des principes énoncés dans le Manifeste, Marx s’en remettait uniquement au développement intellectuel de la classe ouvrière, qui devait résulter de l’action unie et de la discussion.

Les événements et les vicissitudes de la lutte contre le capital, les défaites plus encore que les succès, ne pouvaient manquer de faire sentir aux combattants l’insuffisance des panacées qu’ils proposaient jusqu’alors et de les rendre plus réceptifs à une analyse fondamentale des conditions véritables de l’émancipation ouvrière. Et Marx avait raison.

La classe ouvrière de 1874, lors de la dissolution de l’Internationale, était tout autre que celle de 1864, an moment de sa fondation. Le proudhonisme dans les pays latins et le lassal­lis­me spécifique en Allemagne étaient à l’agonie, et même les trade-unions anglaises, alors ultra-conservatrices, approchaient peu à peu du moment où, en 1887, le prési­dent de leur congrès à Swansea pouvait dire en leur nom : « Le socialisme continental a cessé de nous effrayer. » Or, dès 1887, le socialisme continental n’était pratiquement plus que la théorie formulée dans le Manifeste.

Et ainsi l’histoire du Manifeste reflète jusqu’à un certain point l’histoire du mouvement ouvrier moderne depuis 1848. A l’heure actuelle, il est incontestablement l’œuvre la plus répandue, la plus interna­tio­nale de toute la littérature socialiste, le programme commun à des millions d’ouvriers de tous les pays, de la Sibérie à la Californie.

Et cependant, lorsqu’il parut, nous n’aurions pu l’intituler Manifeste socialiste. En 1847, on entendait par socialistes deux sortes de gens. D’abord les adeptes des divers systèmes utopiques, notamment les owenistes en Angleterre et les fouriéristes en Fran­ce, qui n’étaient déjà plus, les uns et les autres, que de simples sectes agonisantes. D’autre part, les charlatans sociaux de tout acabit qui voulaient, grâce à diverses panacées et toutes sortes de rapiéçages, supprimer les défauts de la société, sans faire le moindre tort au capital et au profit. Dans les deux cas, des gens qui vivaient en dehors du mouvement ouvrier et qui cherchaient plutôt un appui auprès des classes « cultivées ». Au contraire, la fraction d’ouvriers qui, convaincus de l’insuffisance des simples bouleversements politiques, réclamaient une transformation fondamentale de la société, s’appelait alors communiste.

C’était un communisme à peine dégrossi que le leur, purement instinctif, parfois un peu grossier ; mais il était assez puissant pour donner naissance à deux systèmes de communisme utopique : en France le communis­me « icarien » de Cabet et en Allemagne le système de Weitling. Le socialisme signifiait en 1847 un mouvement bourgeois, le communisme un mouvement ouvrier. Le socialisme avait, sur le continent tout au moins, ses entrées dans le monde ; pour le communisme, c’était exactement le contraire. Et comme, dès ce moment, nous étions très nettement d’avis que « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », nous ne pouvions hésiter un instant sur la dénomination à choisir. Depuis, il ne nous est jamais venu à l’esprit de la rejeter.

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Quelques voix seulement répon­di­rent lorsque nous lançâmes cet appel par le monde, il y a maintenant quarante-deux ans, à la veille de la première révolution parisienne qui vit le prolétariat présenter ses propres revendications.

Mais le 28 septembre 1864, des prolétaires de la plupart des pays d’Europe occidentale s’unissaient pour former l’Association internationale des travailleurs, de glorieuse mémoire. L’Internationale elle-même ne vécut, sans doute, que neuf années. Mais que l’alliance éternelle établie par elle entre les prolétaires de tous les pays existe encore, plus vigoureuse que jamais, il n’en est pas de meilleure preuve que la journée d’aujourd’hui justement.

Car au moment où j’écris ces lignes, le prolétariat d’Europe et d’Amérique passe ses forces en revue pour la première fois mobilisées en une seule armée, sous un même drapeau et pour un même but immédiat : la fixation légale de la journée normale de huit heures, proclamée dès 1866 par le Congrès de l’Internationale tenu à Genève, et de nouveau par le Congrès ouvrier de Paris en 1889. Le spectacle de cette journée montrera aux capitalistes et aux proprié­taires fonciers de tous les pays que les prolétaires de tous les pays sont effectivement unis.

Que Marx n’est-il à côté de moi, pour voir cela de ses propres yeux

Londres, 1er mai 1890 Friedrich ENGELS

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  • PRÉFACE À L’ÉDITION POLONAISE DE 1892 

La nécessité de publier une nouvelle édition polonaise du Manifeste communiste fournit l’occasion de diverses réflexions.

Il est remarquable tout d’abord que le Manifeste soit devenu récemment l’instru­ment de mesure, en quelque sorte, du développement de la grande industrie sur le continent européen. A mesure que la grande industrie prend de l’extension dans un pays, on voit croître pareillement chez les ouvriers de ce pays l’exigence d’être éclai­rés sur leur situation de classe ouvrière face aux classes possédantes, le mouvement socialiste gagne du terrain parmi eux et la demande de Manifeste s’accroît. Si bien qu’on peut mesurer avec une assez grande exactitude au nombre d’exemplaires du Manifeste diffusé dans la langue nationale non seulement le niveau du mouvement ouvrier, mais aussi le degré de développement de la grande industrie dans chaque pays.

Selon ce critère, la nouvelle édition polonaise caractérise un progrès décisif de l’industrie polonaise. On ne petit douter de la réalité de ce progrès depuis la dernière édition parue il y a dix ans. La Pologne russe, la Pologne du Congrès est devenue la grande zone industrielle de l’empire russe. Alors que la grande industrie russe est dissé­minée de façon sporadique - pour une part sur le Golfe de Finlande, une partie au centre (Moscou et Vladimir), une troisième sur les bords de la Mer Noire et de la Mer d’Azov et d’autres éparpillées ailleurs encore -, l’industrie polonaise est concentrée sur un espace relativement restreint et connaît les avantages et les inconvénients résul­tant de cette concentration.

Ces avantages furent reconnus par les fabricants concurrents de Russie lorsque, malgré leur désir ardent de russifier tous les Polonais, ils réclamèrent l’institution de droits protecteurs contre la Pologne. Quant aux inconvénients - pour les fabricants polonais comme pour le gouvernement russe - , ils se traduisent par une rapide diffusion des idées socialistes parmi les ouvriers polonais et par une demande accrue pour le Manifeste.

Mais le rapide développement de l’industrie polonaise qui devance l’industrie russe, est aussi une nouvelle preuve de la vitalité indestructible du peuple polonais et une nouvelle garantie de l’imminence de sa restauration en tant que nation. Or, le rétablissement d’une Pologne puissante, indépendante n’est pas uniquement l’affaire des Polonais : elle nous concerne tous.

Une coopération internationale sincère des na­tions européennes n’est possible que si chacune de ces nations est chez elle maîtresse de ses décisions. La révolution de 1848 qui a seulement en fin de compte, sous la ban­niè­re du prolétariat, fait accomplir aux prolétaires en armes le travail de la bour­geoisie, a vu également ses exécuteurs testamen­taires, Louis Bonaparte et Bismarck, réaliser l’indépendance de l’Italie, de l’Allemagne et de la Hongrie.

Mais la Pologne qui, depuis 1792, avait fait pour la révolution plus que ce qu’ont fait ces trois pays pris ensemble, la Pologne a été abandonnée à elle-même lorsqu’en 1863 elle a succombé devant une puissance russe dix fois supérieure. La noblesse n’a été capable ni de maintenir, ni de reconquérir l’indépendance de la Pologne dont la cause est aujourd’hui pour le moins indifférente à la bourgeoisie. Cette indépendance est pourtant une con­dition nécessaire de la coopération harmonieuse des nations européennes. Seul le jeune prolétariat polonais en lutte peut la conquérir, et avec lui elle sera entre de bonnes mains. Car l’indépendance de la Pologne est tout aussi nécessaire aux ouvriers de tous les autres pays d’Europe qu’aux ouvriers polonais eux-mêmes.

Londres, le 10 février 1892 F. ENGELS

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  • PRÉFACE À L’ÉDITION ITALIENNE DE 1893 

La publication du Manifeste du Parti communiste a presque exactement coïncidé avec la date du Le 18 mars 1848,, avec les révolutions de Milan[4]et de Berlin[5], soulèvements armés de deux nations, dont l’une est située au centre du continent européen, l’autre, au centre des pays méditerranéens, deux nations affaiblies Jusque-là par leur morcellement et les dissensions internes, ce qui les fit tomber sous la domination étrangère.

Tandis que l’Italie était soumise à l’empereur d’Autriche, l’Allemagne n’en subissait pas moins le joug, tout aussi sensible encore que moins direct, du tsar de toutes les Russies. Les conséquences des événements du 18 mars 1848 délivrèrent l’Italie et l’Allemagne de cette infamie ; si, de 1848 à 1871, ces deux grandes nations furent rétablies et purent recouvrer, de l’une ou de l’autre façon, leur indépendance, cela tient, selon Marx, au fait que ceux-là mêmes qui avaient écrasé la révolution de 1848, étaient devenus, bien malgré eux, ses commis.

Partout cette révolution fut l’œuvre de la classe ouvrière : c’est elle qui dressa les barricades et offrit sa vie en sacrifice. Cependant, seuls les ouvriers parisiens en renversant le gouvernement, étaient tout à fait décidés à renverser aussi le régime bourgeois. Mais, bien qu’ils fussent conscients de l’antagonisme inéluctable entre leur propre classe et la bourgeoisie, ni le progrès économique du pays, ni la formation intellectuelle de la masse des ouvriers français n’avaient pas encore atteint le niveau qui eut pu favoriser la transformation sociale. C’est bien pourquoi les fruits de la révolution devaient revenir en fin de compte à la classe capitaliste. Dans les autres pays - Italie, Allemagne, Autriche - les ouvriers, dès le début, ne firent qu’aider la bourgeoisie à accéder au pouvoir Mais il n’est pas un seul où la domination de la bourgeoisie soit possible sans l’indépendance nationale. Aussi la révolution de 1848 devait-elle déboucher sur l’unité et l’indépendance des nations qui en étaient privées jusque-là : l’Italie, l’Allemagne, la Hongrie. Maintenant, c’est le tour de la Pologne.

Ainsi, si la révolution de 1848 n’était pas une révolution socialiste, elle a du moins déblayé la route, préparé le terrain pour cette dernière. Le régime bourgeois, qui a suscité dans tous les pays l’essor de la grande industrie, a du même coup créé partout, durant ces derniers quarante-cinq ans, un prolétariat nombreux, bien cimenté et fort ; il a engendré ainsi, comme le dit le Manifeste, ses propres fossoyeurs. Sans le rétablissement de l’indépendance et de l’unité de chaque nation prise à part, il est impossible de réaliser, sur le plan international, ni l’union du prolétariat ni la coopération pacifique et consciente de ces nations en vue d’atteindre les buts communs. Essayez de vous représenter une action commune internationale des ouvriers italiens, hongrois, allemands, polonais et russes dans le cadre des conditions d’avant 1848 !

Donc, les combats de 1848 n’ont pas été vains. De même les quarante-cinq années qui nous séparent de cette période révolutionnaire. Ses fruits commencent à mûrir, et je voudrais seulement que la parution de cette traduction italienne fût bon signe, signe avant-coureur de la victoire du prolétariat italien, de même que la parution de l’original a été le précurseur de la révolution internationale.

Le Manifeste rend pleine justice au rôle révolutionnaire que le capitalisme a joué dans le passé. L’Italie fut la première nation capitaliste. La fin du moyen âge féodal, le début de l’ère capitaliste moderne trouvent leur expression dans une figure colossale. C’est l’Italien Dante, le dernier poète du moyen âge et en même temps le premier poète des temps nouveaux. Maintenant, comme en 1300, s’ouvre une ère historique nouvelle. L’Italie nous donnera-t-elle un nouveau Dante qui perpétuera l’éclosion de cette ère nouvelle, prolétarienne ?

Friedrich Engels Londres, 1er février 1893                                                              

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Notes

[1] La Commune dut reconnaître d’emblée que la classe ouvrière, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer à se servir de l’ancien appareil d’État ; pour ne pas perdre à nouveau la domination qu’elle venait à peine de conquérir, cette classe ouvrière devait, d’une part, éliminer le vieil appareil d’oppression jusqu’alors employé contre elle-même, mais, d’autre part, prendre des assurances contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les proclamant, en tout temps et sans exception, révocables.

Pour éviter cette transformation, inévitable dans tous les régimes antérieurs, de l’État et des organes de l’État, à l’origine serviteurs de la société, en maîtres de celleci, la Commune employa deux moyens infaillibles. Premièrement, elle soumit toutes les places de l’administration, de la justice et de l’enseignement au choix des intéressés par élection au suffrage universel, et, bien entendu, à la révocation à tout moment par ces mêmes intéressés. Et, deuxièmement, elle ne rétribua tous les services, des plus bas aux plus élevés, que par le salaire que recevaient les autres ouvriers. Le plus haut traitement qu’elle payât était de 6 000 francs. Ainsi on mettait le holà à la chasse aux places et à l’arrivisme, sans parler de la décision supplémentaire d’imposer des mandats impératifs aux délégués aux corps représentatifs.

MARX : La guerre civile en France

[2] La Révolution française de 1848 est la seconde révolution française du XIXe siècle ; elle se déroule à Paris les 23, 24 et 25 février 1848. Sous l’impulsion des libéraux et républicains et suite à une fusillade malheureuse, Paris se soulève à nouveau et parvient à prendre le contrôle de la capitale. Louis-Philippe, refusant de lancer l’assaut sur les Parisiens, est donc contraint d’abdiquer en faveur de son petit-fils le 24 février. Mais les révolutionnaires imposent un gouvernement provisoire républicain, tuant la Monarchie de Juillet et créant la Deuxième République le 25 février 1848.

[3] La crise économique et sociale qui avait causé le fort mécontentement populaire ayant débouché sur la révolution de février 1848 persiste. L’incertitude quant à l’orientation plus ou moins sociale de la république proclamée solennellement le 4 mai, incite les détenteur de capitaux à retirer leurs fonds des banques qui manquent alors de liquidités pour consentir des prêts et soutenir l’escompte. Le nombre de chômeurs augmente. Il y a près de 115 000 personnes inscrites dans les Ateliers nationaux parisiens le 18 mai. Cela génère une dépense de près de 150 000 francs par jour. Les rentiers, les petits commerçants sont exaspérés de devoir entretenir un nombre croissants de chômeurs, d’autant que les chantiers qui devaient les employer se raréfient malgré les efforts du directeur Émile Thomas. En réalité les ateliers nationaux apparaissent aux yeux des classes populaire pour ce qu’ils sont : une arnaque. Certains fins esprits les surnomment : les « rateliers nationaux ». Ils consistent en fait en des activités manuelles peu utiles. De fait si la République manque de moyens c’est qu’elle s’est engagée à rembourser intégralement les aristocrates lésés par la mise en place de la République, allant même jusqu’à créer un nouvel impôt dans ce but, tout en le justifiant, justement, par le coût soit disant exorbitant des ateliers nationaux.

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Les 19 et 20 juin, l’Assemblée vote la dissolution des Ateliers nationaux. Le 21, la Commission exécutive cède et décrète la fermeture des Ateliers nationaux : les ouvriers âgés de 18 à 25 ans doivent s’enrôler dans l’armée, les autres doivent se rendre en province, et notamment en Sologne pour y creuser le canal de la Sauldre. Le 21 juin Le Moniteur, le Journal Officiel de l’époque, publie le décret. Le 22 juin l’agitation se propage, et le 23 sont dressées les premières barricades.

Les journées de juin 1848 font de nombreuses victimes. Les forces gouvernementales perdent environ 1000 morts, gardes nationaux (boutiquiers et bourgeois de Paris et de province), gardes mobiles (recrutés dans les parties les plus pauvres du prolétariat parisien) et soldats de carrière en grande partie des fils de paysans. La République va réprimer dans le sang la révolution parisienne. Les insurgés perdent environ 4 000 morts pendant les combats. S’y ajoutent environ 1 500 fusillés sans jugement. Il y a près de 25 000 arrestations. Les tribunaux condamnent 11 000 personnes à la prison ou à la déportation en Algérie.

[4] Les cinq journées de Milan sont une insurrection qui débute le 18 mars 1848 contre l’occupation autrichienne, Milan étant alors la capitale du royaume lombard-vénitien créée par l’Autriche à l’issu du congrès de Vienne de 1815. Cette insurrection constitue, pour les Italiens, un des actes les plus glorieux du Risorgimento, il est le premier épisode qui démontre l’efficacité de l’initiative populaire

[5] 18 mars1848 : des barricades s’élèvent dans Berlin et Frédéric-Guillaume IV de Prusse doit accepter de promouvoir la réunification et un gouvernement libéral.


Cri du Peuple 1871