KARL MARX
MANIFESTE
DU PARTI COMMUNISTE
Un
spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les
puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte Alliance
pour traquer ce spectre
MANIFESTE INAUGURAL
DE
L'ASSOCIATION DES TRAVAILLEURS
Partout « la montée de
richesses et de puissance entièrement limitée aux classes possédantes »
a été réellement « vertigineuse »
LES DROITS DE L'HOMME
ET DU
CITOYEN
Le
droit de l’homme, la liberté, ne repose pas sur les relations de
l’homme avec l’homme mais plutôt sur la séparation de l’homme d’avec
l’homme. C’est le droit de cette séparation, le droit de l’individu
limité à lui-même.
VALEUR ET TRAVAIL
Une marchandise a une valeur parce qu’elle est une
cristallisation de travail social
LE CAPITAL SECTION VIII
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KARL
MARX
1818 1883
BIOGRAPHIE
par
LENINE
1914
Karl Marx naquit le 5 mai 1818 à Trèves
( Prusse rhénane ). Son père, un avocat israélite, se convertit en 1824
au protestantisme. Aisée et cultivée, sa famille n'était pas
révolutionnaire. Après avoir terminé le Lycée de Trèves, Marx entra à
l'Université de Bonn, puis à celle de Berlin; il y étudia le droit,
mais surtout l'histoire et la philosophie. En 1841, il achevait ses
études en soutenant une thèse de doctorat sur la philosophie d'Epicure.
A cette époque, ses conceptions faisaient encore de Marx un idéaliste
hégélien [1].
A Berlin, il fit partie
du cercle des " hégéliens de gauche " ( comprenant, entre autres, Bruno
Bauer[2]
), qui cherchaient à tirer de la philosophie de Hegel des conclusions
athées et révolutionnaires.
A sa sortie de l'université, Marx se fixa à Bonn, où il comptait
devenir professeur. Mais la politique réactionnaire d'un gouvernement
qui avait retiré sa chaire à Ludwig Feuerbach[3] en 1832 lui avait de nouveau refusé
l'accès à l'université en 1836 et, en 1841, avait interdit au jeune
professeur Bruno Bauer de donner des conférences à Bonn, obligea Marx à
renoncer à une carrière universitaire.
A cette époque, le développement des idées de l'hégélianisme de gauche
faisait de très rapides progrès en Allemagne. Ludwig Feuerbach
commence, surtout à partir de 1836, à critiquer la théologie et à
s'orienter vers le matérialisme qui, en 1841, l'emporte chez lui
entièrement ( Essence du christianisme ); en 1843 paraissent ses
Principes de la philosophie de l'avenir. " Il faut avoir éprouvé
soi-même l'action libératrice " de ces livres, écrivait plus tard
Engels à propos de ces ouvrages de Feuerbach. " ... nous [c'est-à-dire
les hégéliens de gauche, Marx y compris] fûmes tous d'emblée des
"feuerbachiens" " . A cette époque, les bourgeois radicaux de Rhénanie,
qui avaient certains points de contact avec les hégéliens de gauche,
fondèrent à Cologne un journal d'opposition, la Gazette rhénane ( qui
parut à partir du 1er janvier 1842 ).
Marx et Bruno Bauer y furent engagés comme principaux collaborateurs
et, en octobre 1842, Marx en devint le rédacteur en chef; il quitta
alors Bonn pour Cologne. Sous la direction de Marx, la tendance
démocratique révolutionnaire du journal s'affirma de plus en plus, et
le gouvernement, après avoir soumis le journal à une double et même
triple censure, décida ensuite, le 1er avril 1843, de le suspendre
complètement. A cette date, Marx se vit obligé de quitter son poste de
rédacteur, mais son départ ne sauva pas le journal, qui fut interdit en
mars 1843. Au nombre des articles les plus importants que Marx publia
dans la Gazette rhénane , Engels cite un article sur la
situation des vignerons de la vallée de la Moselle. Son activité de
journaliste avait montré à Marx que ses connaissances en économie
politique étaient insuffisantes, aussi se mit-il à étudier cette
discipline avec ardeur.
En 1843, Marx épousa à Kreuznach Jenny von Westphalen, une amie
d'enfance, à laquelle il s'était fiancé alors qu'il poursuivait encore
ses études. Sa femme était issue d'une famille aristocratique
réactionnaire de Prusse. Le frère aîné de Jenny von Westphalen fut
ministre de l'Intérieur en Prusse à l'une des époques les plus
réactionnaires: 1850-1858. A l'automne 1843, Marx se rendit à Paris
pour éditer à l'étranger une revue radicale avec Arnold Ruge (
1802-1880; hégélien de gauche, emprisonné de 1825 à 1830 et émigré
après 1848; bismarckien après 1866-1870 ). Seul parut le premier
fascicule de cette revue intitulée les Annales franco-allemandes dont
la publication s'arrêta par suite des difficultés de diffusion
clandestine en Allemagne et de divergences avec Ruge. Dans ses articles
publiés par cette revue, Marx nous apparaît déjà comme un
révolutionnaire qui proclame " la critique implacable de tout ce qui
existe " et en particulier la " critique des armes " , et fait appel
aux masses et au prolétariat.
En septembre 1844, Friedrich Engels vint à Paris pour quelques jours,
et devint dès lors l'ami le plus intime de Marx. Tous deux prirent part
à la vie intense qui était à l'époque celle des groupes
révolutionnaires de Paris ( particulièrement importante était alors la
doctrine de Proudhon, à qui Marx régla catégoriquement son compte dans
Misère de la philosophie, parue en 1847 ) et, combattant avec âpreté
les diverses doctrines du socialisme petit-bourgeois, ils élaborèrent
la théorie et la tactique du socialisme prolétarien révolutionnaire, ou
communisme ( marxisme ). En 1845, sur la requête du gouvernement
prussien, Marx fut expulsé de Paris comme révolutionnaire dangereux. Il
s'installa à Bruxelles. Au printemps 1847, Marx et Engels s'affilièrent
à une société secrète, la " Ligue des communistes " , et jouèrent un
rôle de premier plan au IIe Congrès de cette Ligue ( Londres, novembre
1847 ). A la demande du Congrès, ils rédigèrent le célèbre Manifeste du
Parti communiste, publié en février 1848. Cet ouvrage expose avec une
clarté et une vigueur remarquables la nouvelle conception du monde, le
matérialisme conséquent étendu à la vie sociale, la dialectique,
science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de
la lutte des classes et du rôle révolutionnaire dévolu dans l'histoire
mondiale au prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société
communiste.
Lorsque éclata la Révolution de Février 1848, Marx fut expulsé de
Belgique. Il revint à Paris qu'il quitta après la Révolution de Mars,
pour retourner en Allemagne et se fixer à Cologne. C'est là que parut,
du 1er juin 1848 au 19 mai 1849, la Nouvelle Gazette rhénane dont Marx
fut rédacteur en chef. La théorie nouvelle se trouva brillamment
confirmée par le cours des événements révolutionnaires de 1848-1849, et
ensuite par tous les mouvements prolétariens et démocratiques dans tous
les pays du monde. La contre-révolution victorieuse traduisit Marx en
justice ( il fut acquitté le 9 février 1849 ), puis l'expulsa
d'Allemagne ( le 16 mai 1849 ). Il se rendit d'abord à Paris, d'où il
fut également expulsé après la manifestation du 13 juin 1849, puis à
Londres, où il vécut jusqu'à la fin de ses jours.
Les conditions de cette vie d'émigré étaient extrêmement pénibles,
comme le révèle clairement la correspondance entre Marx et Engels (
éditée en 1913 ). Marx et sa famille étaient écrasés par la misère;
sans l'appui financier constant et dévoué d'Engels, non seulement Marx
n'aurait pu achever Le Capital, mais il aurait même fatalement succombé
à la misère. En outre, les doctrines et les courants prédominants du
socialisme petit-bourgeois, du socialisme non prolétarien en général,
obligeaient Marx à mener en permanence une lutte implacable, à parer
parfois les attaques personnelles les plus furieuses et les plus
odieuses ( Herr Vogt ). Se tenant à l'écart des cercles d'émigrés, Marx
élabora dans une série de travaux historiques sa théorie
matérialiste, en s'appliquant surtout à l'étude de l'économie
politique. Il révolutionna cette science dans ses ouvrages
Contribution à la critique de l'économie politique ( 1859 ) et Le
Capital ( livre I, 1867 ).
La recrudescence des mouvements démocratiques, à la fin des années 50
et dans les années 60, amena Marx à reprendre une activité pratique. En
1864 ( le 28 septembre ) fut fondée à Londres la célèbre Ire
Internationale, l' " Association internationale des Travailleurs " .
Marx en était l'âme; il est également l'auteur de sa première " Adresse
" et d'un grand nombre de résolutions, de déclarations et de
manifestes.
En unissant le mouvement ouvrier des divers pays, en cherchant à
orienter dans la voie d'une activité commune les différentes formes du
socialisme non prolétarien, prémarxiste ( Mazzini, Proudhon, Bakounine,
le trade-unionisme libéral anglais, les oscillations vers la droite des
lassalliens en Allemagne, etc. ), en combattant les théories de toutes
ces sectes et écoles, Marx forgea une tactique unique pour la lutte
prolétarienne de la classe ouvrière dans les divers pays.
Après la chute de la Commune de Paris ( 1871 ), dont il donna une
appréciation révolutionnaire si profonde, si juste, si brillante et si
efficace ( La Guerre civile en France, 1871 ), et à la suite de la
scission de l'Internationale provoquée par les bakouninistes[4],
il fut impossible à cette dernière de subsister en Europe. Après le
Congrès de l'Internationale à La Haye ( 1872 ), Marx fit accepter le
transfert du Conseil général de l'Internationale à New York. La Ire
Internationale avait accompli sa mission historique et cédait la place
à une époque de croissance infiniment plus considérable du mouvement
ouvrier dans tous les pays, caractérisée par son développement en
extension, par la formation de partis socialistes ouvriers de masse
dans le cadre des divers États nationaux.
Son activité intense dans l'Internationale et ses travaux théoriques
qui exigeaient des efforts plus intenses encore ébranlèrent
définitivement la santé de Marx. Il continua à renouveler l'économie
politique et à rédiger Le Capital, en rassemblant une foule de
documents nouveaux et en étudiant plusieurs langues ( le russe par
exemple ), mais la maladie l'empêcha de terminer Le Capital.
Le 2 décembre 1881, sa femme mourut. Le 14 mars 1883, Marx s'endormit
paisiblement, dans son fauteuil, du dernier sommeil. Il fut enterré
avec sa femme au cimetière de Highgate, à Londres. Plusieurs enfants de
Marx moururent tout jeunes, à Londres, alors que la famille souffrait
d'une grande misère. Ses trois filles épousèrent des socialistes
d'Angleterre et de France; ce sont: Eléonore Eveling, Laura Lafargue et
Jenny Longuet, dont le fils est membre du Parti socialiste français.
Lénine, 1914
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Notes
[1]
Hegel est né en
1770, en Allemagne, dans une famille de moyenne bourgeoisie.
Entré à dix huit ans comme boursier dans le séminaire de théologie
protestante de Tübingen (Würtemberg), Hegel renonce cependant, à sa
sortie du "Stift " en 1793, à la carrière de pasteur pour devenir
précepteur à Berne, puis à Francfort. Il médite alors sur le
christianisme et rédige une Vie de Jésus (1795-1796), ainsi qu'un
ouvrage sur L'Esprit du christianisme et son destin (1798-1799); En
1801 , il devient " privat-dozent " (enseignant libre) à l'université
d'Iéna. Hegel, qui compose les Cours d'Iéna (1803-1806), s'enthousiasme
alors pour Napoléon, l'" âme du monde " (Weltgeist).
La Phénoménologie de l'Esprit (1807), qui exprime cette passion pour l'
histoire et l'actualité, deviendra le véritable évangile des temps
modernes. En 1808, il est nommé professeur, puis directeur du Gymnase
(lycée) de Nuremberg . Il clarifie sa pensée pour l'enseignement
secondaire : ses notes de cours de ce temps constituent la
Propédeutique philosophique (1809-1816). C'est également durant cette
époque que Hegel rédige la Science de la logique (1812-1816). En 1816,
enfin nommé professeur titulaire à la chaire de philosophie de
l'Université de Heidelberg, il écrit le Précis de l'Encyclopédie des
sciences philosophiques (1817), exposé systématique de sa doctrine.
Appelé, en 1818, à la chaire de Berlin, Hegel va apparaître désormais
comme un philosophe au prestige immense, entouré d'auditeurs et de
disciples. Véritable philosophe d' Etat, il incarne pouvoir et
puissance, mais ne tarde pas à devenir suspect. Il voyage beaucoup, en
France, par exemple, où il rencontre le philosophe Victor Cousin.
C'est durant l'époque de Berlin qu'il rédige ses cours sur le Droit
(Principes de la philosophie du Droit, 1821) et professe un
enseignement qui, publié par des disciples, touchera à des sujets très
variés : les Leçons sur l'histoire de la philosophie, l'Esthétique, les
Leçons sur la philosophie de la religion et les Leçons sur la
philosophie de l' histoire sont des œuvres posthumes.
Hegel est mort, en 1831, du choléra. (retour)
[ 2]
Bruno Bauer
Critique et
philosophe allemand (Eisenberg 1809-Rixdorf, près de
Berlin, 1882).
Influencé
par l'hégélianisme, il critiqua le christianisme (Critique des faits
contenus dans l'Évangile selon saint Jean, 1840 ; Christianisme
dévoilé, 1843) puis aborda la politique et l'histoire dans une série
d'ouvrages constamment combattus par Marx et Engels.
Après 1870, Bauer
soutint la politique de Bismarck. (retour)
[3]
Ludwig
Feuerbach :
Philosophe
et sociologue allemand. Il étudie la théologie à Heidelberg, puis la
philosophie à Berlin où il devient un disciple de Hegel. Mais à l'issue
de ses travaux sur Bacon et Spinoza ("Histoire de la nouvelle
philosophie"), il se détache de cette pensée qu'il critique comme étant
trop "idéaliste" et voit dans Hegel un théologien travesti en
philosophe. Il s'emploie alors à "remettre sur ses pieds l'homme que la
philosophie spéculative avait mis sur la tête".
Sa philosophie
est habituellement désignée comme étant un humanisme athée faisant de
l'homme dont l'essence est le sentiment, le début et la fin de toute
réalité. Cette philosophie sensualiste le conduit naturellement au
matérialisme, privilégiant le champ de l'expérience par rapport aux
créations de l'esprit.
Dans son œuvre
majeure, "l'Essence du
christianisme", Ludwig Feuerbach analyse la religion comme une
aliénation avec laquelle, l'homme, conscient de ses faiblesses,
projette en Dieu ses propres besoins et caractéristiques en les
sublimant. Il ramène la religion à une vision anthropologique, dans
laquelle Dieu n'est qu'un idéal concentrant des qualités humaines
positives auquel l'homme s'asservit. Cependant, supprimer Dieu ne doit
pas enlever à l'homme ses devoirs et ses responsabilités qui, au
contraire, prennent plus d'importance, car elles ne sont pas imposées
par la puissance divine.
Ludwig Feuerbach
influence les jeunes
hégéliens, dit "hégéliens de gauche", ainsi que Engels et Karl Marx,
mais ne prend pas part à l'action politique. Cependant l'auteur du
"Capital", dont la pensée éclipse peu à peu celle de son inspirateur,
reproche à "l'homme sensible" de Feuerbach, d'être trop indépendant de
son environnement social.
(retour)
[4]
Bakounine 1814 - 1876
Ecrivain,
révolutionnaire russe, fondateur de l'anarchisme.
D'origine
noble, Mikhaïl Bakounine est d'abord officier d'artillerie, puis quitte
l'armée pour apprendre la philosophie à l'Université de Moscou. Il
s'intéresse à Kant, à Fichte, et surtout à Schelling, à la recherche
d'une synthèse philosophique des sciences analytiques. Puis il se rend
en Allemagne pour étudier la philosophie de Hegel. Bakounine y
rencontre Arnold Hüge qui lui fait découvrir la politique active. Il
considère ainsi avoir trouvé sa voie en quittant le monde artificiel
des concepts pour s'engager dans la voie révolutionnaire.
Contraint
de s'exiler à Paris en 1842, Bakounine rencontre Marx, Engels, Proudhon
et Herzen. Il participe avec enthousiasme à la Révolution de 1848 à
Paris et aux émeutes de Prague et de Dresde. Arrêté et condamné à mort
par les Allemands, il est gracié et livré à la police politique russe.
Bakounine s'évade d'un camp de déportation de Sibérie en 1861, puis
après un périple via le Japon et les Etats-Unis, il s'installe en
Angleterre où il se rallie à la Première Internationale.
Durant
cette période, Bakounine, séduit par les idées de Proudhon, élabore une
nouvelle théorie politique, l'anarchisme. Il fonde une société secrète,
la Fraternité Internationale, puis l'Alliance Internationale de la
démocratie socialiste, mouvement qui adhère à l'AIT (Association
Internationale des Travailleurs), dirigée par Karl Marx. Bakounine
participe aux côtés de ce dernier à de multiples congrès
révolutionnaires. Il réclame la révolution mondiale immédiate et la
suppression de toutes formes d'autorité étatique.
Considéré
comme un utopiste, Bakounine ne parvient pas à imposer ses vues au
mouvement ouvrier et s'oppose à Karl Marx qu'il juge trop autoritaire.
Il s'installe en Suisse en 1867 et se retire progressivement de la vie
politique pour se consacrer à ses oeuvres littéraires. Il participe
néanmoins en 1871 à la Commune de Lyon et à des tentatives de
soulèvement populaire en Italie. En désaccord avec l'étatisme prôné par
Marx, il rompt définitivement avec lui en 1872 lors du congrès de La
Haye où l'AIT donne raison à l'auteur du Capital. (retour)
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